Mauve

Type : Littérature | Ajout le : 24/12/2008
Note de l'auteur :
Inspiré d'un rêve et de mots imposés... Mon "cadeau" de Noël!
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Oeuvre :
Mots : 948
Ça se passait dans une école asymétrique. Je passais l’examen pour obtenir mon certificat de décodeuse de dictionnaire et de grammaire aux propriétés rédactionnelles en communication. Je t’avais donné rendez-vous à 16h45. L’examen se déroulait 15 minutes plus tard. C’était ce que je pensais, mais à 16h15 j’ai réalisé que le test commençait plutôt à 16h30. Les secrétaires, trop occupées à se limer les ongles, n’avait modifié l’horaire qu’une demi-heure avant le début de la dissertation. Sans cellulaire, sans moyen pour te rejoindre, l’espace de l’agora, si vaste, semblait se rétrécir et me pousser dans le local d’examen.

Une pile de cahiers de réponse trônait fièrement sur le bureau du surveillant, dont le trophée d’employée du mois était pendu près du rétroprojecteur, un trophée en forme de néon et dioxyde de carbone. Dans la classe, peu d’étudiants étaient installés, et le soleil des fenêtres m’aveuglait. J’ai éternué. Tous s’éloignèrent un peu de moi, croyant que je propagerais une épidémie pire que le rhume, la gonorrhée ou les téléphones sans fil. L’homme à l’avant me jeta un regard glacial, et replongea dans son guide pratique des vacances dans la province du Yucathan – ou peu importe comment cela s’écrit – alors qu’un rayon de soleil vint se planter sur la montre de mon voisin : 16h45. Tu m’attendais, clé en main, pour partir hors de cette cité trop claire. Je me levai. Le surveillant découpait des signes nazis au couteau dans les pages de son bouquin. Il me lorgnait d’un air mauvais et cria une énigme en espagnol. C’était ma punition pour avoir la permission de visiter le cabinet d’aisance.

-    Donde es la puerta?
-    A la derecha.

La porte était bien à droite, j’obtins donc la permission de l’emprunter. À ma sortie, il me lança un sac de billes, alors je courus jusqu’au kiosque d’information. Une dame effectuait une retouche de rouge sur les cheveux de sa collègue, qui s’évertuait à placer avec un fer plat trop bombé une mèche rebelle. Une dernière, les yeux noyés par du fard noir, jouait avec un rasoir jetable et des toutous d’ours bruns.

-    Comment peut-on vous aider?

C’était la blonde aux ours tailladés qui me répondit, alors que la dame aux retouches de rouge fit éclater une gomme mauve de plus de vingt-huit centimètres.

-    Il est quelle heure?
-    16h48
-    Où sont les escaliers mécaniques?
-    Au troisième étage, mais ils ne mènent nulle part.

Nulle part, certes, mais à toi. Je repris ma course, croisant au passage un vendeur proposant un bateau échoué dans une boîte IKEA – un modèle unique à monter soi-même – un autre offrant des cours de massothérapie, un autre enfin proposant des melons électriques.

Arrivée face à un miroir, je vis que je n’avais ni mon manteau ni mes chaussures. Mes pieds n’étaient couverts que de bas blancs et, aussi étonnant que cela puisse paraître, percés par le gravier des tunnels entre la classe et l’agora. Le dur sol de l’agora n’apaisa pas mes douleurs.

L’ensemble balançait entre le blanc et le gris, comme une grosse balle vitrée polie par la mer. Je n’avais jamais remarqué comment l’agora était construite avant ce jour-là. Le toit ressemblait aux alvéoles d’une ruche encore vierge. Comme tes mains.

Tu étais là, appuyé contre la balustrade, ton mp3 – anciennement baladeur et jadis chaîne portative. J’avais dans la bouche un goût de limonade alors que je fondais vers ton corps. C’était si bon d’être emprisonnée dans un iceberg avec toi.

-    Il est quelle heure?
-    17h03
-    Je vais être pourchassée dans cinq minutes par le naziste de l’examen.
-    Ne t’en fais pas, j’ai mis des médicaments pour bébé dans la nourriture de la cafétéria, dans quelques minutes il va dormir.
-    Tu étais là avant? Pourquoi tu ne l’as pas dit?

Tu me pris alors dans tes bras. Je sentais ta flasque de rhum contre mes cuisses. Je voulais t’embrasser.

-    Tu n’as pas de souliers.
-    Je croyais les avoir perdus, mais c’était pour que tu puisses m’examiner plus rapidement.
-    Tu n’as pas de manteau.
-    Je croyais l’avoir perdu, mais je cherchais un pardessus mauve alors que le mien est rouge.

Il m’avait toujours été interdit de rester, c’était dans le dictionnaire. Je n’avais pas trouvé toutes les solutions, pas encore.

Après un regard, nous n’avons rien dit : l’horloge centrale a sonné les douze coups de 17h08. Dehors, il pleuvait des éventails, mauve.
Commentaires
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Libellule Rouge
26/12/08 à 23:41
Merci de ton commentaires, je suis contente que ça t'ait plu! :)

Yew est un idole
25/12/08 à 08:33
Je ne suis peut-être pas la plus fine des critiques, mais j'ose avouer que ce texte me plaît. Car ce texte correspond à mes gouts qui se sont développé à un certain point en ce qui concerne l'art en général.