La mélodie de l'espoir

Type : Littérature | Ajout le : 27/08/2005
Note de l'auteur :
Classement :
Pointage : --/5
Nombre de votes : 0
(Pour voter, connectez-vous!)
Position dans Littérature : --

Visionnements :
Aujourd'hui : 0
Total : 9

Communauté :
Commentaires : 0
Ajouts aux favoris : 0 (Qui?)

Oeuvre :
Mots : 15139
À ma Marianne…


<b>1. Le soleil se couche sur mon âme</b>

Je regardais la poussière retomber par terre. Je m'étais assis sur le divan, en fait lancé, et sous le coup, elle était sortie de l'intérieur des coussins pour se répandre dans la pièce. Il y avait un rayon de soleil orangé qui traversait le tas de poussière pour finalement s'échouer par terre. Je ne bougeais pas et gardais les yeux fixés sur les grains qui tombaient, tombaient, tombaient pour finalement toucher le sol froid et sans vie de mon sous-sol. Je regardais le plancher quelques instants pour ensuite relever les yeux, fixer la fenêtre et y voir le soleil au loin qui se cachait tranquillement derrière le paysage, laissant un reflet rouge dans le ciel. Un couché de soleil parmi tant d'autre. Un couché de soleil de moins, de plus ou même de trop, cela dépend si on était optimiste, pessimiste ou dépressif. Le soleil continuait de se coucher pendant que moi, j'étais assis sur le sofa et je ne bougeais pas, comme une loque inanimée, inutile, infecte.

J'étais un peu comme cette poussière. Un résidu parmi tant d'autres, une chose insignifiante qui bougeait aléatoirement et qui tentait de se frayer un chemin parmi les siens avant de s'écraser lamentablement par terre, sans qu'il ne puisse rien y faire. L'humanité n'était, en fait, qu'un tas de poussière qui, sous l'effet de la gravité, approchait de plus en plus du sol. Quand elle eut touché le fond, on l'oubliait tout simplement et on en n'entendait plus jamais parler. Ah… cette affreuse peur de tomber dans l'oubli qui fait peur à tant de gens. Cette crainte qu'on ne compte plus pour personne, qu'il n'y aille plus personne qui se préoccuperait de nous, ou même qui se soucierait de notre état quand on n'irait pas bien. Ce désir égocentrique de se sentir désiré par la masse et qu'on se souvienne de notre personne même après notre mort. Cependant, comment fallait-il réagir quand on nous avait déjà oublié alors qu'on était encore bien vivant?

Je lançai un très long soupir pour ensuite me levai et j'avançai en direction de la radio. Je mis un cd des « Smashings Pumpkins » et je montai le son au maximum. Le son était trop fort, j'avais mal aux oreilles, elles souffraient, je souffrais mais je m'en foutais, je me foutais de tout, je déprimais. “The more you change the less you feel.” La chanson avançait et je déprimais de plus en plus, j'avais mal partout, je ne me sentais pas bien. "Believe, believe in me, believe that life can change, that you're not stuck in vain". Je tombai à genoux par terre, je m'accrochai au bureau où se situait la radio. Je pleurais, je pleurais sans arrêt. "We're not the same, we're different tonight, tonight, so bright, tonight." Je frappai le bureau avec mes poings, mes jointures étaient coupées, elles saignaient. Je continuai à frapper et elles me faisaient de plus en plus souffrir, elles saignaient de plus en plus. La chanson continuait d'avancer et je commençai à crier. Je criais comme un fou, je hurlais à en perdre la voix, je pleurais à en être déshydraté. J'étais désespéré, déprimé, fatigué, écœuré de tout, de ma vie en particulier, des gens qui m'entouraient, des faux espoirs.

Je me relevai, puis rouvris le lecteur cd de la radio pour y prendre son contenu. Je l'observai quelques secondes, je le fis tourner sur mon doigt et pour ensuite le regarder silencieusement. Il arrêta sa rotation et je restai immobile en le fixant toujours des yeux. Je l'enlevai finalement de mon doigt et je l'approchai de mon visage. Je le déposai sur mes lèvres tout en fermant les yeux et je le fis descendre jusqu'au menton, très doucement. La sensation était étrange, indescriptible, fantasmatique, accablante, horrible… Je lançai le cd sur le mur de toutes mes forces; il éclata en mille morceaux. Je pris ensuite la pochette sur la tablette et je la lançai elle aussi sur le mur pour ainsi la voir éclater à son tour. Je pris l'appareil radio ainsi que tout ce qui se trouvait sur le bureau pour le lancer par terre et voir le tout se briser dans fracas terrible. Je démolissais tout, je voulais tout détruire, je frappais comme un déchaîné sur le bureau, je me remis à crier, à gueuler comme un fou. Je pris un vase de verre et je le lançai par terre. Il se cassa en un millier de morceaux. Je me mis à genoux, sur le sol, tout en continuant de hurler. Je me laissai ensuite tomber dans les débris de verre. Je les sentais entrer dans mon dos, j'avais mal, je souffrais horriblement. Je me tortillais et je me retournais à travers le verre, je souffrais de plus en plus. La douleur était insupportable, je sentais les morceaux pénétrer ma peau, j'étais couvert de sang, j'avais de la misère à voir clairement. Je rampais un peu plus loin, épuisé. Je pris une partie du cd que je venais de briser et je le fis entrer dans mon bras pour m'en couper la moitié. Mon bras saignait, mon corps était couvert de coupure, la douleur était atroce. Je méritais de souffrir, je n'étais rien. Je m'haïssais tellement.

