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Mots : 655
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Anthony Lacroix
Elle ne portait que des bas. De longs bas orange qui lui montaient jusqu'aux genoux. Bas que les gens portaient dans les années 90 pour jouer au tennis.
Je ne crois pas qu'elle ait déjà joué, ne serait-ce qu'une fois, à ce sport. Je l'imagine mal en sueur courant sur un terrain caoutchouteux brun pour frapper une balle jaune.
J'ai de la difficulté à penser qu'elle puisse avoir chaud.
C'est peut-être parce qu'à ce moment-là, elle avait froid; la texture rugueuse de sa peau l'indiquait.
Elle ne me permettait de la toucher que du bouts des doigts. Elle voulait que je l'effleure, que je ne la découvre qu'avec mes ongles.
J'aurais voulu la serrer contre ma poitrine.
D'une part pour la réchauffer, d'autre part pour mieux sentir son odeur. Dans quelle ville, rue, chevelure l'avais-je déjà respirée? Ses cheveux d'un bleu décoloré n'étaient pas de ceux que je connaissais.
Nous n'étions que nous deux.
Que deux personnes qui frissonnaient de froid, debout dans le salon, parmi les fauteuils délavés à motifs fleuris et la table basse. Les murs étaient mauves ou incarnates, je ne m'en souviens plus très bien. Une toile de Caravage clouée au mur opposé à la télévision. L’incrédulité de St Thomas placée où, des années auparavant, un petit Jésus en bronze trônait.
«Pourquoi tu gardes tes bas?»
-Parce qu'on est pas rendu à se connaître les pieds.
Beaucoup de questions à lui poser en tête. Mais je buttais, ses bas agissaient comme une barrière. Je pouvais connaître sa nuque, ses épaules, ses seins, ses tétons qui se dressaient peu à peu, mais je ne pouvais connaître ni ses mollets, ni ses pieds.
Jamais je n'avais porté une attention particulière aux pieds des femmes. Mais les siens m'intriguaient.
Elle n'avait eu aucune difficulté à se défaire de son t-shirt et de ses pantalons; et des sous-vêtements encore moins.
Les femmes que je connais n'ont jamais eu cet aplomb. Dans une situation semblable, elles auraient caché leurs seins de leurs paumes. Elle, elle restai droite, fière, ses paumes sur les miennes m'incitant à la frôler.
«Est-ce par complexe que tu ne veux par me montrer tes pieds?
-Non, par caprice.
Dans ma tête, il n'y a que l'image d'elle presque nue. Un peu comme si ses bas étaient choisi minutieusement, pour contrôler le souvenir d'elle. Pour moi, le reste de ses vêtements ne sont dans mes souvenirs qu'une masse informe à nos pieds.
Même de son corps je ne retiens que l'odeur.
«C'est quoi ton parfum? Je sais que je le connais»
-Mon savon
Regard espiègle. Pour elle, c'était un jeu. Pour moi, un mystère.
Il n'y aura pas de catharsis, je ne la connais pas j'en suis certain.
«Pourquoi orange?»
-Ça fait ressortir mes cheveux, qui eux font ressortir mes yeux.
C'est vrai, ses cheveux bleus allaient parfaitement avec ses yeux azur.
Du bouts des doigts, elle m'a fait passer aux paumes. Sa peau est douce.
«D'où tu viens?»
-D'une autre ville.
Elle ne me parlait plus, elle me chuchotait à l'oreille.
Je sentais son souffle contre ma joue. Nos poitrines collées, je pouvais sentir chaque mouvement de son diaphragme.
«Est-ce que je peux t'embrasser?»
Elle ne me répondit pas, elle le fît.
Elle enleva ses bas tranquillement.
Ses jambes et ses pieds, parfaits.
Entre deux souffles je lui demandai :
« Quel est ton nom?»
-Marie