Vampire du désespoir

Type : Littérature | Ajout le : 04/09/2005
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Il faisait froid. En fait, je crois que c'était cela qui m'avait fait réveiller. Mon logement était assez mal chauffé. Je demandais toujours au propriétaire qu'il répare le chauffage, mais il ne faisait jamais rien. Il était juste bon à rien foutre de ses journées et à prendre une bière dans la caisse qu'il s'était achetée avec mon argent. Un jour, il aurait fallu que je me plaigne à la Régie, mais je n'avais pas vraiment le temps … ou la volonté de le faire. Je suis un être du genre paresseux. Je suis tellement paresseux que je n'arrive même pas à me forcer pour être heureux. C'est tellement compliqué le bonheur. Il faut toujours être gentil et sourire. Personnellement, je n'en vois pas l'utilité. Qu'est ce que ça peut faire que je sois heureux ou pas? Les gens ont comme une énorme curiosité face au malheur des autres. Quand on demande à quelqu'un s'il va et qu'il nous répond non, la plupart vont avoir le réflexe de demander pourquoi ça ne va pas. Pourquoi on le dirait? En quoi ça peut bien avoir affaire avec vous. Si je réponds que je vais bien, on ne me demandera pas pourquoi, alors pourquoi le demander si ça va mal? Seulement le malheur semble intéresser les gens. C'est triste, mais c'est comme ça. Je dois être du genre à intéressé pas mal de gens… mon malheur pourrait être qualifié de intéressant. Oui, il existe différent type de malheur. Il y a ceux qui sont intéressant et ceux qui le sont pas. Un gars qui se fait tué en Palestine, on qualifie ça de inintéressant. Un gars qui meurt au État-Unis, ça c'est tragique donc bien meilleur. Pourtant, ce sont deux humains. Pourquoi l'Américain serait plus important? Ah! Plein de questions sommeille dans ma tête…

C'est à ce moment que le téléphone sonna. Je ne sais pas trop il était quelle heure. J'ai levé la tête et je me suis retourné pour regarder mon cadran. Il était deux heures … qui peut bien appeler à cette heure. De ma main gauche, je tâtai le bureau à coté de mon lit et je pris le téléphone. Je lâchai un sec « allô ». On me répondit d'un bonsoir assez réveillé. J'ai tout de suite reconnu la voix. C'était Maria : une jeune femme qui habitait l'étage d'en haut. Elle avait remarqué que je ne me sentais pas très bien de ces temps-ci. Ce n'était pas très dur à voir, je ne faisais plus rien. Je dormais toujours et, la plupart du temps, le jour. Je sortais surtout la nuit; j'étais rendu comme un vampire … le sang et les meurtres en moins. C'est pas très dur à comprendre, mon moral étais assez à zéro. Ma femme m'avait quitté. Elle me trouvait inintéressant. Pff, c'est quoi qu'il aurait fallu que je fasse pour être intéressant … que je sois américain? Je suis peut-être juste un palestiniens de la vie, le genre de personne qu'on sait qu'il y en a des milliers et qu'on ne se souci pas vraiment. C'est peut-être pour ça qu'elle m'a quitté… enfin non, c'est sûrement pour ça … en fait, j'en ai aucune idée. En fait… j'en ai rien à foutre. Un « tu es là? » vint interrompre mes pensées. J'ai répondu que oui. Elle m'a ensuite demandé si elle pouvait descendre pour venir me voir. Je lui ai dit qu'elle avait beau faire comme elle voulait… Ce n'est pas moi qui va lui empêcher de faire ce qu'elle veut. J'ai finalement raccroché.

Maria était le genre de fille toujours heureuse peu importe ce qui lui arrivait. Elle ne semblait pas trop aimé le fait que les gens autour d'elle puissent être malheureux. Elle aurait donné son bras pour pouvoir m'arracher un sourire. Je ne sais pas comment elle fait pour être si « heureuse ». Personnellement, je n'y arriverais pas, enfin je crois pas. Finalement non, je serais bien trop paresseux pour pouvoir être heureux, surtout avec tout ce qui m'arrive. Le bonheur, c'est un truc pour les gens qui ont assez de courage pour perdre leur temps.

