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Mots : 373
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J’aurais tout essayé, je crois. Et ce soir je n’y arrive pas non plus. J’aurais peut-être dû forcer la dose de whisky. Je suis définitivement au plus profond gouffre de l’existence. Ce n’est pas l’alcool qui couvrira toutes ces pages blanches. Il y a 10 ans, j’avais l’inspiration, je fermais les yeux et je laissais mon imagination dicter mes pensées. Maintenant je ferme les yeux et plus rien ne se passe, la machine ne fonctionne plus. Je ne mourrais jamais plus. Je suis déjà mort. Ceci est mon testament littéraire. Signé Hoquet. Personne n’osait se prononcer, il n’y avait rien à dire, la lettre disait tout. Le docteur Valine continua donc :
- Je suis désolé monsieur, c’est tout ce qu’on a retrouvé, il semblerait que monsieur Hoquet se soit suicidé.
- Comment ?
- On l’a retrouvé sur un banc près de la Seine dans le 1er arrondissement de Paris, d’après le rapport du légiste, il s’est empoisonné au cyanure.
L’homme à qui parlait Valine n’avait montré aucun signe d’émotion depuis qu’il avait appris la mort d’Hoquet. Il l’avait senti venir. Plusieurs fois ils en avaient parlé, Hoquet dépérissait de jour en jour, sa vie n’avait plus vraiment de sens. Sa femme l’avait quitté, pas d’enfant, pas d’animaux, même pas une plante à soigner. Un homme qui vit seul ne tarde pas à devenir fou. Mais Hoquet avait trouvé le moyen de survivre, il écrivait. Dès qu’il avait un moment à lui, il grattait quelques mots, il avait toujours un papier et un crayon sur lui le Hoquet. Son affaire marchait plutôt bien, il avait vendu quelques livres, il sortait pour des dédicaces, il s’amusait même parfois. Et puis d’un coup il n’a plus eu aucune inspiration. C’est ça qu’il l’a tué.