Sur le pont

Type : Littérature | Ajout le : 13/10/2007
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Sur le pont

« On ne se perd jamais qu’entre deux points de départ linéaire, sur l’arc d’un pont gris au dessus d’une voix ferrée. Il suffit de laisser ses yeux couler le long des rails, une fois à gauche, une fois à droite, pour sentir comme on pourrait aller loin Il suffit juste d’un pas en diagonale, la ligne est trahie et les rives s’en veulent de ne pas avoir su crier leur hospitalité. La direction est donnée, encore faut il l’imprimer sous les pieds…Et si ? Je descends les escaliers, je saute, je vole, j’attends le prochain train … »

J’en étais à cette idée quand il m’a demandé à quoi je pensais.
A rien, évidemment.
C’est une question de réflexe : on tente d’entrer dans votre tête, vous oubliez ce qui tournait dedans la seconde précédente. Égoïsme du secret aux portes de l’explosion et des arguments irrecevables.
Il s’est retourné pour appuyer son dos contre le garde fou et regarder la voix ferrée s’éloigner de la ville. Il a un peu insisté, une fois, deux fois, trois fois, mais j’étais désolée, évidemment : j’ai oublié.
Et puis nous avons fait comme d’habitude, on a parlé de moi,en surface, avec cet humour et cette dérision qui font basculer les larmes au bord des yeux en franche crise de fou rire. Il était timide, j’étais soûlée de fatigue, de froid, et de mots interdits : ça suffisait pour donner encore une fois des allures absurdes et grinçantes à notre discussion.
Et puis, d’un accord tacite, on a décidé que je finirais mon insomnie toute seule, il était tard de toutes façons.
Comme d’habitude, nous avions beaucoup parlé, mais nous n’avions encore rien dit.
J’ai pris un escalier et lui l’autre. Chacun sur sa rive, l’instant suspendu dans la nuit urbaine détourne ses fissures sur ma page blanche.
Et je n’ai toujours rien dit, même à l’épaisse surdité des feuilles d’un gros cahier à spirale.
Commentaires
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Libellule Rouge
14/10/07 à 19:52
Cet instant d'échange sans échanges, de paroles sans sens, de mots lancés sans appats. Voilà la démonstration d'un don du dit sans ornements inutiles, de vérité sensible et juste, un mélange de réflexion et d'observation panoramique. J'aime beaucoup, j'aurais voulu continuer à te lire encore...

intemporel2007
14/10/07 à 02:42
dire ce que l'on voudrait dire
un pas de plus : s'ouvrir à l'autre,
sans peur et sans attente,
aimer, sans peines et sans douleurs...
et avec une joie profonde,
même au bord des larmes,
savoir le dire
savoir ajouter, sur le chemin,
un seul cailloux,
ou un seul mot
qui changera tout.