La mer

Type : Littérature | Ajout le : 04/09/2005
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J'ai toujours cru que le monde n'était qu'un rêve, un songe complexe que se raconte un petit lézard endormi et roulé sur lui-même, bien au chaud dans son bocal, parmi l'échantillonnage d'un collectionneur ambulant. Ce personnage traverse la savane humide, tranchant la lumière de son pas trottinant, coupant le continent pour atteindre une belle nuit la mer.

La mer.

Un océan de paix qui gît sous le firmament bleuté de la nuit. Une paix pleine d'humilité et de grandeur, un champ de repos, une douceur et une froideur post-mortem. Une vague, par-là : elle vit ! Si, elle respire, grimpe et s'affaisse comme une poitrine nue, lisse et parfaite, tendue avec grâce le long de ses côtes tel un drap de fine soie qui roule et qui glisse sur un corps modèle.
Elle apaise.

En elle, il n'y a plus rien; plus de temps, plus d'amour ni de haine, rien. Il n'y a jamais rien eu.
L'immensité du néant qui l'entoure et qui pourtant n'est pas vide; il est seulement... au repos. Le vide s'est couché là, sur le corps de la mer; il est devenu transparent, il a cesse d'être, il a cessé de cesser, il s'est étendu sur l'eau et s'est endormi. Le vide sur la mer, la nuit.

C'est beau. Oui: c'est seulement cela.

Voilà l'orchestre massif des flots qui se met à tonner. Les contrebasses grondent, les tambours résonnent puis s'écrasent, et l'eau applaudit en ruisselant, et la cadence repart au son des vagues qui courent, qui bronchent, qui flanchent, et qui reviennent sur le sable faire crouler leurs sœurs qui tentent elles aussi d'échapper à la masse. Un jeu d'orchestre infini.

L'orchestre s'enrage, l'orchestre s'endort; les vents raffalent, les cordes résonnent, les cuivres rétorquent, et sans cesse l'eau s'ébroue et s'éclabousse et s'applaudit furieusement et sauvagement - et puis la lune dit "allez sans mon orgueil", le soleil dit "allez sans ma puissance", et l'océan formidable se rendort, encore.

Devant lui, elle sommeille. La mer ne fait pas de mauvais rêves. Quand elle rêve, elle rêve en paix; elle rêve du jour qui la ranime, la réchauffe, tout comme le petit homme rêve a cette aube qui germe de l'autre côté de l'horizon, tout comme le lézard qu'il transporte rêve à notre monde trop compliqué.

Nous sommes tous un peu collectionneurs en admiration silencieuse devant une mer qui dort sur le ventre, nous sommes l'océan de quelqu'un d'autre, nous transportons nos rêves tranquillement, de peur qu'ils se réveillent.
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