Introduction à l'écriture symboliste

Type : Théorie / Écriture | Ajout le : 01/02/2007
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Chronique :
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Avant de débuter, je tiens à préciser que ce texte ne se veut pas une recherche élaboré sur le mouvement symboliste de la fin du 19e siècle, mais bien une simple introduction à l’écriture adopté par ce mouvement ainsi que des façons d’appliquer ces principes à des poèmes plus contemporain. Je ferai évidement une brève introduction sur son histoire ainsi que donner une explication des particularités du symbolisme original des précurseurs comme Baudelaire au véritable investigateur du mouvement en Mallarmé. Ce texte sert donc de guide à ceux qui aimerait pouvoir se lancer dans les plaisirs (oui, plaisir!) de l’écriture symboliste.

Définition :

« Mouvement artistique et littéraire de la fin du XIXème siècle, qui s'est opposé au naturalisme et au Parnasse, développant une conception exigeante de l'Art, chargé d'atteindre grâce aux symboles, les vérités cachées. Il donne une vision symbolique et spirituelle du monde. Le symbolisme voulait offrir à l'art des moyens d'expression autres que ceux de la simple représentation réaliste. » http://www.lettres.net/files/symbolisme.html

Comme énoncé dans cette définition, qui est très complète, le mouvement symboliste cherchait surtout à redonner un peu de mystère à la poésie ainsi qu’au art en général s’opposant farouchement au réalisme de Maupassant et de Balzac. Les symbolistes utilisent des mots qui ont une connotation beaucoup plus poussée que la simple définition du dictionnaire. Certaines de ces symboles peuvent être découverts après de plus ou moins intense recherche sur la question, mais il se peut que plusieurs d’entre elle reste inconnu au public vu leur complexité. Cette éternelle recherche de sens des mots amène le mystère des mots, on ne sait jamais si celui-ci a un double sens ou non.

Je reviendrai davantage sur l’écriture symboliste plus tard dans ce texte. Tout d’abord, je voudrais présenter les deux « groupes » de symbolistes. Les précurseurs et les « vrais » symbolistes.

Les initiateurs du mouvement:

Baudelaire, Verlaine, Rimbaud sont les précurseurs du symboliste. Leur texte reflète tous très bien l’idée du mystère et des symboles que projètent le courant. On pourrait ajouter à cette liste Nelligan qui le père du symboliste au Canada et qui fut grandement inspiré des œuvres de Baudelaire. Cependant, Baudelaire était déjà mort et Rimbaud exilé quand un groupe d’artiste décida de s’appeler officiellement « symbolistes ». À leur tête, ce trouvait Mallarmé, qui était également un des précurseur du mouvement et celui qui, selon certain, incarne le mieux celui-ci.

C’est en 1886 que le poète Jean Moréas (1856-1910) lance un manifeste pour expliquer le symbolisme dans le Figaro littéraire. En voici un extrait :
« [...] Ennemie de l'enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective, la poésie symbolique cherche à vêtir l'Idée d'une forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer l'Idée, demeurerait sujette. L'Idée, à son tour, ne doit point se laisser voir privée des somptueuses simarres des analogies extérieures ; car le caractère essentiel de l'art symbolique consiste à ne jamais aller jusqu'à la conception de l'Idée en soi. Ainsi, dans cet art, les tableaux de la nature, les actions des humains, tous les phénomènes concrets ne sauraient se manifester eux-mêmes ; ce sont là des apparences sensibles destinées à représenter leurs affinités ésotériques avec des Idées primordiales. [...] »

Dans ce groupe de jeune poète symboliste, on retrouvait entre autre les Lautréamont, Proust, Claudel et Valéry. Leur écriture ne fut pas aussi marquante dans l’histoire de la littérature que leurs précurseurs, mais elle adoptait sans aucun doute l’esprit proposé dans le manifeste ainsi que la définition donné plus haut.

L’écriture des précurseurs :

Baudelaire, Rimbaud, Nelligan et Verlaine avaient une écriture bien à eux qui se ressemblait sur beaucoup de point. (Mallarmé sera discuté dans la prochaine section). Nous prendrons comme exemple un des quatre spleen de Baudelaire.

1 J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
5 Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
— Je suis un cimetière abhorré1 de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
10 Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.

15 Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.
— Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !
20 Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Sahara brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.

Je tiens tout d’abord à préciser que si vous ne comprenez rien, c’est tout à fait normal, les poèmes symbolistes sont extrêmement compliqué à comprendre parce que les symboles proviennent souvent de lien dans l’imagination de l’écrivain qui ne sont pas toujours évident pour le lecteur (et c’est d’ailleurs le but en soi, d’inciter le lecteur a voir plus loin).