J'entendis cogner à ma porte. C'était sans doute Maria. Je sortis alors de ma chambre et me dirigeai vers la porte. Je l'ouvris et je vis que c'était bel et bien elle. Je défis donc les cadenas et la laissait entrer. Elle me demanda si j'allais bien. Je ne lui ai pas répondu. Ça va lui changer quoi dans sa vie de savoir comment je peux me sentir? Elle avait bien vu que je ne lui répondrais pas alors elle n'a pas insisté. Elle est allé s'asseoir sur mon sofa et me fixa du regard. Elle voulait quoi, ma photo?

- Tu ne sembles pas bien aller toi, me lança t-elle.
- Mon dieu, tu as des talents de devin. Ça fait 2 mois que j'ai la même face et toi c'est aujourd'hui que t'en rends compte, lui répondis-je.
- Non c'est pas ça…
- C'est quoi alors?
- Rien… désolé de t'avoir fait fâché.
- …
- Allez, viens t'asseoir.
- J'en ai pas le goût.
- Allez…

J'ai finalement décidé d'aller m'asseoir. Je ne sais pas trop pourquoi j'ai fait ça, peut-être pour qu'elle se la ferme. Elle me tapait sur les nerfs avec ses morales de la vie à cinq sous. Elle semblait toujours vouloir me les transmettre sachant bel et bien que j'en avais totalement rien à foutre. Elle était du genre à toujours se buter. Elle ne me laisserait sûrement jamais tranquille.

- Ça fait plusieurs jours que tu ne dors pas, il faudrait que tu redeviennes normal, m'a t-elle dit.
- La normalité, ce n'est qu'un concept inventé par des humains pour que les gens ne se marginalisent pas trop du reste de la société, lui répondis-je.
- Tu comprends ce que je voulais dire…
- Non.
- …
- Tu es venu ici pour t'asseoir sur le divan ou quoi? Sache que tu en as un chez toi aussi donc tu n'es pas obligée de squatter le mien.
- Je suis venu te voir.
- Eh bien, tu me vois. Est-ce tout?
- Un jour, tu devrais apprendre à être moins froid avec les gens…
- J'ai des choses plus importantes à faire.

Un long silence suivit. Je regardais la fenêtre devant moi. Il y avait quelques lampadaires qui éclairaient la rue. Il faisait assez noir, mais j'ai pu distinguer qu'il pleuvait. Je n'avais pas vraiment remarqué quand je m'étais levé, mais là, je semble mieux percevoir le son des gouttes qui frappaient ma fenêtre. C'était apaisant. Je me sentais un peu mieux, en fait, moins agressif.

J'ai alors demandé à Maria si elle voulait qu'on prenne une marche. Elle me répondit, étonnée, qu'on allait être tout trempé. Je lui ai alors dis qu'elle n'était pas obligée de venir. Elle décida de venir quand même.

Je me suis levé et je me suis dirigé vers la porte. Maria m'arrêta pour me demander si je ne voulais pas me changer. Je lui répondis que ça n'avait peu d'importance, il n'y avait personne dehors à cette heure et sous la pluie. Elle affirma que j'avais raison et on sortit de l'appartement. Je pris ma clé et barrai la porte. On longea ensuite le couloir pour finalement sortir par la porte principale.

