Le souffle de glace

Type : Littérature | Ajout le : 06/11/2005
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Le monde a des dents, et quand l'envie le prend de mordre, il ne s'en prive pas. L'ombre ou l'Inconnu, tel qu'on le surnomme, ne déroge pas à cette règle. Peu de gens le connaissent, mais chacun d'entre nous avons en tête les moult assassinats crapuleux qu'il a commis, dont celui du frère du chancelier allemand, un dénommé Reinhard.

Tous les hommes ont peur de la mort, mais je ne suis pas humain. Un être qui se doit d'être exclu de ses pairs et qui besogne comme un James Bond allemand ne peut s'estimer être humain. La pusillanimité n'est guère inscrite dans le livre de mes pensées. J'en ai trop vécu pour cela... J'ai vaincu ma couardise de la même méthode que j'atteinds tous mes autres objectifs, dont celui de traquer l'Ombre, un renégat qui était jadis un ami de Reinhard et également aux services de son père, ayant eu toute sa confiance. Il était en quelque sorte son protégé. Trahi ! Mort ! On n'en parle plus...


14 novembre 1984

Je suis débarqué il y a trois jours à Moscou, en U.R.S.S. La nuit y est opaque, même si les étoiles sont enflammées là-haut. Un souffle frôle mes frileuses oreilles faisant fi des sons frivoles des ruelles, dangereuses et toujours incertaines au clair de lune. De toutes parts, les multiples logis délabrés parmi lesquels sont incarcérés d'impitoyables détectives de l'oeil ou des crève-la-faim m'obligent à agir à l'instar d'un spectre, tout comme l'homme qui est en cavale.

Un bruit par derrière ! Aussitôt, je me retourne, examinant les moindres parcelles visibles de ma planque. Serait-ce lui ? Se moquerait-il de moi en tentant de me donner la trouille ? Non... un simple chat venait de laisser choir une boîte de carton au loin ; on l'entend hurler d'ici. Si je veux le dénicher, je vais sûrement devoir inspecter l'ensemble du quartier à sa recherche, sauf si les informations de mes enquêteurs sont erronées.

À moins de dix mètres de moi, un petit hangar miteux s'élève, semblant ne pas avoir été habité depuis des lustres. La cachette parfaite pour un ringard de son espèce ! Je ne prétends pas être un infaillible thaumaturge, mais suite à vingt ans de carrière, certains scenarii se réitèrent !

Tranquillement, mon ouïe et ma vue patrouillent les environs en quête de quiétude. Personne ? « Je le lance ! », sussurré-je. D'un pas inaudible de velours, je m'empresse de traverser vers l'autre pan de l'avenue, avant de parvenir près du garage. « Брат. » Du russe ? Évidemment, du russe ! Je suis un peu rouillé… Par contre, je crois que cela signifie « frère » ou « camarade ». Un mot bien innocent peut être un nom de code après tout…

Je m'introduis par la porte de côté ; celle de devant révèlerait trop aisément ma présence par son rugissement foudroyant. Cependant, il est fort étonnant de découvrir une entrée à demi-ouverte ; il me faudra décupler de vigilance ! Je sors mon arme au préalable et me dissimule derrière un bureau. Pas de caméra en vue, c'est en bon signe !

Tout d'un coup, mes entrailles se cristallisent comme si elles étaient emprisonnées dans la glace sibérienne. Pourtant, la température ne me paraît pas avoir été altérée dans l'établissement. Un déclic. Un second déclic. Je ressens sur mes tympans la froideur du plomb, mais mes mirettes n'entrevoient toujours rien. Soudain, une voix rauque et désarticulée murmure : « On me cherchait, Herr Hans Fritz Bachmann ? » On aurait cru sentir l'existence d'un fantôme. « Et j'ose croire que je vous ai trouvé, l'Ombre », répondis-je d'un ton assuré.

À un moment ou à un autre, on se lève la tête et on le voit, le fameux pistolet.
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