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Position dans Littérature : 36ème
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Oeuvre :
Mots : 860
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La vie n'est que malheur... Cette phrase, bien que négative, me donne un certain courage. Elle console mes chagrins, me disant que mon existence est peut-être mélancolique mais que je ne suis pas seul dans cette situation.
Enfant, je rêvais de voler. Pouvoir observer la vie des gens du haut des airs. Jouer le rôle de Dieu pour venger les injustices de ce monde. "Celui-là, en enfer. Celui-ci, la vie éternelle dans un monde ingrat et cruel." Bref, un besoin de cruauté bouillonnait au fond de moi, mais aussi un besoin de répandre la joie et la paix. Je m’imaginais espionner les voisins. Participer à leurs vies communes ; partager leurs joies et leurs peines au lieu de m’occuper de mes propres problèmes. M’évader dans la réalité d’autrui devenait un besoin crucial. Au point où Julie commençait à se sentir insultée ; je mettais plus d’énergie à ce hobby qu’à prendre soin d'elle.
Au début, elle croyait que je n’étais qu’un voyeur. Mais je lui ai expliqué que mon but était de comprendre pourquoi les gens semblaient si heureux dans ce monde en décomposition. Certains diraient : “ vaut mieux en rire qu’en pleurer.” Hé bien, moi, je ne suis pas d’accord. Feindre le bonheur alors que la vie n’est qu’horreur ça relève de l’hypocrisie. Pour moi, regarder les autres vivre n’est qu’une distraction de la médiocre vie que je mène et non issu d’une curiosité fanatique et malsaine. La fenêtre de mon salon était pour moi ce que la télévision est pour d’autre ; un outil de divertissement et de culture personnelle.
C'était un mardi soir. Dehors la nuit régnait et la famille Dugas soupait. Ils semblaient tous exténués et pourtant ils essayaient de paraître joyeux. Leur sourire sur leur visage fatigué me laissaient croire qu’ils jouaient la comédie. Chacun leur tour, ils résumaient leurs mésaventures quotidiennes riant aux éclats. Je n’y comprenais rien. Pourquoi faisaient-ils les hypocrites ? Peut-être ne voulaient-ils pas rendre l’atmosphère familiale malsaine et invivable. Ou bien, tentaient-ils simplement de rendre les choses plus agréables. Qui sait ?
Soudain, le père regarda dans ma direction. Comme s’il avait deviné ma présence. C’était pourtant impossible car, la pénombre envahissait la pièce et je me tenais à distance de la fenêtre. Lorsqu’il s’approcha pour fermer les rideaux je remarquai que son regard était dirigé à l’étage. Je montai l’escalier et entrai dans la chambre où Julie se dénudait sans pudeur devant les yeux ébahis de nos voisins. S’enchaîna alors une querelle plutôt ironique.
- Qu’est-ce que tu fais ? Lui demandais-je en fermant les rideaux.
- J’offre un petit spectacle à nos fabuleux voisins.
Je ne savais que dire. Et devant mon expression ébahie, elle me répondit tout en se rhabillant : « Ben, quoi ? Tu passes ton temps à les espionner. Je ne vois pas pourquoi ils n'en profiteraient pas eux aussi.
- Ce n'est pas pour ce genre de choses que je les épie. Pis tu le sais !
- Ben, non ! Avec toi ce n’est jamais pareil ! J’en ai assez de tes conneries. Je pars !
- Tu vas où ? Ne prenant pas le temps de me répondre, elle descendit l’escalier et claqua la porte brutalement.
Auparavant, la seule idée qu’elle puisse me quitter me mettait à l’envers. Mais à ce moment, je ne ressentis rien. Le néant. Peut-être étais-je tellement surpris que je n’ai pas eu le temps de réagir. Figé, tel un sac oublié au fond du congélateur. Petit sac insignifiant qu’on a, ensuite, jeté aux ordures sans aucune raison valable.
Je regardai par la fenêtre ; les rideaux des Dugas étaient clos. Je me rendis alors compte, pour la première fois, à quel point la vie d’autrui contrôlait ma vie. Maintenant qu'il n’y avait plus rien pour me divertir, je m’étendis sur le lit et sombrai dans une montagne de pensées. Comme j’avais eu de la chance d’avoir à mes côtés une femme si merveilleuse. Comment était-ce possible que je n’ai pas tenté avant ce jour de me construire une vie ? Une vie à moi. Pour moi. Une vie que je modèlerais comme je le veux ; une vie heureuse.