La troisième clé

Type : Littérature | Ajout le : 11/04/2007
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Cela faisait un mois qu’il ne parlait plus.

Il y a un mois, il était rentré du travail, et depuis, il n’avait plus prononcé un mot. Là bas, ça n’était pas gênant : dans l’atelier de serrurerie où il faisait son apprentissage, le vacarme des machines rendait toute discussion impossible. Il saluait son maître d’apprentissage de la main, et celui-ci, un homme dur et rustre, ne lui posait pas de questions, se contentant de lui enseigner son métier avec patience.
L’élève s’acquittait très bien de ses tâches, mais depuis un mois, il ne parlait plus. Son colocataire, un étudiant en droit, avait tenté par tous les moyens de le soustraire à son silence à son silence, mais rien n’y fit. La journée finie, il rentrait du travail, et ne parlait pas. Nul ne savait ce qui se tramait derrière ses yeux tranquilles.

Et puis, un matin, une lueur déterminée y était apparue.
C’était un dimanche.
Il n’y avait évidemment personne à l’atelier.

Il s’y rendit.
Il entra dans le bureau et éparpilla les commandes en retard sur l’un des établis.
Elle était là : une clé triangulaire, accrochée à un anneau sur lequel était fixé un petit chat de cuir. La commande : une reproduction, à livrer au 21,rue des Ormes.
Sa propre adresse. Quand il avait reconnu ce porte-clé, il avait aussitôt regardé le bon de commande. Ce petit chat de cuir, il l’avait lui-même offert à Charlotte, serveuse au bar en face de l’atelier, celle qu’il aimait. Mais ça n’était pas lui qui avait demandé la reproduction.
Jugeant que le travail n’était pas difficile, il avait taillé lui-même une jumelle à cette clé. Ou presque : il y ajouta un léger défaut. Rien de bien visible, mais tout de même assez prononcé pour gêner un mécanisme.

Le lendemain matin, son patron avait livré les commandes terminées, et l’après midi, il demanda à son élève de se rendre au 42, boulevard du Général Leclerc, adresse du nouveau domicile de Charlotte depuis quelques semaines. La concierge de l’immeuble avait appelé : Mademoiselle Charlotte avait un soucis avec sa serrure, et la vieille dame voulait que le problème soit réglé rapidement et discrètement, pour éviter toute histoire avec les locataires.

L’élève serrurier se rendit donc chez Charlotte et travailla sur la serrure « endommagée » tout l’après midi. La concierge, soulagée, le remercia, et il prit congés.

Depuis un mois, son colocataire s’absentait tous les soirs, prétextant un travail important qu’il ne pouvait accomplir qu’en soirée.
Depuis un mois, Charlotte évitait son fiancé, prétextant des heures supplémentaires pour payer les loyers de son nouvel appartement, plus grand que l’ancien.
Depuis un mois, il s’était tu.
Alors, le soir, il se retourna au 42, boulevard du Général Leclerc. Au deuxième étage, il colla son oreille à la première porte du pallier.
Il entendit des rires, les voix d’un homme et d’une femme qu’il connaissait bien.
Puis il sortit une clé de sa poche, qu’il enfonça dans la serrure d’un geste sec, les mâchoires crispées. Son poignet effectua un quart de tour, et il se jeta dans les escaliers.
Une explosion fit trembler tout l’immeuble, un bref cri aigu résonna dans l’appartement, puis ce fut le silence. Et la panique, bientôt, des autres locataires. Il se précipita hors de l’immeuble sans se faire voir et couru vers le canal, où il jeta la troisième clé de l’appartement de Charlotte.

Et, avisant un couple enlacé sur un banc, sous un saule pleureur, il s’écria : « Belle soirée, n’est ce pas, pour pendre une crémaillère à deux ? »
Commentaires
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Libellule Rouge
11/04/07 à 17:50
Très bien
Mais je trouve que la fin manque un peu de clarté. Qu'est-ce que tu veux dire par une explosion? Y-a-t-il vraiment eu une explosion ou tu dis ça au figuré? Je ne suis pas trop sûre. On parle probablement plus d'un revolver. Enfin, faudrait peut-être revoir ce point. Sinon, impeccable, bien construit, j'adore, vraiment^^