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Il y avait un beau garçon dans ma classe ; Dan. Il était de taille moyenne, assez fort, des cheveux bruns coupés au bol mais ce qui me faisait craquer, c'était ses petits yeux marrons vifs et son petit bouc sous son sourire d'enfer. Il était beau, et c'est pour ça qu'il passait beaucoup de son temps libre (et ses cours aussi) en la compagnie des trois canons de beauté de la classe. Il y avait Orianne, une grande brune teintée de rose tout le temps habillée en goth et une cigarette entre ses lèvres d'encre. Elle s'avérait arrogante, bête et méchante et à seize ans, elle avait déjà un physique de pornstar. Gaëlle, se montrait plus ouverte au reste de la classe mais n'en restait pas moins moqueuse et fausse sous tous ses piercing et ses cheveux sals. La dernière, Sarah, semblait vraiment bizarre, on ne l'entendait jamais, elle se contentait de sourire de sa grande bouche à la lèvre inférieure enflée et percée d'un anneau. Elle avait aussi de longs cheveux très blonds avec ses grands yeux bleus et elle se montrait souvent vêtue d'un bustier rouge au décolleté inadmissible par le règlement scolaire.
J'étais dégoûtée de voir Dan avoir des fréquentations aussi minables que ces trois allumeuses, elles n'auraient jamais du exister…Pourtant, elles vinrent un jour s'asseoir à coté de moi à la cafétéria et on était bien restées parler trente minutes ensemble. A mon insu, je les vit sous un autre jour, et si elles étaient toujours aussi idiotes, elles m'apparurent comme amicales. Lorsqu'elles eurent fini de manger, Sarah prit la parole pour la première fois et elle me dévisagea de ses grands yeux bleus au fond desquels je lisais quelque chose de spécial, que je n'avais jamais vu auparavant dans le regard d'une fille…Le menton posé sur le dos de ses doigts entrecroisés, elle me demanda si je voulais sortir avec Dan. Je tenais à être honnête avec moi, alors je n'ai pas répondu non. Ca les a fait glousser et on a quitté la table. Mais je ne voulais pas les revoir à la sortie, alors je suis resté attendre qu'elles s'éloignent dans les toilettes…
Bien sûr, ça ne s'est pas fait du jour au lendemain, mais en plusieurs mois, au fil des couloirs et des cafétérias, au fil des rigolades et des chats sur MSN, on s'est lentement rapprochées. Gaëlle m'avait gravé deux ou trois CD de Marylin Manson, et un de Slipknot ; j'aimais beaucoup, si bien que je me suis procuré par la suite un T-short et un poster du chanteur satanique. Deux semaines après l'épisode de la cafétéria, on avait séché toutes les trois les deux heures de Français qui achevaient le lundi, on s'était donné rendez-vous aux portes du lycée pour aller faire un tour en ville ; j‘avais mis mon débardeur Marylin Manson, après avoir remarqué que mes seins avaient commencé à grossir. En fait, Orianne avait vendu quelques barrettes pour m'offrir un relooking. Dans un premier temps, j'allai chez l'ophtalmologiste pour échanger mes lunettes contre des lentilles dont j'avais le choix de la couleur. Après plusieurs essais et quelques hésitations, j'ai choisi les noires.
Sarah m'a ensuite invitée dans une boutique gothique, elle était copine avec la gérante qui nous a fait une remise sur les bagues, les boucles d'oreilles et autres pendentifs qu'on avait achetés. En sortant du magasin, je vit que Gaëlle avait fait sortir un pendentif d'argent représentant une croix. Elle m'en fit cadeau. Nous étions à nous trois les meilleures copies du monde. Et à la fin de la journée, alors qu'on attendait le bus, Orianne arriva avec une barrette qu'elle venait d'acheter à bas prix au dealer du lycée. Sarah et Gaëlle en prirent volontiers, et lorsque la droguée me tendit l'herbe et le papier, j'ai senti qu'au fond de moi que c'était minable de faire ça, rien ne m'y obligeait, ma nature l'interdisait, ça ne me ressemblait simplement pas. Mais je vit au fond de ses yeux maquillés de noir que ça l'aurait vexé que je refusât son offre, alors j'imitai maladroitement mes deux acolytes pour rouler mon joint que je me forçai fumer…Je crus alors que j'étais allé trop loin ce jour-là ; je ne me reconnaissais plus…
Lorsque je fus de retour dans ma chambre, je vidai avec hâte mon sac de toutes les robes, jupes et accessoires qu'on avait achetés sur mon lit et je me précipitai devant la glace de ma salle de bain, je me ramassai rapidement les cheveux et quelque peu anxieuse à l'idée de ce que je verrais, je posai mes petites mains sur le bord de l'évier et je me penchai un petit peu plus vers la glace pour écarter doucement les lèvres. Enfin, je sortis la langue et je pus voir au bout de cette dernière une magnifique perle argentée au reflet bleuâtre ; ce piercing à la langue était une totale réussite.