Je me frayai un chemin en rampant à travers les débris qui traînait par terre. Des morceaux de cd, de verre, de radio, de tout ce qui m'avait tombé sous la main. Ils étaient tous couvert de sang. Le sol était même imprégner de cette couleur rouge particulière ... étrange. J'arrivai finalement devant un mur sur lequel se terminait dorénavant le rayon de soleil que j'avais aperçu plus tôt. Je relevai le tronc de mon corps et je m'assis, les genoux collés à moi-même tout en étant appuyé sur le mur et j'observai la fenêtre, devant moi, de l'autre coté de la pièce. Le soleil était maintenant à peine visible et la lumière qui pénétrait le sous-sol s'était grandement affaiblie, assez pour laisser dans la noirceur un amas de débris et mon âme mélancolique...

Pendant quelques instants, je regardai le sang sortir de mon avant-bras, tranquillement, doucement, semblable à une rivière qui suit son cours à travers son lit sans que personne ne s'en préoccupe. La douleur devenait moindre au fur et à mesure que le temps avançait. Ma peine, ma rage, elles s'évaporaient dans l'air ambiant, m'abandonnaient comme le reste des gens. Je m'endormais peu à peu, me laissant bercer par ce silence qui régnait autour de moi. J'oubliais mes problèmes et tout ce qui avait pu me faire la vie dure jusqu'à ce jour, ce jour où j'ai tout brisé dans mon sous-sol à travers une crise de folie, dans un élan désespéré sous un soleil qui se couchait encore une fois, sans que la vie ne soit plus belle, sans que je n'ai pu y trouver un stupide but, un truc qui me donnerait le courage de me lever de mon lit le matin, d'avoir un sourire sur le visage, d'être heureux ou du moins, en avoir l'air.

Un bruit désagréable vint déranger mes songes pour me ramener dans ce monde banal et triste que je méprisais de toutes mes forces… C'était le téléphone. Ce stupide téléphone. Je me levai d'un bond assez rapide et je m'appuyai après sur le mur suite à des étourdissements dû à la grande perte de sang. Je secouai la tête pour reprendre mes esprits et je commençai l'ascension des marches qui menait à l'étage supérieur. Je titubai à maintes reprises dans les marches, mais j'arrivai finalement à l'étage principal de la demeure. Le téléphone en était rendu à son 10e coup, peut-être plus : pour être franc, je ne les avais pas comptés et je disais cela par instinct. Je m'approchai de l'appareil et je pris le combiné pour le déposer sur mon oreille. Je ne parlai point et respirais à peine. Je retombais doucement dans un état comateux, je m'éloignais peu à peu d'ici.

- Allô?, lança la voix à l'autre bout du fil.
- Il y a quelqu'un à l'autre bout? J'entends respirer pourtant, ajouta-t-il.

Je ne répondis pas et ne lâchai qu'un simple soupir, un très long soupir. J'étais entre deux mondes, celui où tout est blanc, et celui où tout est noir. Le monde du repos, du néant, et celui où la vie est amère, celui où je vis présentement.

- Oui…, répondis-je tout simplement.
- Ça va, Sébas?!, demanda la voix au bout du combiné.
- Non, lançai-je sèchement.
- Moi aussi ça va bien. Ça te tente de sortir ce soir? On pourrait aller au cinéma, ou je ne sais pas. Il y a un bon film avec Vin Diesel qui vient de sortir. Une sorte de comédie-action où je ne sais pas trop. De toute façon, je crois que tu l'aimes bien.

Il n'avait même pas pris la peine d'écouter ce que je lui avais répondu et m'avait répliqué un truc sans aucun rapport avec ce que je venais de lui dire. Il devait être seul et il m'a appelé pour éviter de rien faire ce soir. En fait, c'était la première fois qu'il m'appelait depuis deux mois.

