La vieillesse a un goût de mûres

Type : Littérature | Ajout le : 20/09/2011
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Pastiche du livres: Récits de mon village de Naguib Mahfouz, pour mon cours de création littéraire
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J’aime et j'ai peur de mon village d’enfance, comme la plupart des gens qui en proviennent. Les prés verts réveillent en moi des désirs d'espace et de liberté. Les longues routes de terre sont les protagonistes de nos histoires d'enfants. Les vaches, les outardes et les sauterelles sont la trame sonore rajoutée sur le bruit de nos pas. La vieille église, point de repère en pierres au milieu des vallons, protège le village de son ombre. Grande, solide, puissante à l'instar des habitants.

Je n'en suis pas encore un. Je vois le moment où je deviendrai un adulte encore très loin ; comme inatteignable.

Je regarde les hommes passer entre les barreaux qui séparent la cours d'école de la rue. J'ai envie de leur crier :
«Comment on fait pour être comme vous?»
Mais ils ne peuvent pas répondre à ma question, ou ne le veulent pas. À peine ai-je le temps d'ouvrir la bouche qu'ils sont déjà passés. Ils vont trop vite dans leur voiture.
C'est peut-être ça être un adulte, aller vite.
Je veux qu'ils s'arrêtent près de moi. Assez près pour que je puisse les toucher. Pour qu'ils me tendent, les mûres sauvages sur le bord de la route. Je crois, que je veux encore plus planter mes dents dans ces fruits, que de savoir comment on devient un adulte. Mais personne ne prend le temps de s'arrêter. Ni pour me dire comment grandir comme il se doit, ni pour me donner les fruits sauvages sur le bord du chemin. Je me demande si la vieillesse a le même goût âcre que les mûres ?

Quelques fois, lassé des jeux des autres enfants, il m'est arrivé d'attendre toute la journée devant la clôture. Sans que personne n'arrête sa course, même pas le soleil. Rapidement, il fait nuit et il ne reste plus que moi dans la cours d'école. Les routes deviennent désertes. On m'a oublié, laissé derrière sous l'égide de l'église. Tous sont maintenant vieux, de la barbe a poussée sur leurs joues lisses et rosées. Je suis le seul de mes camarades qui reste encore pour jouer au ballon. S'amuser sans se soucier de trouver un emploi pour payer son appartement. Les champs me paraissent encore plus grands, depuis que tout les gens sont partis. Les grands espaces vastes et déserts font naître en moi un sentiment de peur. Seul comme enfant dans mon village, je suis terrifié. Je n'ose pas traverser la clôture pour atteindre les mûres de l'autre côté. Rien n'arrive et je ne veux pas bouger.

À un moment, il me semble qu'un regard se pose à la base de ma nuque faisant frémir tout mon organisme. Mais je ne me retourne pas. Au bout de longues heures, le sentiment que l'on m'observe disparaît peu à peu, pour ne devenir qu'un doute, qu'une illusion.
Je passe la moitié de mes jours entre la réalité et le rêve, du moins, c'est ce que mon père dit.
« Tu as toujours la tête dans les nuages, c'est manquer de respect aux gens qui te parlent.»
Puis après m'avoir dit cette phrase, il s'est remis à écouter la télévision, je ne me suis pas donner la peine de répondre. C'est un peu pour ça que je préfère attendre au lieu de rentrer ; pour ne pas manquer de respect en désirant trop la lune.

Avec le temps qui passe, mes jambes s'engourdissent me forçant ainsi à les déplier. Longs membres qui semblent encore plus blancs dans l'obscurité. Je n'ai jamais aimé mes jambes. Celles des autres élèves de ma classe se couvrent peu à peu de poils, même celle des filles. Les miennes restent désespérément vierges. Même mon propre corps me rappelle ma vie de paria. Je ne suis qu'un enfant dans un monde trop grand. Un humain dans un village aux routes trop désertes, aux champs trop vastes et à l'église trop haute. Un être immobile dans un monde qui bouge tout le temps. J'aimerais crier :«Donnez moi les mûres qui bordent la route!» Je n'ai de cœur et d'amour que pour ces fruits que je ne peux manger. Ces fruits, eux, me semblent encore atteignables.
Commentaires
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AnThonY LaCroiX
17/12/11 à 03:03
C'est un adulte qui parle de son passée à la naguib mahfouz ;)

Cbastien
04/12/11 à 20:11
Un très beau travail Anthony!
Ce qui ma par contre chicoté la caboche est le niveau de langage accordé à cet enfant.
Il est vachement intelligent le petit garçon (à moins qu'il soit adolescent, alors là, ça pourrait marcher):
-À un moment, il me semble qu'un regard se pose à la base de ma nuque faisant frémir tout mon organisme.

Sinon continue! :D

AnThonY LaCroiX
21/10/11 à 06:42
merci bien. C'est dur de faire comme Naguib Mafhouz

Bolderire
20/10/11 à 10:33
Joliment écrit, bravo!
La narration est bonne c'est fluide et plein de sens!

kali
16/10/11 à 19:28
Oups...Bien écrit , énigmatique, ça laisse supposer plein de choses....