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Mots : 1561
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Elle me tendit une punaise, un sourire compatissant en cadeau prime.
Je descendis de l’escabeau et me reculai pour admirer le résultat.
« -Elle est assez haute où il faut que je la remonte ? Dis, grande zaubette, tu fais une tête de plus que moi, tu aurais pu y aller toi-même … c’est ta boom, pas la mienne. »
Elle rangea son sourire dans sa poche …
« Mouais mais tu sais moi j’ai le vertige … enfin, merci, pour la déco »
Elle essayait de faire des nœuds avec ses longs bras et ses longues jambes, en comptant le nombre de chaises poussées contre le mur du garage. Je voyais bien qu’elle avait encore un service à me demander …
« -Quoi ? T’as encore besoin de moi, on dirait ?
-Euh … je n’ai pas d’idée pour mon déguisement … je n’ai rien prévu … enfin …
-Pardon ?
-…
- Tu organises LA boom d’Halloween et tu n’es même pas fichue de te trouver un costume ? »
Coup d’œil à ma montre.
« - Eh … tu sais que tes premiers invités arrivent dans une demie-heure ?
-…
-Bon. Va fouiller dans mes fringues, je vais peut être réussir à te bricoler quelque chose … »
Elle dénoua ses membres et disparut dans les escaliers.
Je m’assis sur l’établis. Moi aussi, j’aimerais bien avoir encore 14 ans, ne me soucier que de mon costume pour la boom que j’organise le soir même … Mon regard tomba sur un petit carré de papier qui traînait sur le porte feuille de ma petite sœur, avec la liste des invités. Un vieux ticket de ciné. Tim Burton, « Les Noces Funèbres » … aaah, The Piano Duet … un moment de poésie pur. Elle a des bons gouts, la soeurette. Chting … j’ai l’ampoule à idée qui venait d’être mise sous tension.
« Oh, la grande ! Regarde dans la penderie de mon armoire, et prends ma jupe blanche à volants, mon débardeur blanc qui ressemble à un corset … Et mes bottines noires. Et profites en pour passer dans ta chambre et descendre ton foulard noir et ta trousse de maquillage. »
J’entendis, crié depuis l’étage supérieur :
«-T’es folle, la Fë ! C’est Halloween, ce soir, pas la réunion de la chorale paroissiale …
«-Justement. Tu vas être macabre à souhait. Sombrement jolie et originale aussi. Dis moi … t’as aimé « Les Noces Funèbres » ? »
Quelque part au dessus de ma tête, un grand machin excité venait d’entrer en collision avec mon génie … et mon armoire, aussi, à en juger cet énorme bruit.
«-Minceuh … J’ai décroché ta penderie … Tu veux me transformer en mariée macchabée ?
-Exactly, chère amie.
-Bonne idée !
-Normal, elle est de moi.
-Bon, je redescends. Faut-il que j’embarque une aiguille pour te dégonfler les chevilles ?
-Trop aimable. Mais c’est toi qu’on va dégonfler … Un cadavre, c’est plutôt cadavérique, par définition. T’as l’air un peu trop confiante en la vie pour une macchabée »
Alors qu’elle descendait, le petit refrain démoniaque, réveillé par cette phrase lancée sans arrière pensée, qui me trottait dans la tête depuis quelques semaines, se fit plus clair, plus triste … plus pressant, aussi.
Ma sœur se planta devant moi, habillée de blanc. J’avais mon prétexte pour sortir.
« -Ecoute, pour le maquillage, ce n’est pas difficile … Les yeux et la bouche comme d’habitude, en forçant sur le rouge à lèvre. Tu te maries, je te rappelle. Ensuite, utilise la palette de la salle de bain, amuse toi avec les fards blancs, gris, et verts. Si tu te sens l’âme d’un bodypainter, fais toi deux trois trucs gores et repoussants dans le cou … Mais il te manque un détail. Une rose noir. La touche finale et poétique qui fera la différence …
-Fë, on s’en fiche … C’est déjà chouette comme ça, non …
-Non non, il te faut une rose noire. Je vais aller en cueillir une dans les bacs du cimetière. Et en plus on n’a plus de pain, j’en profiterai pour aller en chercher.
