Sans titre 2

Type : Littérature | Ajout le : 04/09/2005
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- "Il dit que nous devons tous nous rendre à l'église et qu'il ne nous sera fait aucun mal..."

L'homme avait juste eu le temps de mettre un pantalon ; il était en maillot de corps et devait affronter ce vent d'hiver juste pour s'assurer que tous comprennent ce qu'on attendait d'eux…

- "Il dit que nous devons tous nous rendre à l'église et qu'il ne nous sera fait aucun mal..." répétait-il inlassablement à tous les gens du village qu'il croisait.

Les soldats étaient arrivés en pleine nuit et semblaient être partout ; dans chaque coin de rue, dans chaque maison ; à vouloir que tous aillent à l'église...

Tandis que le jeune prêtre traduisait inlassablement leurs ordres en français...
Les hommes devaient tous rester dehors, les femmes et les enfants devaient aller s'agglutiner au fond de l'église auprès de l'autel.

Une aube avait été jetée sur la tête du christ, afin que du haut de sa croix il ne puisse voir ce qu'il se passait.

Au bout d'environ une heure, tous les habitants du village étaient soit dans l'église soit devant.

Seul un père de famille avait tenté de se rebeller, et pour récompense il reçut une balle en pleine tête. Puis on jeta son corps dans un hangar à bétail !

Le curé dut traduire aux gens ayant assisté à la scène :
"Si quelqu'un ne veut pas obéir aux ordres, on peut le tuer aussi ! On a des balles."

Une fois toutes les femmes et tous les enfants à l'intérieur de l'église, une caisse d'environ 1,30m sur 2m fut déposée à l'entrée.
Si l'obscurité avait été moins profonde, il eût été aisé de distinguer ce qu'elle contenait.

Un enfant qui pleurait reçu un coup de crosse en plein visage, sa mère dut le serrer contre elle pour que le bruit de ses cris soit étouffé.
Chacune des personnes ainsi arrachées de leurs lits étaient apeurées et transies par le froid. L'horreur de ce qu'il pouvait advenir d'eux les tétanisaient encore plus !

Dehors, les hommes durent se déshabiller et entrer en file indienne dans le hangar où se trouvait le corps de leur ancien ami.
Ils avaient compris ce que serait leur sort, lorsqu'à l'arrivée d'une voiture de l'ennemi, ils devinèrent les lourdes mitrailleuses disposées aux quatre coins de la place du village.

Le curé essaya de parler aux soldats, mais on le frappa, et c'est évanoui qu'il entra dans le hangar !

Un ordre fut crié lorsque les hommes furent tous entrés, et c'est alors que les feux de l'enfer s'ouvrirent sur ce qui avait été un paisible village de campagnards...
...
Les tirs cessèrent, et le silence qui s'ensuivit fut encore pire que le bruit des rafales.

Après les pleurs et les faibles protestations, après les visages terrorisés de ces gens qu'on envoyait à la mort, après la chaleur des maisons où à peine une heure plus tôt il y avait de la vie ; c'était un silence macabre qui recouvrait la scène...

Des soldats s'approchèrent des tas de corps.
Leur mission : "tirer sur ce qui pourrait bouger".

Enfin, pour finir leur besogne, ils durent asperger les corps d'essence et les brûler, tout en incendiant les bâtiments.
Il ne devrait rien rester de ce village !
Les habits des hommes serviraient à éclairer la scène lorsqu'on les fera brûler...
Les corps des femmes et des enfants, qui avaient été mitraillés, subiraient le même sort que l'église. Une bombe incendiaire serait placée en son centre.

Tant de sang versé sans raison et sans aucun pleur, sans aucune prière pour ces âmes arrachées de leurs corps...

Hommes, femmes et enfants mélangèrent leur sang sur ce sol alors que c'était de leur sueur qu'était né leur village !

Qui allait venger ces morts ?
Qui pourrait escorter ces âmes vers l'au-delà ?
Qui se souviendrait du nom de chacune de ces victimes ?

342 personnes furent assassinées, aucun nom n'a pu leur être donné, aucune tombe n'a été creusée pour accueillir leur dernier repos !

Les quelques 60 soldats avaient réussi à faire ce qu'on attendait d'eux en moins de temps que prévu.
Qui parmi eux comprenait vraiment ce qu'il venait de se passer ?
Qui parmi eux regretterait cette nuit ?

Les soldats surveillaient les flammes et les éventuelles fuites de survivants...

Lorsque le soleil matinal apparu à l'horizon, le village était encore éclairé par les flammes de sa propre mort.
La colonne ennemie repartait, ces soldats allaient enfin pouvoir se reposer après cette nuit éprouvante de travail.
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