Dehors, il pleuvait toujours. Cependant, il pleuvait plus fort que je ne le croyais. Ce n'est pas grave, de toute façon, on allait être autant mouillé et ce n'est pas ça qui allait me déranger. On quittait alors l'entrée pour se diriger vers le trottoir. On continuait ainsi de marcher pendant un bon bout. Je ne sais pas trop combien de temps, mais ça n'avait pas d'importance. Maria me lançait des regards de temps à autre comme si elle cherchait à me faire la conversation. Elle voyait bien que je ne voulais rien savoir, mais elle s'entêtait toujours à vouloir « m'aider ». Pourquoi faisait-elle cela? Éprouvait-elle de la pitié envers moi, comme on peut avoir pitié d'un chien sur le bord de mourir. Je n'ai pas vraiment l'air d'un chien qui approche de la mort. Je ne gémissais pas et je n'appelais pas à l'aide. En plus, demander de l'aide c'est seulement bon pour les lâches. Je ne suis pas un lâche, je me sens peut-être pas très bien, mais bon je ne suis pas désespéré… en fait oui. Je ne sais plus quoi faire, j'ai juste le goût de la tuer cette conne qui ce disait ma femme. Elle m'a volé huit ans de ma vie pour m'en laisser qu'un profond chagrin. Je suis peut-être un palestinien de la vie, mais je suis aussi un terroriste! Je vais l'a bombardé, oh que oui. Je vais la trucider et la faire pleurer comme elle me l'a fait faire. Elle a peut-être détruit ma carapace, mais moi je suis discret vu que je n'intéresse personne par mon statut. Je pourrai la frapper droit au cœur si je le pouvais… si je le pouvais encore…

Après quelques kilomètres, on vit finalement un parc. Je lui dis alors qu'on allait s'y arrêter. Elle me suivit sans rien dire. Quand nous fûmes entrés dans le parc, j'avais tout de suite été m'asseoir sur le banc qu'il y avait au milieu du parc. Maria s'assit à coté de moi. Nous restâmes silencieux pendant plusieurs minutes avant qu'elle brisât le silence.

- Pourquoi voulais-tu faire une promenade à cette heure?
- Parce que j'avais besoin de prendre l'air.
- Ok.
- …
- Ça va mieux là?
- On va dire.
- Pourquoi es-tu dans cet état?
- Parce que …
- Parce que quoi?
- Parce que c'est ça. Arrête de toujours poser des questions, c'est lassant.
- Oui, mais…
- Chut.
- …

Le silence revint et dura quelques minutes. Je pris ensuite la parole.

- Comment tu fais pour toujours être aussi … vivante?
- Tu veux dire heureuse?
- Ouais.
- C'est naturel, je ne crois pas que ça puisse vraiment s'expliquer.
- Alors je n'ai aucune chance de l'être vu que ce n'est pas inné chez moi?
- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.
- …
- Pardonne-moi…
- …

Je me suis alors mis dos à elle. Je me baissai la tête et regardai mes mains pendant plusieurs secondes. Ce qu'elle venait de dire m'avait frappé… Je suis condamné à errer dans les catacombes du désespoir pour toujours… ouais … pour toujours! Pourquoi ça serait moi qui devrait toujours payer. Je la regarde depuis un bon moment déjà et je trouve qu'elle ressemble à l'autre conne. Elles se font passés tout deux pour mes « amies » , mais ensuite elles me poignarderont dans le dos. Oui, elle le fera. C'est inévitable. Ce n'est pas moi qui va payer cette fois par contre. Non, ça ne sera pas moi mais elle! Oui … oui, oui!

Je sentais déjà la joie monter en moi. Cette sensation qui me poussait à faire tout ce que je voulais, absolument tout. C'est à ce moment que je me suis retourné pour lui faire face. J'ai pris mes mains que je lui ai agrippées à son cou et j'ai serré le plus fort que je pouvais. J'extériorisais toute ma rage et tout mon désespoir à travers mes mains. Elle gémissait, certes, mais elle n'arrivait pas à se déprendre. Plus elle s'approchait de la mort, plus j'étais heureux. J'étais peut-être juste un jaloux ou tout simplement un fou, mais je m'en foutais. Elle devait mourir, elle devait souffrir tout comme moi. Je riais, oui, je riais! J'étais heureux pour une première fois depuis longtemps, depuis trop longtemps. Quand j'en eus fini, je me levai et je regardai son corps que j'avais laissé tomber dans la flaque de boue. J'en étais plein, mais ça n'avais pas d'importance vu que j'étais finalement heureux. J'étais rendu un vrai vampire… le sang et les meurtres en plus.
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