Depuis cela, au lycée, les garçons me regardaient d'un air envieux, certains me sifflaient, les yeux rivés sur mon string qui dépassait de mon jean moulant, mais tous ces gars étaient minables. Dan aussi avait changé, j'avais même refusé de sortir avec lui le jour où il est venu me le demander ; j'aimais une autre personne…Je ne m'étais jamais senti aussi bien, et pourtant les profs ne s'étaient jamais autant inquiété pour moi, sous prétexte que je ne fournissait plus aucun effort scolaire…J'en avais plus rien à foutre ; autrefois, quand je me faisais valoir par ma réussite scolaire, les autres élèves me portaient un regard méchant et moqueur, je n'avais pas d'amis, et depuis que je fumais, que je séchais, que je m'habillais sans décence et que j'avais laissé tomber mes cours, j'étais enfin respectée et adorée de tous.
Alors que je vérifiais mes SMS en cours de maths, le bruit d'un stylo heurtant le carrelage me parvint. Ce genre de détail m'indifférait normalement autant que les paroles du prof, mais comme j'en avais assez de taper sur le petit clavier de mon téléphone, je rangeai ce dernier dans ma poche pour me pencher vers le sol et tendre la main vers le petit objet. A ce moment, une autre main se lança vers le stylo et entra en contact avec la mienne. Je relevai les yeux et je vis le doux visage de Sarah, ses yeux bleus étincelaient avec quelque chose de spécial au fond. J'essayai de lui rendre ce regard, sans bouger ma main qui reposait toujours sur la sienne, je sentit alors ses petits doigts glisser lentement entre les miens… « reprends-le, ton stylo alors… » Lui dis-je tout doucement…
Et la sonnerie retentit, suivie du traditionnel remue-ménage de fin de cours de maths. Et le flot d'élèves se déversa dans le couloir. Comme c'était la pause de l'après-midi, je me retirai vers les toilettes pour boire quelques gorgées d‘eau fraîche. Lorsque je relevai la tête, je vis Sarah derrière moi. Elle s'appuyait de l'épaule contre une porte et me regardait bizarrement, avec les mêmes yeux que la première fois où elle avait mangé avec moi. Elle avait un air timide qui ne lui ressemblait pas, et elle me remercia doucement de lui avoir ramasser son stylo en maths. Je compris tout de suite que ce n'était pas de cela qu'elle voulait me parler, alors je l'interrogeai du regard et elle finit par dire ce qu'elle avait « sur le cœur depuis plusieurs mois » ; elle m'aimait.
