Passé simple

Type : Poésie | Ajout le : 01/05/2010 | Modification le : 01/05/2010
Note de l'auteur :
Je rattrape le temps perdu, voici un troisième slam. Plus joual, un peu comme mon premier, je l'ai écrit en écoutant Le répondeur de Les Colocs. Merci à Dédé de m'inspirer ainsi.
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Oeuvre :
Mots : 501
Quand j’étais jeune,
J’me suis toujours dit qu’un jour j’srais quelqu’un.
Depuis, j’ramasse les jobines pour m’sortir d’la desh
Afin d’accumuler les notes, pis les cours pis finalement les diplômes
Qui vont m’permette de m’acheter un tas de babioles
Dont j’me caliss pas mal dans le fond…
J’me suis peut-être sorti d’un milieu rough,
Pis j’commence même à avoir un peu d’cash,
Mais j’me d’mande des fois ça sert à quoi de se battre
Quand y’a personne pour te soutenir quand tu tombes.

En tout cas, ça me permet de faire mon smath,
Pis de cacher qu’au fond, j’suis pas si hot.
Vous pouvez m’appeler Monsieur, Maître ou l’universitaire,
Ça fait changement « d’ el grand » ou « d’toé »
Mais un Monsieur, ça va jamais t’réchauffer un p’tit cœur
Qui trouve que le monde est ben trop grand pour lui.

Dans ma vie, j’n’ai vu pas mal de monde
Des grands, des petits, des pauvres pis des riches,
Des barbus, des gros, des capitalistes pis des artistes,
Pis criss, ceux qui en ont le plus à t’apprendre,
Ben c’est ceux qui ont pu rien pantoute
Parce qui leurs restent pas grand-chose
Pour protèger leur cœur de l’extérieur.

Quand j’me lève la tête pis j’r’garde le ciel,
J’me dis que les étoiles y sont ben trop loin
Pis que les gens comme moé ça pas les moyens d’en avoir un boutte.
J’suis pogné sur la King, les deux pieds sur l’asphalte
Avec les ostis de lampadaires qui cachent le ciel
Par leur lumière froide
Qui m’rappelle étrangement celle qui m’brule en dedans.

Si j’ai pas trop l’gout d’sortir,
C’est parce que la vie m’a un peu trop giflé
Pis j’ai peur que ça soit pas encore fini.
C’est rendu que quand on me donne la main,
J’me criss les bras dans face
Pour me protéger des autres.
On m’a foutu tellement de bâton din roues
Que j’en suis venu à croire que si Dieu existait vraiment
Y devait m’détester en sacrament.

Pis là…
Pis là, quand j’commence enfin à devenir quelque chose
Quand ça commence à aller bin un peu,
J’suis même pas sûr si c’est vraiment s’que j’veux.
J’aimerais mieux marcher de reculons,
Tout effacer pis r’partir du début.
J’vois rien en avant,
Pis ça me fait ben peur par boutte.
Commentaires
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Libellule Rouge
05/05/10 à 01:58
Très bon texte, mais ça je te l'ai déjà dit!

Eldorino, il faut vraiment que tu y sois, c'est vraiment un événement à ne pas manquer!

Eldorino
01/05/10 à 05:47
Je dis oui, je dis oui ! Le cégep va déjà être fini, pour moi, alors c'est sûr que je vais être capable d'y aller une journée là-dedans !

Burn
01/05/10 à 05:15
Viens au Festival du Texte court de Sherbrooke du 27 au 30 mai, tu va pouvoir en entendre plein. Lib et moi on va slammer et en plus on pourra prendre notre café. :P

Eldorino
01/05/10 à 05:02
C'est un fait ^^!

Ça manque à ma culture, disons, mais je n'ai jamais entendu de slam de ma vie ! Jamais, jamais ! Alors j'ai une petite idée de ce à quoi ça peut ressembler, mais des idées surtout préjugées. Mais je suis vraiment persuadé que ça doit marquer d'entendre ça en vrai (surtout avec le joual qui, à ce moment, évidemment, prend tout son sens).

Burn
01/05/10 à 04:59
Merci beaucoup. Comme tout slam, si ce n'est pas à l'oral, ça l'a beaucoup moins d'intérêt. Mais tu trouves que ça "fesse fort" quand même donc ça me fait bien plaisir, j'imagine qu'en live ça va encore plus fesser.

Eldorino
01/05/10 à 04:54
Ouf ! C'est lourd ! Honnêtement, du slam qui fait réagir :P !

Évidemment, ça ne vient pas trop me rejoindre, surtout pour le fond, et un peu pour la forme, mais, m'as te dire, ça fesse, ça fesse fort ! Une grande critique de la société, sérieusement, vue d'une façon assez introspective (on s'attarde sur ce que la personne ressent, comme le passage où il se protège le visage quand on veut lui serrer la main) ! Mais bravo !