La première chose qu’il faut remarquer de l’écriture des précurseurs, c’est leur extrême rigidité. Les vers font tous douze pieds et une césure au sixième pied, ce qui veut dire douze syllabes qu’on prononce à la lecture pour les non-habitués au jargon. Par exemple : Un/ vieux/ sphinx/ i/gno/ré// du/ mon/de in/sou/ci/eux,/. Une césure est une pause qui se tient au sixième pied et qui ne doit pas arrivé au milieu d’un mot. On appelle l’ensemble de ces contraintes un alexandrin.

Ensuite, on remarque également des rimes qui sont disposées de façon AABBCC… L’auteur tente d’ailleurs d’enrichir le plus ces rimes afin d’éviter des rimes pauvres. Une rime pauvre est une répétition d’un seul sons, par exemple « manger » et « aimer », seul le son « é » est répété. Un exemple de rime plus riche pourrait être « charitable » et « étable ». On répète le « ble » le sons « ta ». La forme du poème est aussi bien importante pour les précurseurs, il recherche souvent la symétrie (des strophes égales en nombre de vers) même si ce n’est pas le cas ici. Les symbolistes auront aussi tendance à écrire des sonnets ou d’autres types de poèmes qui exigent un respect de plusieurs règles. Certains symbolistes tenteront d’ajouter un rythme encore plus intéressant à leur poésie en y présentant des allitérations (répétition d’une consonne). Dans ce poème, on peut remarquer une allitération en « R » dans les premiers vers.

Toutes ces mesures prises au niveau de la forme et de l’aspect physique du poème démontrent bien l’importance qu’accordent les précurseurs à la beauté de leur poésie. Celle-ci doit se rapprocher de la perfection. Cependant, l’intérieur du poème est autant intéressant, sinon plus que son contenant.

Les figures de styles de rapprochement comme les métaphores, les analogies et les comparaisons sont largement utilisé dans les poèmes symbolistes. Le poète aime bien comparer certains mots ou objets à d’autres sans que les liens paraissent vraiment évidents à première vue. Ces indices nous renseignent parfois sur les symboles que l’auteur peut utiliser. Dans ce vers, Baudelaire compare l’ennui à un objet : L'ennui, fruit de la morne incuriosité. Je ne veux pas me compromettre à tenter d’analyser les différents symboles de ce texte parce que, selon moi, les textes symbolistes sont plus ou moins interprétables selon les différents points de vue des lecteurs, mais on peut voir que le sphinx (au vers 22) revient dans plusieurs autres poèmes de Baudelaire. Ceci est donc très certainement un symbole que l’auteur aime bien utiliser.

L’analyse du poème était bien sûr brève, mais cela suffira pour avoir une idée des précurseurs. Pour ceux qui sont davantage intéressés à une plus longue analyse, voici ma source : http://www.etudes-litteraires.com/t.....elaire.php

L’écriture des « vrais » symbolistes :

Ceux-ci ne sont pas beaucoup plus différents que les précurseurs, outre qu’ils s’offrent plus de liberté dans leur poésie. Voici en exemple le poème « Hommage » de Mallarmé :

Toute l’âme résumée
Quand lente nous l’expirons
Dans plusieurs ronds de fumée
Aboli en autres ronds

Atteste quelque cigare
Brûlant savamment pour peu
Que la cendre se sépare
De son clair baiser de feu

Ainsi le chœur des romances
A ta lèvre vole-t-il
Exclus-en si tu commences
Le réel parce que vil

Le sens trop précis rature
Ta vague littérature

On remarque tout d’abord la plus grande liberté des vers. On délaisse les alexandrins stricts pour adopter des pieds égaux de sept pieds (forme beaucoup plus rare) ainsi qu’une allure non-symétrique qui se termine sur une strophe de deux vers. Les mots utilisés sont aussi beaucoup moins recherchés et souvent plus simples que les précurseurs. Cependant, les symboles sont toujours aussi présents (ici c’est celui du cigare qui représente l’art) ainsi que les rimes. Ce poème est à la portée d’un public plus large contrairement à ceux de Baudelaire qui sont d’une grande complexité.

La beauté du poème est toujours importante pour les symbolistes, mais on lui donne un style plus moderne en ne se contraignant pas aux vieilles règles poétiques comme celle des sonnets et des alexandrins auxquels ce sont contraints les précurseurs. Cet élan de « liberté » nous amène au dernier volet de ce texte, l’application du symbolisme au contexte contemporain.