C'était donc cela que je n'avais jamais vu dans le regard d'une fille avant le sien ; l'amour d'une fille pour une autre…Il y avait bien une raison au non que j'avais donné à Dan de mon côté ; j'aimais beaucoup Sarah aussi et il y avait bien un peu d'amour à l'intérieur de ces sentiments. Elle s'avança lentement vers moi et m'absorba toute entière de ses grands yeux bleus imbibés de larmes. Je sentis qu'elle me prenait la main. Alors elle me demanda si je voulais sortir avec elle. Je fus profondément choquée par cette invitation, mais quelque chose m'attirait en elle à cet instant, nous étions très proches aussi bien physiquement que mentalement. Je m'en alla alors vers elle, mes yeux mi-clos se fondirent bientôt dans les siens, je sentis ses doux cils maquillés de noir effleurer mes paupières, ses doigts quittèrent lentement mes mains et se réfugièrent sur mes hanches, nos cheveux s'emmêlèrent, réunissant leurs couleurs et nos lèvres se soudèrent lentement. Je n'avais jamais embrassé personne de la sorte auparavant, j'étais émue de ce baiser…
Lorsque vint le mois de juin, Orianne organisa chez elle une fête pour la fin d'année. je sortais toujours avec Sarah, on évitait de se montrer dans les couloirs ou dans la cour pour ne pas faire de notre relation un spectacle, alors on se voyait souvent aux toilettes. Seule Gaëlle et Orianne étaient au courant de notre amour, je crois…La gothique habitait une grande maison en bordure de la ville et l'absence de ses parents pour le week-end lui permettait de faire ce qu'elle voulait. Voilà pourquoi elle avait invité une vingtaine de personnes à se trémousser sur de la musique techno ou métal en buvant, fumant, et s'embrassant sans décence jusqu'à la fin de la nuit dans un vaste salon drôlement bien éclairé et sombre à la fois dans des tonalités rouges sombres. Ma copine était sensuellement vêtue de noir, moi je me montrais plus gothique avec une mini-jupe et des bottines noires. J'étais un peu ivre quand Sarah assise à côté de moi et ne sachant plus ce qu'elle faisait m'embrassa à pleine bouche. Ceux qui avaient gardé un peu de lucidité nous regardèrent avec des yeux étonnés, les autres rirent de bon cœur, mais ça ne me dérangeait pas. J'avais aussi fais connaissance avec Antoine, le dealer du lycée qui fournissait de l'herbe à Orianne. Il avait également été invité à cette soirée et était l'un des seuls à être venu en voiture. C'était un chouette type au fond. Et lorsqu'il me demanda si j'avais déjà touché à de la drogue, je lui répondit que non pour qu'il m'offre le traditionnel premier joint. C'était en fait mon troisième ou quatrième.
Vers deux heures du matin, Sarah et moi dansâmes un slow, je la sentais très fort contre mon corps, sa tête fatiguée reposant sur mon épaule, elle m'embrassa le cou et je frémis au contact froid de son piercing à la lèvre mais je restais concentrée dans ce bel instant, portée par le flot de la musique. Lorsque celle-ci fut finie, elle se détacha de moi et après un petit lèvre à lèvre, je retournai m'asseoir pour boire un peu avec Gaëlle, mais je vis mon amoureuse me faire signe de la suivre. Nous montâmes l'escalier qui desservait le salon pour nous retrouver dans le couloir de l'étage. « Orianne m'a dit que sa chambre était ouverte à ceux qui le voudraient » me fit doucement Sarah avant de pousser une porte qui nous offrit une petite chambre très noire, ornée de multiples posters à la gloire de grands groupes de métal et d'iconographie gothique, mais surtout un grand lit à la literie violette.
Nous restions un instant qui parut être une éternité appuyées contre le mur, sous la douce lumière qui inondait la petite pièce. Et Sarah me demanda si je voulais faire l'amour. J'aurais pu accepter, mais j'ai dis non parce que je ne l'avais jamais fais avec un garçon et j'étais très gênée de devoir le faire avec une fille, même s'il s'agissait d'elle. Elle répondit qu'elle comprenait ce refus, et puis elle me sourit en m'affirmant que je serais prête la prochaine fois. Une fois redescendues au salon, je ressentit un gros coup de fatigue, et lorsque Antoine déclara qu'il repartait pour la ville et qu'il avait quatre places dans sa voiture, je lui ai demandé de me ramener. Alors Sarah est venu me voir et elle m'a serré dans ses bras pour me dire au revoir. Je n'avais pas envie de saluer tout le monde, je me suis contenté d'embrasser ma copine et je suis sorti de chez Orianne avec Antoine, deux garçons et une fille que je ne connaissais que de vue, mais ils étaient dans un sal état…
L'air de la nuit était frais et le sol humide, dans le ciel noir brillaient toutes les étoiles du firmament, je reconnus quelques constellations, mais Antoine m'invita rapidement à monter à la place du passager. J'avais bu deux verres d'alcool, j'avais pris un joint et j'étais un peu fatiguée. Les trois passager de derrière dormaient déjà et Antoine qui était au volant avait bu quelques bières avec Orianne, il avait aussi fumé un petit peu avant de monter dans son véhicule, mais lorsque je lui demandais si il pourrait conduire, il m'assurait qu'il avait toutes ses capacités, il avait l'air extrêmement lucide, alors je ne l'ai pas embêté plus longtemps…
…Et on est partis… »