-Mais il fait nuit … tu ne vas pas passer par la forêt …
-File, t’as la mort à attraper, toi. »
Je pris le cutter posé sur l’établi sans que ma sœur s’en aperçoive et poussai la porte du garage. J’avais bien l’intention de couper le fil de cette mélodie qui me mangeait mes pensées. Et de façon définitive. Je l’entendis s’étonner à voix haute :
« -Et la boulangerie est fermée, à 20h, un 31 Octobre … »
………..
L’air était plutôt vif, mais je ne sentais pas le froid, juste les battements de mon cœur et le choc de mes pas sur le sol. Je marchai vite, tête baissée, les points serrés dans mes poches. Derrière moi, une petite voix fluette m’interpella :
« T’es fatiguée, Madame ? »
Je me retournai. Un petit fantôme, avec son drap trop long, se tenait devant moi, un sac rempli de bonbons dans une main, et s’apprêtait à sonner à la porte de la maison que je venais de dépasser. A l’extrémité de son autre main, une grande faucheuse, le visage encapuchonné, réajustait sa cape. Un espèce de borborygme sortit du monceau de tissus noir :
« -Laisse là, elle à l’air pressé. Bon, t’as pas oublié la phrase ?
-Un bonbon ou un sort ?
-C’est ça … allez, je sonne. »
Oui, je suis fatiguée, MiniCasper, fatiguée de me battre contre les fantômes qui se sont installés dans mon plafond entre les toiles d’araignées …
……………..
Le cimetière n’était plus loin. Il suffisait de prendre le chemin qui menait à la forêt. Ce que je fis, serrant de plus en plus les poings dans mes poches.
Je trouvai le portail ouvert. Mais la perspective d’entendre le crissement de mes pas dans les graviers de l’allée principale de l’espace réservé aux tombes me fit préféré le champ balayé par la bise, à ma gauche, qui avait si souvent essuyé mes orages.
Je m’y tins debout un moment, en écoutant le vent … puis deux, puis trois, ils se succédèrent tous, ramenant à mes yeux leur flot de larmes. A chacun d’eux, je défiais la musique de mon cerveau de me mettre par terre, de me pousser dans l’herbe, de me pousser à sortir la lame que je savais dans ma poche.
La musique disparut, en même temps que je réalisai, que je m’étais coupée au poignet gauche. L’espace d’une seconde, je vis briller un filet de sang sur ma coupure à la lumière de la Lune, puis je la recouvrai d’un mouchoir et de mes réflexions haletantes, comme si elles étaient parties en courant loin, très loin, et étaient revenues précipitamment … je ne me sentais pas mieux, je n’avais pas provoqué de tremblement de terre ni d’éruption volcanique, seul le silence apaisants du cimetière et du champ dans la nuit sur lequel je me tenais occupait mon esprit …
Je décidai de quitter le lieu, de le vider de ma présence. Alors que je marchais vers le chemin, je sentis mon corps basculer et s’effondrer lourdement sur un amas piquant … Le temps de crier pour moi-même « Mais quelle cruche ! », je me retrouvai couchée dans le fossé qui entourait le champ, la joue gauche contre un sympathique bouquet d’ortie, le dos et la jambe gauche pris dans des ronces.
Je ne pus m’empêcher de rire … au moment où j’avais résolu de lâcher mon cutter et de ne pas l’utiliser contre moi, il a fallu que mon adresse légendaire me pousse dans ce buisson pour me laisser quelques marques rouges sur le corps ...
Mais quelle cruche. Le chemin, il était 5 mètres plus loin … voilà à quoi ça sert de réfléchir dans le mauvais sens, d’avoir des larmes dans les yeux et des araignées dans le crâne. J’eus envie de croiser à nouveau les deux gamins de tout à l’heure, et de dire à l’encapuchonné de service qu’il se trompait d’allégorie, que ça n’était pas en faucheuse qu’il fallait qu’il se déguise, mais en clown …
Je m’extirpai tant bien que mal de mon buisson, et rentrai chez moi, couverte de branches et de feuilles mortes …. Happy Halloween.
………..
« -Soeurette ? Et ma rose alors ?
-Euh … c’est grave si j’ai trouvé que la tige ? »