Le monstre

Type : Littérature | Ajout le : 04/09/2005
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Les grands vents se lèvent, dehors. Les grands vents qui font claquer les rideaux de la maison. Ces vents qui vous font fermer les yeux, tellement ils sont fort. Ces vents qui font bouger les arbustes, tellement ils sont grands. Je les regarde depuis ma fenêtre. La fenêtre de ma petite maison. Je les écoute depuis ma fenêtre. La fenêtre de ma petite prison. Il y a maintenant la pluie qui tombe. Qui s'abat sur le toit. Elle mène un doux son à mes oreilles. Un son qui m'émerveille…

Je profite de ce moment de répit pour m'adonner à ce petit plaisir. Il semble peut-être simple mais moi je l'aime. Regarder les feuilles s'envoler un peu comme le temps, regarder les gouttes tomber un peu comme les gens. C'est ça, mon passe-temps. Malheureusement, je vais devoir m'arrêter, car il va bientôt arriver : le monstre.

Je suis gardée prisonnière par cet horrible monstre. Il m'interdit de sortir de la maison. Si je le désobéie, il va me blesser. Si je le défie, il va me tuer. Je suis détenue ici ayant pour seul loisir de m'imaginer la vie un peu plus belle qu'elle l'est vraiment. M'imaginer la vie avec plus de gaieté quand ce moment. Oublier le passé et songer au présent, malgré que tout ça est une perte de temps, car je ne pourrais m'échapper de son emprise.

Mais pourquoi ne pas m'enfuir? Je crois que c'est la peur qui m'en empêche. S'il me retrouverais, il en serait finie de moi. C'est fou comment ce sentiment peut nous guider, nous empêcher d'être heureux. La peur de mourir … la peur de l'inconnu.

Mais pourquoi ne pas le tuer? Ma haine est si grande que je pourrais commettre un tel geste. Le faire regretter de me maltraiter. Le faire saigner sur ce plancher. Ah oui, que cette idée est merveilleuse. Elle m'apporte pour l'instant une joie temporaire, car un tel geste m'ait impossible. Et si je le raterais? Il me tuerais de ses énormes mains, c'est sûr. Voilà encore la peur qui vient me tourmenter…

Il y a des jours que je me demande : tant qu'à vivre comme cela, pourquoi ne pas mourir. L'idée du repos éternel ne semble pas si mauvaise. Ne pu endurer tout cela. Être enfin libre… libre de tout. Je suis à un point tel que je ferais même ça. Bon, je viens de trouver son fusil, il me reste plus qu'à appuyer… qu'à en finir. Je ferme les yeux et retiens mon souffle … Je n'y arrive pas… Je ne peux me tuer comme ceci. Ce n'est pas à moi de devoir payer. Qu'ai-je fait pour mériter cela?! Vouloir me tuer… comment ai-je pu me rendre aussi loin. J'aimerais tellement redevenir une personne heureuse et normale. Ne plus avoir à pleurer dans la nuit, seule. Ne plus à avoir peur dans le noir, isolée de tout.

J'entend la porte qui s'ouvre. C'est lui. Il est arrivé. J'entend ses lourds bruits de pas, un peu comme les gouttes sur le toit. Il me cherche, je le sens. Il se rapproche … un peu comme la mort quand elle nous cherche. Il me fait peur … un peu comme la mort peut me tourmenter. Le voilà. Il est entré dans la pièce. Il s'approche de moi avec son allure ignoble et me regarde. La peur me paralyse, que va-t-il me faire encore? Va-t-il me frapper ou me tuer? Je pense que je n'aime mieux pas le savoir. Il ouvrit finalement la bouche et dit d'un ton saoul : « Bonjour ma femme ».

(Dédié à toutes les femmes battues.)
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