Penchant Matinal

Type : Littérature | Ajout le : 04/09/2005
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On dit souvent que l'amour nous tombe dessus quand on n'y croit plus, dans les moments difficiles. Vous savez, quand vous vous dîtes que plus rien ne va comme vous voulez et que vous êtes à bout, cette personne arrive, vous prend dans ces bras et elle vous dit que tout ira bien et qu'il ne faut pas s'en faire. Je n'ai jamais vraiment cru à ceci, j'ai toujours pensé que tout ça relevait d'une utopie, que l'affection que pouvait éprouver deux personnes une envers l'autre n'était qu'une simple histoire qu'on racontait au enfant pour ne pas leur faire trop peur face à l'horreur que peut être la vrai vie. J'ai cependant changé d'avis sur la question il y a de cela deux jours.

Mon existence n'a jamais vraiment été une partie de plaisir. Mon enfance était des plus fades avec quelques partie de ballon chasseur par ici et quelque amis par là, que je n'ai d'ailleurs jamais revu après mon primaire. Le genre de personne qui passent dans votre vie un jour et que vous ne reverrez plus. Le genre de personne dont vous vous demandez ce qu'il leur est arrivé pendant quelques secondes et, tout de suite après, vous vous avouez à vous même que vous en avez strictement rien à foutre. Ce type de personne, j'en ai vu des milliers dans ma vie, en fait, je crois que je n'ai vu que ça. Je n'ai jamais rencontré de personne qui ne m'est vraiment écouté, vous savez, le type de personne que vous appelez votre " meilleur " ami. Une personne qui vous accepte comme vous êtes et qui vous aide dans les moments plus difficiles. J'ai cru, à plusieurs reprise, avoir trouvé ce type de personne pendant mon secondaire, mais j'ai toujours pu voir le vrai ami qu'il pouvait être quand il m'abandonnait au moment où j'avais besoin de lui. Ce n'est qu'à la fin de mon secondaire que je me suis mit à l'évidence que je ne rencontrerais sûrement jamais ce type de personne. " Fin de secondaire " est un grand mot, car j'ai lâché le tout à ma 3e année. J'ai travaillé pendant deux ans dans un petit restaurant merdique de la région de Joliette pour y gagner quelques sous et j'y travaille malheureusement toujours aujourd'hui… Il y a des jours où je me dis que j'aurais peut-être du finir mon secondaire et ne pas me laisser tenter par l'argent que je pouvais gagner dès maintenant. Un salaire minimum quand tu vis chez tes parents c'est peut-être la joie, mais quand tu dois payer ton appartement s'est un peu moins drôle…

Près de mon travail se trouve un petit café où j'ai pris l'habitude d'aller l'avant-midi avant de commencer à travailler. J'y sirote habituellement un café pour me réveiller et pour relaxer un peu. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai toujours bien aimé l'atmosphère de cet endroit. Le monde ici y entre toujours souriant et tout le monde ce dit " bonjour " ou se font des signes de la main. C'est un peu comme si tout le monde ici se connaissais depuis toujours, mais, en fait, ils ne se sont jamais vu. Le tout venait m'égayer un peu me faisant même parfois sourire. J'ai toujours été d'un caractère grognon et non souriant, mais ici ce n'est pas pareil, je ne peux m'empêcher.

Rien de spécial ne s'était passé dans ce café depuis le premier jour ou je l'ai fréquenté. En fait, mon histoire commence il y a de cela deux jours. Il devait être neuf heures du matin ou dix, je ne sais plus trop. Quand je vais dans cet établissement je perds souvent toute notion du temps. Je buvais mon café en lisant le journal comme à l'habitude tout en espionnant un peu les personnes qui fréquentaient l'endroit. C'est alors qu'elle entrât. Une jeune femme au long cheveux brun très sombre et d'une beauté des plus incroyables. Elle devait avoir mon âge ou un peu moins peut-être. De toute façon cela n'avait pas vraiment d'importance à mes yeux. La jeune femme possédait aussi un brave chien attaché à une laisse. Elle devait vraiment aimé son chien pour l'amener dans un tel endroit. Elle continuât donc à avancer à travers les tables pour s'asseoir à une chaise. Le propriétaire de l'endroit vint à sa rencontre pour lui parler. C'était sûrement pour le chien, de tel animaux ne devait sûrement pas être toléré dans ce lieu. Après une longue discussion, le propriétaire quittât la table avec un grand sourire et lui apporta un café qu'il déposât sur la table près de sa main. La femme le remerciât et en prit une gorgée.

