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Je suis las. Vidé de toute énergie. Seul mon crayon glisse, de lui-même. La toile de fond, musicale, me berce dans mon apathie. J'aimerais m'agiter comme ces petits enfants qui crient, non loin, au pas de ma porte, dans la rue. Je les entends d'ici, ils ne m'agacent plus ; à présent, je suis habitué à leurs parties de jeu interminables. Ils m'agressaient, jusque là, par leurs plaintes et leur joie de vivre. Une sorte de jalousie qui me faisait mal, me tiraillait. Maintenant je ne fais plus que les entendre. Écouter me fatigue trop. Écouter me transperce. Écouter… Écouter me rend nostalgique, c'est triste à dire. Ces conversations qui puisent sans arrêt dans le passé regretté, ces fausses émotions toujours rabâchées, tout cela m'épuise. J'aimerais taper dans un ballon, moi qui n'ai jamais aimé ça. Accompagner mes copains dans leurs palpitantes aventures. Mais seul mon cœur palpite encore un peu, en moi. Mes jambes peinent à me porter plus loin que sur la chaise longue qui occupe mon balcon, quand le soleil se pointe et que j'en profite pour fumer un bon cigare. Plus de promenades pour moi. Les forêts me sont trop redoutables. Elles cachent trop de mystères et de souvenirs ; m'y heurter m'a toujours blessé en partie. Je les fuis, aujourd'hui. Je me terre en ce lieu où mon esprit faiblit lui aussi. Je pense maîtriser ma vie, mais tout me rappelle que je n'en suis qu'un maigre prisonnier. La musique m'agresse. C'est ça, d'écouter. Trop de sentiments, sans doute. C'est un flot continu qui me fait planer si je m'y laisse prendre. J'éteins. Le soleil disparaît et les cris s'estompent. Je serai bientôt avalé par la nuit, qui surprend, toujours. Ma tête est trop pleine. Pleine de mélodies, diverses, versant en moi un fouillis de notes, perçantes, tirées vers le haut, puis s'embourbant dans les graves, tonitruantes et traînant en longueur. Mes yeux se ferment, et je repense à nouveau à ces parents qui doivent s'agiter ; je suis condamné à l'immobilité. Je dors déjà.