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Mots : 2137
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Mes persécutions à l'école primaire n'ont jamais été bien sévères : quelques coups de poings bien dissimulés derrière le dos des professeurs, un rejet total à la récréation et quelques petites choses comme ça. C'est à l'école secondaire que mon rejet aurait pu être catégorisé de plus grave. Aurait pu… car je n'en ai jamais parlé à personne. Oh! J'ai bien essayé de le dire à mes parents mais, trop enfermés dans leur petit monde douillet, ils ne voulaient pas entendre parler de mes problèmes et à part eux, je n'avais personne au monde. En effet, je n'avais aucun amis, aucun adolescent ne se risquant ni à être ami avec moi, ni même à me parler et à me tendre la main quand j'en avais besoin dans les moments les plus durs. Au cours des deux premières années de mon secondaire, j'ai souffert le martyre. Écopant des railleries, des insultes et même des coups sans broncher, essayant de ne pas pleurer mais un jour, toute ma colère dissimulée éclata au grand jour. Tous et chacun présents ce jour là ne surent quoi faire. Ils s'écartèrent lentement de moi et me regardèrent partir à la course, on ne sait où. Je pus avoir un répit de quelques jours, me laissant croire qu'ils m'avaient oublié mais, c'était avoir trop d'espoir. En effet, trois jours précisément après l'accident, mes tortures se firent plus fréquentes et rapprochées. Les autres ados de l'école trouvaient de plus en plus de moyens pour rendre mes journées plus pénibles encore qu'elles ne l'étaient déjà pour eux, des personnes normales. Ces moyens pervers me mettaient souvent les larmes aux yeux mais plus le temps passait et moins ça m'affectait. J'avais toujours espéré qu'un jour, tout cela cesse. J'étais bien sûr comme tous les autres jeunes, j'avais des espérances. Je désirais ardemment devenir non pas populaire comme tout le monde le voulait, mais au moins aimée de quelqu'un. Je me rendais compte que c'était tout simplement impossible, c'était au dessus des forces de la nouvelle génération d'accepter quelqu'un qui n'était pas semblable à eux, un petit clone pathétique qui suivait la mode ardemment. On aurait dit que j'eus la lèpre, que j'étais quelqu'un de contagieux. Vint le temps où je ne ressentais plus rien au contact des autres et de leurs railleries, j'étais comme immunisée. Je marchais dans la foule en entendant leur chuchotement pénible mais, en dedans de moi, aucune émotion perceptible. Une seule idée m'obsédait… celle d'en finir avec tout ça.
Donc, un soir, je restai tard à l'école. J'attendis qu'il ne reste plus personne pour pouvoir vider en paix ma case et ainsi éviter à mes parents d'avoir la pénible tâche de le faire. Après m'être acquitté de ma mission, je partis ma boîte sous le bras dans le but de la déposer chez-moi avant d'aller dans les boisés, près de ma maison, pour tout oublier. En tournant le coin de la rue, une inconnue percuta ma boîte et par le fait même, moi. Elle s'excusa tout en m'aidant à ramasser mes choses. Je sus tout de suite qu'elle n'était pas du coin. Personne qui habitait depuis au moins un an dans la ville ne se serait arrêté à m'aider. Tout en parlant, elle m'apprit qu'elle était dans la ville depuis trois jours seulement. Elle me dit également qu'elle s'appelait Élise. Je repris donc ma boîte, qui possédait de nouveau son contenu initial et repartit rapidement en lui conseillant de ne plus me parler. Je l'entendis crier quelque chose mais je ne me retournai pas.
En arrivant chez moi, je déposai mes choses dans ma chambre comme prévu. Heureusement, il n'y avait personne à la maison puisque mes parents travaillent de nuit. Avec mes affaires, j'ai déposé un court mot écrit à la hâte pour expliquer mon geste. Je sortis de la maison, avec une corde dans mon sac à dos. J'attendis assise sur un tronc d'arbre qu'il n'y ait plus personne dans le bois. Beaucoup plus tard, pendant que j'installais la corde autour d'une branche d'arbre qui paraissait solide, j'entendis un aboiement. Je me retournai et vit un énorme chien noir se diriger vers moi. Il me propulsa à terre et il commença à me lécher la figure. Malheureusement, je n'étais pas d'humeur à rire. Je sentis soudain qu'on tirait sa corde et que le poids diminuait de sur moi. Je me relevai et je dus m'épousseter un peu. Je remarquai alors que la personne à qui appartenait le chien n'était nul autre que la jeune fille, Élise, qui m'avait percuté dans la rue tout à l'heure. Elle s'informa de comment j'allai, pour savoir si son chien m'avait fait mal je supposai. Je lui dis qu'elle avait un beau chien et qu'il ne m'avait pas fait mal du tout. Elle m'interrompit au beau milieu de ma phrase et me dit que ce n'était pas ce qu'elle voulait dire… Elle avait remarqué que je ne souriais pas et que mon visage paraissait songeur. Elle voulait savoir ce qui se passait. Je me demandai bien pourquoi une personne qui me connaissait depuis à peine une heure voulait savoir comment j'allais. J'essayai de la rassurer en lui disant que j'allais bien mais je voyais bien qu'elle n'en croyait pas un mot. Après avoir parler un peu, elle s'excusa et dit qu'elle devait quitter car il se faisait tard. " Enfin ! " pensai-je. J'installai donc ma tête dans le trou de la corde et dit une petite prière malgré le fait que je ne sois pas catholique. J'ai repoussé le tronc d'arbre sur lequel je me tenais et je sentis mon corps partir en même qu'un grand cri.