- Tu sais bien que je hais Vin Diesel, lui répondis-je. Il n'est qu'une merde musclée et stéréotypée du gars idéal qui plait aveuglément à des pétasses complètement déconnectées de la réalité qui croient qu'un jour elles baiseront sauvagement dans son lit de sa luxueuse maison on ne sait où aux States. J'en ai royalement rien à foutre de ton film idiot.
- Voyons Sébas, Vin il a un « look » cool!, me dit-il. Il a des fusils, et des muscles, et des « chicks »! Des sales « chicks » en plus!
- Tu sais où tu peux te les mettre tes filles.
- Oh que oui je sais où les mettre!
- T'es con de nature, ou tu fais exprès?
- Je comprends pas, explique.
- Je t'emmerde.
- Hein?! Qu'est-ce que tu racontes!

Je lui avais enfin dit à ce connard, je n'en pouvais plus de toujours devoir l'aider à se démerder sans que lui lève le petit doigt pour moi quand j'en avais besoin. J'étais fatigué d'être son bouche-trou, son trou il pouvait bien le boucher avec mon pied.

- Je suis écœuré de toujours te voir m'appeler pour me demander un truc dans le simple but de combler un de tes nombreux besoins égocentriques, lui dis-je finalement. Tu te fous totalement de moi, tu ne m'as jamais vraiment écouté ou aidé et j'en ai assez. Je t'emmerde gros con.
- Séb, voyons donc!, me répondit-il bouche bée.
- Va chier.


Je raccrochai la ligne aussitôt et je détournai le regard du téléphone pour observer la fenêtre. On ne voyait plus le soleil à l'extérieur et l'horizon était devenu fade, sans couleur. La nuit tombait peu à peu sur la ville et nous couvrait d'une température froide accompagné d'une douce brise qui nous frôlait délicatement, ne laissant derrière elle que de doux frissons qui traversaient notre corps, chatouillant toutes les infimes parties qui composaient ce dernier. Dehors, on pouvait apercevoir une fine pluie qui s'abattait tout doucement sur la chaussée. Presque inaudible et ne laissant sur son passage qu'un simple son continu et reposant, elle sonnait à mes oreilles comme une sublime mélodie, porteuse de détente qui me libérait de toute tension et angoisse ayant pu m'habiter jusqu'à ce moment.

Cet instant de repos ne dura malheureusement que trop peu de temps. Le bruit désagréable revint aussitôt. Le téléphone sonnait à nouveau. Je tournai mon regard de la fenêtre pour venir le déposer sur l ‘appareil une autre fois. Je me doutais bien que c'était encore cette merde qui me rappelait pour se faire pardonner. Notre conversation l'avait sans doute éveiller et il réalisait maintenant certaines choses qu'il n'aurait jamais même pu imaginé auparavant. Il regrettait dorénavant son attitude et cela causait chez lui un malaise donc il me rappelait, croyant que je le pardonnerais, enlevant ainsi ce poids de sur sa conscience. Il me connaît bien mal s'il croit que j'étais assez con pour lui pardonner. Je n'ai plus rien à foutre de lui, il n'avait qu'à y penser avant. Je suis peut-être rancunier, mais il le méritait. De toute façon, s'excuser c'est seulement être trop lâche pour faire face au conséquence de ses actes. Quand on s'excuse c'est parce qu'on sait qu'on a fait une erreur et au lieu d'affronter les conséquences, on préfère s'excuser et ainsi éviter d'être dans le trouble. Je n'ai aucun respect pour les lâches.

Je pris la ligne du téléphone et je la débranchai pour enfin mettre fin à cette sonnerie. C'est à ce moment que j'aperçu mon bras que j'avais oublié depuis tout à l'heure. Il avait arrêter de saigner, mais il paraissait bien mal en point. La plaie, dernièrement rouge vive, c'était assombri pour devenir d'une teinte rouge vin qui s'asséchait peu à peu pour éventuellement cicatriser. Je lâchai la ligne du téléphone et je tâtai mon bras afin de l'examiner plus clairement. La coupure semblait plus profonde que je l'aurais cru. Je me dirigeai vers la salle de bain et je fermai la porte derrière moi. La pièce était bien simple et bien blanche. Elle comportait un bain, une douche, une toilette ainsi que tout se qu'on retrouve habituellement dans toute les banales salles de bain de chacune des maisons de la planète donc il est plutôt inutile de continuer à la décrire plus amplement. J'enlevai tout mes vêtements, qui n'était quand fait qu'une paire de pantalon, déchirer par les débris puis souiller de sang, et de sous-vêtement, pour ensuite pénétrer à l'intérieur de la douche. Je tournai le robinet et je m'assis par terre, dans un coin, les cuisses collés à moi-même, le menton appuyé sur mes deux genoux..

