Réécrire l'histoire

Type : Littérature | Ajout le : 11/04/2007 | Modification le : 11/04/2007
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Position dans Littérature : 3ème

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Oeuvre :
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Dans mon sac, mon gros carnet vert et mon appareil photo bringuebalent à tout va.
Place Stanislas, les serveurs en terrasse à éviter, les lycéens avec leurs balles de jonglages et leurs diabolos et leurs bâtons du diable, les touristes, les joints des dalles dans lesquels mes pieds trébuchent. Première porte dorée, la rue pavée, puis la place Dombasles. Rue Raymond Poincaré. Tant pis pour mon poncho, je le laisse sur les grilles, je le reprendrai tout à l'heure quand je reviendrai à l'internat.
Gare.
Ça n'était pas possible.
Pas maintenant.
Pas à moi, pas une seconde fois.
Et de nouveaux des êtres à éviter, la foule, les dalles glissantes. Un quai, des contrôleurs, des voyageurs, des rails et des trains... Quelle voie ?
3, Nancy/Paris Est. Mais qu'est ce que je fais là ?
Le ciel me tombe sur la tête, c'est pas possible.
11, Nancy/St Dié.
Et soudain, je le vois, qui s'apprête à monter dans un wagon, son gros sac suspendu à son épaule.
« -Eh, attends !! »
Mes pieds se prennent dans mon jupon, je l'empoigne à deux mains. Il se retourne, me voit. Deux rides d'inquiétude apparaissent sur son front.
« - Qu'est ce que tu fais là ?
- J'ai regardé les horaires, le départ n'est que dans 20 minutes. Alors tu lâches ce sac, et tu m'écoutes.
- Quoi ?
- Oui, tu m'écoutes, j'remonte de la place Stan en courant, j'suis pas allée en cours cet après-midi, je ne pouvais pas de toute façon, j'aurais rien suivi, j'suis restée en bas à prendre des photos pour me vider la tête et m'éviter de faire n'importe quoi.
-... »
Je reprends mon souffle. Il pensait sûrement prendre un peu de repos après notre entrevue éprouvante ce midi, mais je ne pouvais rester là comme ça sans lui dire tout ce que je pensais.
« - Ne dis rien. Ecoute moi, c'est tout, après tu t'en iras, on évitera de reparler de cela, et ce qu'il se passera ne regardera que moi.
- Je croyais que ...
- Non tu ne crois rien du tout. Je te l'ai dit, je ne t'en veux pas, ni à elle, d'ailleurs, tu comprends ? C'est important. On s'est jamais rien promis mais là c'est le moment : promets moi que toi, tu me crois »
Il enfonce ses mains dans ses poches et s'adosse à l'abri du quai.
« -J'sais pas pourquoi, mais je te promets.
-Bon. Quoi que tu en dises, j'ai aussi ma part de responsabilité dans ce gâchis : je le savais et je n'ai rien fait pour vous en empêcher. Je me suis laissée couler parce que j'avais honte que l'histoire se reproduise. On a assez souffert de ce fiasco, tous les trois, maintenant, ça suffit. C'est trop tôt pour toi, trop tôt pour moi, mais si tu peux t'en sortir plus vite que moi, n'hésite pas. Je la connais, elle attend aussi, dans le même état que moi, avec la culpabilité en plus. Mais si elle a un espoir, débrouille toi pour l'abréger si tu sais qu'il est vain. C'est Tchernobyl mais il y a moyen de sauver quelque chose, surtout si tu as le pouvoir de vous sortir de là tous les deux.
- J'en sais rien. C'est encore trop compliqué. Si je te l'ai dit maintenant c'est pour t'éviter de vivre ce que tu as vécu il y a trois ans... je m'en veux terriblement.
- Je m'en fous. Tu as fait ce que t'as pu, maintenant, si tu te comportes comme un coupable tout le temps, je n'y arriverai pas. C'est pire qu'il y a trois ans, mais tant pis. Je l'ai compris dès l'instant où je suis entrée chez toi ce samedi matin, mais j'ai balayé ça d'un revers de la main pour passer ce que je pensais, et j'avais raison, je crois, être un dernier week end sympathique avec vous deux. Alors, stop. Tant pis. Egal à égal, tous les trois »