J'épiais ses moindres faits et geste. J'essayais de me rappeler si je l'avais déjà aperçu dans cet endroit, mais j'avais beau fouiller dans ma mémoire du mieux que je pouvais, je ne trouvais rien. Je cessai donc de pensé à cela et je continus de la regarder. Elle avait un coude d'appuyé sur la table qui lui servait de support et de l'autre bras, elle faisait le tour du rebord de la tasse avec son doigt. Son visage, contrairement aux autres gens ici, n'affichait aucun sourire. Même l'atmosphère qui l'entourait n'avait aucun impact sur son humeur. J'en ai donc conclu qu'elle était sûrement dépressive. Vous savez, la plupart des jeunes sont dépressifs aujourd'hui donc ça ne serait pas étonnant qu'elle le soit. Même moi je crois que je ne suis pas tout à fait intouchable de ce coté. Je continus donc de la regarder en espérant qu'elle montre un peu plus de joie de vivre, mais en vain. Elle continuait de siroter son café sans rien dire.

Je dois vous avouer que cette fille m'intéressait quelque peu. Habituellement, je ne me laisse pas berner par les apparences trompeuses de ces jolies filles qui se croient supérieurs à tous, mais je voyais bien qu'elle n'était pas comme ça. Je ne sais pas pourquoi, mais en la regardant je me suis dit que peut-être c'était elle qui pourrait me redonner le goût de vivre, c'est peut-être elle que j'attend depuis toujours. Je sais, j'ai tendance à toujours me faire des idées. J'ai toujours été un grand rêveur, j'ai toujours rêvé qu'un jour peut-être... De toute façon, je ne dois pas l'intéresser. Qui voudrait d'un idiot comme moi? Il est vrai qu'une jolie femme comme elle ne voudrait pas terminer sa vie auprès d'un rêveur qui est même pas foutu d'avoir un peu de satané confiance en lui…

Plus le temps passait, plus je me disais que je me faisais des idées et que je devais oublier cette fille, qu'il en serais mieux ainsi pour moi. Je continuai donc de lire mon journal tout en lui jetant quelques coup d'œil de temps à autre. C'est alors que c'est arrivé. Je ne sais pas pourquoi, mais elle me fixait. Je me suis alors demandé si il y avait un truc chez moi qui clochait. J'ai alors tâté discrètement mon visage pour voir s'il y avait quelques choses, mais je ne trouvai rien. Elle se mit alors à me sourire, un peu comme si mon interrogation la faisait rire. Je rougis sûrement quelque peu à ce moment, car je sentis une soudaine bouffée de chaleur qui me plaçât dans un état fort inconfortable. Elle n'arrêtait pas de sourire ainsi que de me regarder et je n'avais aucune espèce d'idée pourquoi. C'est alors à ce moment que j'ai pensé que tout cela était peut-être un signe. Aucune fille ne m'avais regarder comme elle et encore moins souris. C'était peut-être finalement elle la personne que je cherche depuis toujours … oui, je l'ai peut-être enfin trouvé.

Je ne savais pas si je devais aller la voir. J'hésitais terriblement à le faire. Et si je me faisais encore des idées? Je rêvasse toujours donc pourquoi cette fois tout ça serait vrai? Le temps avançait et je ne savais toujours pas quoi faire. Je devais me hâter, car le contenu de sa tasse diminuait à vu d'œil. Je ne sais jamais quoi faire dans ces situations. Je ne suis jamais foutu de me décider. C'est si simple et compliqué à la fois. Simple, car je n'ai qu'à me lever et aller la voir. Compliqué parce que il y a toujours le si… si elle n'éprouve aucun sentiment envers moi, si tout ça je me le suis imaginé, si elle va me prendre pour un fou … si, si, si… Qu'est ce qui est le mieux? De vivre dans le rêve et de ne rien savoir ou d'aller lui demander et risquer de frapper un mur? Je ne le sais pas … de frapper un mur n'aiderait sûrement pas à ma situation, j'en ai déjà frappé maint dans ma courte existence et un de plus pourrait me pousser dans de profonds chagrins que rien ne pourrait combattre…

Pendant que je tentai de trouver une réponse à ces innombrables questions, elle eût le temps de finir son breuvage et se levât pour quitter. Elle me laissât derrière elle sans que je ne sus quoi faire. Devais-je la laisser partir et risquer de ne plus jamais la revoir, ce qui m'affligerait une profonde tristesse ou bien je m'élançais et … Je ne sais pas! Je ne sais rien, je suis trop peureux pour seulement y penser. Je, je… Il est trop tard, elle est partie. Elle venait de franchir le seuil de la porte et, avec elle, tous mes espoirs…