L’héritage symboliste aujourd’hui :

Dans cette dernière partie, je discuterai de mon expérience personnelle face à l’utilisation de cet héritage qui est, selon moi, formidable. La plupart de mes poèmes ont de fortes influences de ce courant (mes premiers étaient d’ailleurs de véritables répliques des précurseurs).

Tout d’abord, ce qui est le plus intéressant dans le courant symboliste, c’est l’utilisation des symboles qui mettent du « piquant » au texte et amènent le lecteur à se creuser davantage la tête pour comprendre le texte. Vous recevrez bien sûr beaucoup de commentaires du style « je ne comprends rien », mais cela n’est pas vraiment important. Quand quelqu’un comprendra vos symboles, vous en serez fortement touchés, croyez moi! Les symboles reviennent souvent durant les différents poèmes d’un auteur parce que ceux-ci représentent son vocabulaire. Pour ma part, dans ma poésie, l’ange représente toujours l’innocence pure meurtrie par autrui ou la société en général. Dans tous mes poèmes, l’ange représente ceci. C’est important de garder une continuité avec les symboles, sinon le lecteur ne comprendra plus rien. Certains symboles sont plus évidents que d’autre. Un autre exemple, dans mon poème « Distorsion », la distorsion représente le rêve, l’incertain, le renouveau. Ceci me semble beaucoup plus simple à comprendre que celui avec les anges par exemple. Les symboles ne viennent pas toujours de façon volontaire, notre esprit fait parfois, inconsciemment, des liens avec des mots qui n’en n’ont pas vraiment, outre pour notre esprit seul. Il aura aussi tendance à garder la même signification pour ces mots à travers l’ensemble de l’œuvre.

Le deuxième élément intéressant du symbolisme est l’importance attachée à la beauté du poème dans une certaine forme qui peut être plus ou moins rigide. On peut ici appliquer les allitérations des précurseurs pour donner un rythme intéressant ou même des rimes (mais que, personnellement, je n’aime pas beaucoup me servir). La symétrie peut être un élément intéressant à utiliser pour donner une certaine élégance à la poésie. Cependant, je privilégie une écriture beaucoup plus libre que les précurseurs, un peu comme les « vrais » symbolistes. Je n’aime pas contraindre mon inspiration dans un nombre de pied défini, malgré que ceux-ci rejoignent une certaine égalité plus ou moins volontaire. Cependant, il peut être intéressant de jouer avec le nombre de pied (12-6-12-6 par exemple) afin de donner un certain style à notre poésie. Le symbolisme moderne n’est plus, selon moi, uniquement une question de règles bien strictes, mais aussi une beauté qui émane de la touche personnelle de l’auteur.

Le troisième et dernier élément que je voulais présenté est les nouvelles sortes de règle qu'on peut se donner. Comme je le disais dans le paragraphe précédant, il peut être intéressant de jouer avec le nombre de pied (12-6-12-6) ou encore de faire des "néo-sonnets" avec des rimes à d'autre endroit, des vers de 6 pied au lieu de 12, mettre les deux strophe de trois vers au début, etc. Le seul obstacle ici est l'imagination du lecteur.

Le plus important à se souvenir de l’écriture symboliste, c’est que l’auteur doit avoir à l’esprit qu’il faut éviter le réalisme pur afin de fournir une nouvelle vision du monde, comme le voulait les symbolistes à la base. Le symbolisme tente de jouer avec les mots pour nous aider à rêver et à embellir le monde qui nous entoure afin de le voir à travers des yeux nouveaux. Cependant, on ne veut pas totalement s’en détacher (comme le surréalisme tente de le faire).
Commentaires
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Burn
25/02/10 à 19:07
Merci beaucoup du commentaire, c'est corrigé :).

orfeo
25/02/10 à 18:25
diérèse et e muet!
Bonjour, même trois ans trop tard je ne peux m'empêcher de réagir à cette chronique, très intéressante, mais entachée d'une petite erreur; le vers "un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux" se lit comme suit:
un/vieux/sphinx/i/gno/ré/du/mon/d'in/sou/ci/eux...
le e de monde reste muet, puisqu'il s'enchaîne à la voyelle qui le suit, et par conséquent le son "ieux" se divise en deux pieds, selon la figure appelée diérèse.
A l'inverse, lorsqu'un mot comme "hier", habituellement prononcé en deux syllabes "hi/er", est contracté en une seule pour le respect de la métrique, on appelle ça une synérèse...
merci pour ces pages que je découvre avec grand plaisir!