Le noir… plus rien… aucune sensation… exceptée cette chaleur sur mon bras. Une chaleur qui se répandait tel un ruisseau qui suit son cours. J'ouvris doucement les yeux car ils semblaient peser une tonne. Je distinguai quelques formes floues mais sans plus. Je dus cligner des yeux quelques fois avant de remarquer que j'étais dans une chambre immaculé blanche et qu'il y avait quelqu'un à coté de moi. Je n'arrivais pas à me rappeler qui était cette personne... Je fouillai dans ma mémoire, j'essayai tant bien que mal de me souvenir de cette personne qui pleurait à coté de moi. J'aurais voulu la consoler, elle paraissait si fragile et triste. J'essayai de parler mais sans succès. Seuls quelques onomatopées sortirent de ma bouche. Ébahie, la jeune fille redressa son visage constellé de larmes. C'est à ce moment que je la reconnu, c'était Élise. Elle m'expliqua que je ne devais pas parler pendant quelques temps, ma trachée, située dans ma gorge, était encore trop fragile. Elle me dit aussi que c'était normal que j'ai quelques trous de mémoire. Après tout, j'avais subi un dur traumatisme.
Élise revint me rendre visite chaques jours, durant à peu près deux semaines. Je ne sais plus trop car j'avais perdu la notion du temps. Quelques minutes après qu'elle soit rentré dans ma chambre, je réussi à marmonner un bonjour. Elle fut si surprise qu'elle garda la bouche ouverte durant un moment. Je réussis à lui demander, faiblement, un verre d'eau. Elle s'empressa de me l'emmener. Au fur et à mesure que le temps avançait, ma guérison s'annonçait de plus en plus vite. Après trois semaines, Élise, avec l'aide d'un infirmier, me tint le bras et je pus faire quelques pas. À ce moment-là, ma prononciation était quasiment redevenue normale. Après cinq semaines, je pus retourner chez-moi, en promettant de rendre visite à un psychologue une fois par semaine. Élise m'accompagna lors de ma sortie de l'hôpital. Après quelques minutes de marche, je la remerciai. Elle s'informa à savoir pourquoi je la remerciai. Je lui dis : " Pour le cadeau de vie que tu m'as fait… "
J'appréhendais mon retour à l'école. Je savais bien que mon histoire avait dû faire le tour grâce aux commères et je me demandais comment tout le monde allait réagir. Heureusement, Élise m'appuya et me promis d'être là pour m'accompagner à l'école. J'adorais ma nouvelle amie mais je me posais une question à son sujet que je n'aurais jamais osé lui demander. En effet, je me demandais si elle était devenue ma camarade suite à ma tentative de suicide ou si elle m'appréciait réellement.
Lorsqu'on arriva ensemble à l'école, plusieurs visages étonnés se retournèrent sur notre passage. Ce que je ne savais pas, c'est que durant mon séjour à l'hôpital, Élise était devenue excessivement populaire. Elle était adorée de tout le monde contrairement à moi, qui était détestée de tous. J'imagine que tout le monde se demandait pourquoi on était ensemble, deux antithèses comme nous.
La journée passa sans incident majeur… enfin, jusqu'à ce que je rencontre un groupe d'élèves dans les escaliers, lorsque j'étais seule. Il commencèrent d'abord par me demander, innocemment, pourquoi j'avais été absente durant tout ce temps. Je les ignorai. C'est à ce moment que les coups se mirent de la partie. Dès qu'ils me touchèrent, j'ai commencé à hurler comme une déchaînée car j'avais encore mal… J'étais roulée à terre en boule et je recevais les coups en essayant de ne pas broncher et c'est là que j'entendis les pas précipités dans les marches et les insultes qui fusaient de toute part. J'aperçut toute la bande qui s'enfuyait. Je sentis quelqu'un qui m'entoura de ses bras et qui commença à me cajoler comme on le fait avec un bébé. Je sus alors qui m'avait protégé : Élise.
Je compris qu'elle était une bonne amie, MA bonne amie.