Je tentai donc de continuer la lecture de mon journal, mais toute cette aventure m'avait ébranlé et les seules choses que je réussis à distinguer était l'image de son somptueux visage qui circulait incessamment dans mon pauvre crâne. Il n'y avait plus de doute, j'étais tombé fou amoureux de cette inconnue que je ne reverrai peut-être plus jamais. Je commençais à déprimer de plus en plus à force de regarder le siège où elle était assise. Ne pouvant plus soutenir plus longtemps cette torture, je demandai au propriétaire la facture et je quittai l'établissement pour me rendre à mon travail.

Je lavai donc de la vaisselle, pendant une bonne parti de la journée, dans ce restaurant merdique que je hais tant. Cependant, contrairement à l'habitude, j'étais fort distrait. Cette inconnue occupait pleinement mes pensées et le simple fait d'essuyer un verre ou une assiette était maintenant chose ardue. Mon patron s'en rendit d'ailleurs compte et il me demanda si je n'avais pas une fièvre ou quelques choses pour être si malhabile aujourd'hui. Il est vrai que j'aimais peu mon travail, mais je dois avouer que mon patron était un brave type toujours à l'écoute de ses employés. Je lui répondis que tout allait bien même si cela n'était qu'un vile mensonge. Il sourit et me donnât une tape sur l'épaule avant de quitter la cuisine.

La journée s'écoulât extrêmement lentement, plus que d'habitude. Je fus d'ailleurs fort content quand mon patron m'annonçât que je pouvais quitter un peu plus tôt si je le désirais. Je le remerciai plusieurs fois avant d'en prendre congé et je me dirigeai chez moi. J'entrai donc finalement dans mon appartement pour le trouver, comme toujours, dans un désordre total. Je n'aimais pas beaucoup ranger les choses et pour être bien franc, je n'y en voyais pas vraiment d'utilité, car, de toute façon, la chose que je rangerais serait un jour ou l'autre utilisé donc déranger. Je me dirigeai vers mon sofa et je me laissai tomber dessus. J'étais las, très las… Toutes ces pensées ainsi que le travail m'avait horriblement épuisé. Je pris donc une douche et j'allai me coucher.

La nuit fût fort agitée. Toutes les secondes de mon sommeil avaient servi à recréé l'événement qui était arrivé ce matin dans ces moindres détails. Cependant, dans ce rêve, les choses ne se sont pas terminé comme dans la réalité. En effet, contrairement à mon entité physique, j'allai voir la demoiselle. Je m'étais tout d'abord assis à la table et elle me reçût d'un " bonjour " des plus aimables. J'entamai la conversation avec elle et nous continuâmes ainsi pendant plusieurs heures. Elle semblait bien heureuse de l'attention que je lui portais, car elle avait sourit pendant tout le temps que nous passâmes ensemble. En bon gentleman, je payai finalement mon addition ainsi que la sienne et nous sortîmes de l'établissement. Rendu à l'extérieur, elle s'approchât de moi pour m'avouer qu'elle avait bien aimé que je lui tienne compagnie ce matin. Je lui répondis que ça me fit plaisir également. Je la regardai longuement d'un regard plein de tendresse et d'amour et elle me le rendît en quadruple. Ce regard que nous venions d'échanger nous fît comprendre ce que l'être devant nous ressentait. Elle commençât à s'approcher de moi pour ensuite avancer son sublime visage du mien et, finalement, y approcher ces douces lèvres rouges tel la rose et fraîche comme la rosée. Ah! J'attendais ce moment depuis le tout début, depuis la première seconde où je l'ai aperçu ; le magique instant où elle volât mon cœur… Elle s'approchât de plus en plus de moi, ce laps de temps semblait interminable. Quand je sentis finalement sa bouche frôler la mienne, mon stupide cadran sonnât … Il devait y avoir une sorte de mécanisme dans cet objet qui était destiné à me réveiller à l'instant le plus important de mes plus beau rêve…

Je restai couché dans mon lit pendant un bon moment, les yeux ouvert et pensif. Je me demandais si le rêve que je venais de faire n'était pas l'image de ce qui serait arrivé si j'avais eu le courage d'aller lui parler. Je déprimais horriblement, je me disais que je venais de rater la chance de ma vie et qu'elle ne se présenteras sûrement plus jamais. Je me haïssais horriblement, je voulais mourir. Comment avais-je pu être aussi idiot? Si j'avais eu la chance de revivre le moment de la journée précédente, il était certain que j'agirais autrement. Je priai donc de toute mes forces pour que je puisse avoir une deuxième chance… simplement une deuxième chance…