Les larmes me montaient aux yeux, encore une fois. J'aurais aimé qu'il me serre dans ses bras, mais il ne le fallait pas. J'aurais aimé qu'il me dise que ça n'était qu'une sale passe, qu'il partait pour mieux revenir, mais c'était trop tard. J'avais déjà une confiance vacillante, maintenant je sais que ce n'est plus la peine de ramasser les miettes.
« - Mais on y arrivera, ça prendra le temps qu'il faudra »
Et son regard. Qui insiste, qui glane, lui aussi, une promesse. Insupportable.
« -Et toi, dis moi que tu ne recommenceras pas, promets moi que tu ne te feras pas de mal
- Laisse moi rire. T'as déjà vu un funambule promettre à un filet qu'il ne tombera pas ?
- Non, sauf que là on n'est pas au cirque
- Si. Tu vois pas que ceci n'est qu'un immense vaudeville, que ma vie n'est qu'une ironie magnifique depuis quelques années ? Je changerai le nom des personnages, et ça ira. Dépêche toi, ton train ne va pas tarder. »
Il attrape la lanière de son sac et la repose sur son épaule.
« - Attends, j'ai un truc pour toi. »
Je n'aime pas ce genre de phrases, ça se finit toujours aussi mal que les « faut que je te parle ». Il farfouille dans la plus petite poche de son sac, et en sort quelque chose qui tinte.
Il tend la main. Quatre clés étiquetées.
« -Est-ce que tu les veux ... »
Je soupire. C'est bien la fin. Allez, vas y, achève moi sur ce quai, je ne pourrai pas tomber plus bas que les rails de toute façon.
« - Je persiste à dire que ça n'était pas une bonne idée. Enfin, tant pis, donne, je verrai ce que j'en ferai. »
Je saisis les clés en essayant de ne pas sentir le contact de sa peau contre la mienne. Ses quatre derniers cadeaux de Noël. Finalement, c'en était une, de promesse, celle d'être à mes côtés jusqu'en juin, au moins ... mais il ne l'a pas tenue. Les promesses ... des tuteurs désespérés qu'on plante dans le sol quand les certitudes vacillent.
« -Tu feras attention, celui d'avril, il casse.
- D'accord. Allez, grouille.
- Je suis désolé
- C'est la dernière fois que je veux entendre cela de ta bouche. Salut.
- Ciao. Et euh ... on se voit ce week end dans les Vosges ?
- J'en sais rien. On verra. Mais vite regarde la porte se referme ! »
Il disparaît dans le wagon. Le train démarre.
Et je m'effondre sur le quai vidé de son animation, sans forces, comme ce midi. Dans ma main, les quatre clés. Je prends mon téléphone dans mon sac et appelle ma mère. Répondeur.
« Maman ? Est-ce que tu pourrais aller dans ma chambre et prendre la colonne en carton, s'il te plait ? Fais là disparaître. Coupe les chaînes à la tenaille, prends ce qu'il y a à l'intérieur, et ne m'en parle plus jamais. Merci, à demain, je prendrai le 10h14, les horaires changent le samedi »
Dans ma main, les quatre clés. Je me relève. Je ne me souvenais plus de la douleur de cet instant de basculement, quand on se sent au bord de comprendre alors qu'on sait depuis trop longtemps. Je sors de la gare et retourne à l'internat.
Tiens, les grilles du chantier du gymnase sont ouvertes. Ils coulent le sol de la deuxième salle. De toutes mes forces, je lance mes quatre clés qui vont s'enfoncer dans le béton liquide. Et rabattant mes cheveux sur mon visage pour que personne ne me voie pleurer, je rentre.


C'est comme cela que tout aurait du se passer. Et j'aurais pu sortir de l'hébétude, peut être.
Ce matin, je me suis réveillée en salle de réanimation, à l'hôpital de St Dié. J'ai ouvert les quatre cadeaux d'un coup, hier, je ne me souviens même plus de ce que c'était. Et je n'ai pas supporté de devoir tout démonter, ma raison a vacillé, sous cette minuscule goutte qui a fait déborder un vase qui se remplissait depuis des années.
C'était idiot.
Commentaires
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Max-Louis
25/04/07 à 13:49
Paris/Nancy. J'ai connu aussi une histoire d'amour qui s'est terminée sur un quai à Bordeaux.
J'adore ton texte : construction, forme et mise en valeur des situations, écriture efficace.