Utilisons les allitérations

Type : Théorie / Poésie | Ajout le : 01/02/2007
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S’il y avait une seule figure de style que je pouvais expliquer avec un minimum de connaissance et d’explication pertinente pour que cela puisse en faire un article intéressant, eh bien, ce serait très certainement l’allitération. Pour ceux qui lisent quelques peu mes écrits, ils auront remarqué que je l’utilise à profusion et cela est bien normal, car elle apporte une certaine dimension non négligeable dans mes textes. Avant de commencer à discuter des avantages de ce procédé, il serait bien de le définir pour en avoir une interprétation juste.

Voici quelques définitions que j’ai trouvé ici et là :

Antidote : Répétition d’une même consonne dans des mots qui se suivent (ex. : Ton thé t’a-t-il ôté ta toux?)

Wikipedia : L'allitération est une figure de style dans laquelle les mots successifs, et plus particulièrement les syllabes accentuées de ceux-ci, commencent par le même son. L'allitération est couramment utilisée en poésie, mais est également commune en prose, particulièrement pour des phrases courtes.

TLFI : Répétition exacte ou approximative d'un ou de plusieurs phonèmes (surtout consonantiques) à l'initiale des syllabes d'un même mot, au commencement ou à l'intérieur de mots voisins dans une même phrase

Comme l’indiquent ces différentes définitions, l’allitération est une répétition de consonne qui provoquent une surcharge de ce sons dans la phrase ou le vers en question. L’exemple dans la définition de Antidote démontre bien le procédé à l’aide d’une répétition de T.

Avant de poursuivre, je voudrais y aller de quelques mises au point. Premièrement, je tiens à préciser, à titre purement informatif, qu’une répétition de voyelle se nomme assonance. Elle est moins utilisé que l’allitération et je m’en sert également beaucoup moins dans mes écrits. C’est pourquoi je me contenterai de parler de l’allitération. Deuxièmement, j’ai cru remarquer dans la définition longue de Wikipedia que l’allitération représentait seulement une répétition de sons (ou de lettre) et qu’elle contenait l’assonance (voyelle) et la consonance (consonne). Je suis un peu sceptique devant cette définition, ayant toujours appris à l’école ainsi que dans les livres et site reconnues que l’allitération était seulement pour les consonnes. Je vais donc m’en tenir à ma définition.

Les avantages d’une bonne allitération sont multiples, il suffit d’observer ce vers de Racine pour s’en rendre compte.

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes?

Ce vers classique, présenté dans tous les cours sur l’allitération, démontre parfaitement un premier avantage de ce procédé. Le son en « s » ici présent nous fait penser au sifflement d’un serpent. Ceci vient ajouter une certaine profondeur au vers en présentant le serpent non seulement par les mots écrits, mais aussi à lecture (de préférence à haute voix).

L’allitération ne vient pas seulement sous-entendre des éléments concrets et physiques. Elle peut aussi présenté un aspect plus abstrait comme un sentiment. Voici un extrait de mon poème Quand les saisons fredonnent qui représente bien ce concept.

Le cœur noir pleure son désespoir
Et me murmure à l’oreille
D’en finir avec cette rage
qui ronge les Rêves vermeils.

On remarque assez facilement ici la répétition du son « r » qui vient exprimer la rage qui « ronge les Rêves vermeils ». Le r peut également nous rappeler le bruit d’un grognement « grrr » qui vient ajouter à la sensation de colère. Cette double profondeur des vers, tout comme celui de Racine, vient apporter une grande richesse au texte et vient en faciliter la compréhension (si on est assez alerte pour voir l’allitération bien sûr).

Ce procédé ne vient pas seulement enrichir le texte par sa profondeur, mais apporte également une contribution esthétique au vers en question. Les répétitions de sons viennent chercher davantage l’oreille en l’entraînant dans une certaine mélodie en plus d’améliorer le rythme du vers. On peut également s’en servir pour donner quelques tournures de phrases intéressantes. Cela tient beaucoup de l’imagination de l’auteur, mais je peux vous en présenter deux types que j’ai déjà utilisés. La première que je trouve intéressante, ce trouve dans l’extrait plus haut. Si j’avais à lui donner un nom, je la nommerais la symétrie.

Qui ronge les Rêves vermeils.

La partie qu’il faut examiné ici est le « Rêves vermeils ». Il y a une double allitération qui a été réalisé de façon symétrique « /Rê/(R)/ves/(V)/ // /v/(V)/er/(R)/meils/ ». On voit ici que les sons font R-V // V-R ce qui donne quelques choses d’assez intéressant à la prononciation et qui vient rendre la lecture beaucoup plus agréable.

Le deuxième type de tournure est plus facile à trouver que « la symétrie », mais elle ne reste pas toujours évidente quand on n’est pas habitué. Dénommons-là « la transposition ». Le poème en question s’intitule Névrose et fut réaliser conjointement par moi et Libellule Rouge.

Dévalé les vallées avalées
[…]
Dévalisés les vaillants ravalés

La transposition sert uniquement à changer les mots utilisés ainsi que la signification d’une phrase esclave sans trop toucher au sons utilisé dans la phrase maîtresse. Dans ces deux vers, la phrase esclave (la deuxième) n’a bien sûr pas la même signification que la maîtresse (la première). Cependant, lu à haute voix, on dirait presque les mêmes vers tellement la sonorité n’a presque pas été touché. Ce procédé peut aider à un rapprochement des différentes strophes. Par exemple, si tout les premiers vers de l’ensemble des strophes d’un poème sont « transposé », le lecteur aura l’impression d’une continuité des sons dans les vers et, par le fait même, vient aider à la liaison des différentes strophes entre elle.

En littérature, et surtout en poésie, l’allitération est plus qu’une simple figure de style, c’est un véritable outil qui vient améliorer tous les aspects du texte, de l’esthétique au message en soi. Si le procédé est utilisé adéquatement, le poème s’en sortira grandement amélioré et d’autant plus intéressant ainsi que riche en contenu. Il ne suffit qu’à votre imagination de se faire aller quelque peu pour inventer de nouvelles façons d’utiliser les allitérations afin d’embellir vos textes.
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