Le levé fût fort pénible, mais je m'accrochai au fait que je la reverrai peut-être au café ce matin. Je pris mon déjeuner à la hâte, je n'avais pas vraiment faim et je ne voulais pas retarder plus longtemps le moment où je pourrais la voir. Après avoir terminé, je sortis de mon appartement pour me diriger au fameux endroit. Je marchai d'un pas assez rapide ne regardant pas les gens qui m'entouraient. La seule chose qui me préoccupait était de la voir le plus vite possible, le reste n'était que chose très futile en ce moment.

J'arrivai finalement devant l'établissement. Je vis à travers la vitrine qu'elle était assise au même endroit qu'hier ce qui m'enlevât un énorme poids sur la conscience. Mes prières avaient été exhaussé, j'avais droit à une deuxième chance! J'étais fort heureux. Je me préparai donc mentalement pour la rencontre finale avec cette jolie demoiselle et je soignât quelques peu ma toilette. Je désirais bien sûr être le plus beau possible à ces yeux. Quand le tout semblât être approprié, je rentrai finalement dans le café.

J'ouvrai tout d'abord la porte et je fixai la table où elle était assise du regard. Je marchai d'un pas lent à travers les autres tables tout en regardant où je mettais les pieds pour ne pas trébucher. Mon cœur battait à tout rompre, c'était le moment crucial. J'allais finalement savoir si cette inclinaison que j'éprouvais pour elle était réciproque. Quand je fus arrivé à sa table, je restai debout devant elle sans mot dire. Je lui demandai alors si je pouvais m'asseoir à côté d'elle et elle me répondît par l'affirmative, mais sur un ton semblant hésitant. Je lui demandai alors si elle allait bien et toute les politesses habituel qu'on demande au gens, mais qu'on se contrefiche tellement au plus profond de nous. C'est après quelques minutes de conversation futile et insipide que je lui avouai mon amour pour elle.

- Depuis que je vous ai vu à cette table, mon cœur est fort heureux, lui dis-je. Je n'arrête point de penser à vous, vous hantez mes pensées jour et nuit. Je rêve même de vous et je rêve aussi d'un jour où nous pourrions être ensemble dans une union qui dépasserait la vulgaire amitié.
- Je ne vois pas ce qui vous laisse croire que le penchant que vous avez pour moi est réciproque, me répondit-t-elle. Je ne vous connais que depuis deux minces minutes et je ne crois pas que ce soit assez de temps pour développer un tel lien du cœur.
- Je vous ai pourtant vus, hier, me regarder avec un regard plein de tendresse. Je m'étais dit au tout début que je me faisais peut-être des idées, mais quand je vous ai vu me sourire d'un sourire des plus radieux j'arrivai à la conclusion que cette inclinaison était réciproque.
- Vous regardez? Il m'est plutôt impossible de regarder qui que ce soit.
- Mais pourquoi donc?
- Je suis aveugle, je n'ai malheureusement pas le bonheur de profiter du plaisir qu'est la vue.
- Alors ce regard n'était qu'une simple coïncidence?
- En effet.
- Et ce sourire?
- Il m'arrive de sourire quand mon chien me lèche la jambe, ceci devait être sûrement la cause de ce malentendu.
- Alors vous n'éprouvez aucun sentiment à mon égard?
- Précisément.

Je me levai de ma chaise d'un bond. Elle me demandât si j'allais bien, mais je ne lui répondit point et je quittât la table pour me diriger à l'extérieur. Cette conversation venait de me briser le cœur, moi qui croyait enfin avoir trouvé l'être aimée! Tout ça n'était qu'une vulgaire illusion, qu'une vulgaire et simple illusion… Je retournai chez moi bien triste ce jour-là et je n'allai même pas travailler. Je déprimai pendant plusieurs jours, seul dans mon lit, à la suite de ce vil malentendu. Je ne m'en remis jamais complètement et le mince espoir qui vivait encore en moi venait de s'envoler pour toujours. Je n'avais plus confiance en personne et je cru que le sentiment qu'on appelle l'amour n'était pas fait pour moi. Je venais de comprendre, d'une façon brutale, pourquoi on qualifie souvent l'amour d'aveugle…
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