L'eau tombait sur moi comme la pluie sur la terre. Elle arrivait sur ma tête et je la sentais couler le long de mes cheveux pour ensuite parcourir mon visage puis s'arrêter à mon menton et finalement choir, goutte par goutte sur le sol qui les précipitait vers un petit trou au centre de la douche. Je regardais chacune des gouttes tombées une à une, je ne manquais rien de ce spectacle qui savait me détendre et me rendre heureux pendant un bref instant... En effet, cet eau nettoyait temporairement mes blessures, autant interne que externe et les transportait à travers les égouts. Ces maux allaient bien sûr revenir, car il était impossible de s'en débarrasser définitivement, mais je tentai de ne pas trop y penser et de simplement profiter du moment présent...


<b>2. Au clair de la lune</b>

Cela faisait déjà quelques minutes que j'étais à l'intérieur de la douche. Le temps passait si vite malgré que ce dernier semblait être lent et pénible à certains moment. Je me levai et je tournai les robinets pour arrêter la douche. L'eau stoppa aussitôt de tomber, seulement quelques gouttes coulaient encore le long de la pomme de douche pour venir s'échouer sur le sol, comme les autres que j'avais aperçu plus tôt. J'ouvris la porte et je sortis de la douche sans prendre le temps de m'essuyer ce qui laissa une large flaque d'eau sur le plancher, créé par mon corps détrempé. Je m'avançai tranquillement vers le miroir qui se situait au-dessus du comptoir et j'observais tranquillement mon visage. Mes longs cheveux mouillées était devenu noir et quelques gouttes les suivaient depuis la racine pour finalement tomber, quand elles arrivaient à la pointe, jusqu'au comptoir qui se couvrait, lui aussi, lentement d'eau. La lumière de l'ampoule au-dessus de moi laissait quelques reflets sur ceux-ci. À travers mes long cheveux, on pouvait apercevoir mon visage. Un visage terne et pâle, un visage ravagé par les chagrins et les ennuies. Mes yeux arborait un bleu-gris sous lesquelles se dressaient de vastes cernes noirs. Je n'avais jamais compris d'où venait ces cernes, ils étaient arrivés du jour au lendemain, sans aucun avertissement. Ils me donnaient un air de drogué fini, un air de dépressif insomniaque, un air de gars abattu, déprimé, découragé, désespéré, désillusionné de la vie…

Je me regardai longtemps dans le miroir. Peut-être dix minutes, peut-être vingt minutes, peut-être plus, je ne le sais pas exactement. Cela n'avait par contre aucune importance donc je ne me suis pas soucier de ceci. Je commençais à avoir froid, je pris une serviette et je m'essuyai le corps tout en évitant de trop frotter sur les nombreuses coupures. Je mis ensuite une paire de boxer et de jeans qui traînait dans le coin de la salle de bain. Elles semblaient être propre, en fait je crois. De toute façon, cela n'avait pas vraiment une grande importance… Je les enfilai rapidement. Je ne trouvai aucun chandail à ma portée donc je décidai de rester torse nu. Je sortis de la salle de bain et je me dirigeai vers ma chambre. Je pris mon collier sur mon bureau et je l'attachai autour de mon cou. Le contact du métal froid sur ma peau provoqua un faible frisson qui me traversa l'ensemble du corps. Je pris donc le pendentif du collier et je l'entourai de ma main pour le réchauffer. Le pendentif représentait une ange nue avec les ailes grandes ouvertes. Un collier que j'avais trouvé dans un magasin un peu bizarre qui a d'ailleurs fermé récemment. Je le trouvais jolie donc je l'ai acheté, il n'y avait aucune autre raison. Il ne faut pas toujours chercher des raison à tout, certaines choses n'ont pas de raison et c'est bien comme cela… Je lâchai donc le pendentif qui était maintenant assez chaud et je fouillai dans mes tiroirs pour y extraire un de mes vieux t-shirts noirs que j'enfilai aussitôt. Il était un peu petit. En fait, il était assez juste, il n'était pas collé à mon corps, mais il n'était pas très ample non plus. Je pris finalement une paire de bas du tiroir que je enfilai aussitôt et je sortis finalement de la chambre.

Je restai quelques secondes dans le corridor. J'éprouvais un malaise et je voyais soudain très mal. Devant mes yeux se dressaient de long mur blanc qui me cachait entièrement la vue. Cela m'arrivait souvent quand je me levais trop vite de mon lit, mais c'était la première fois que cela m'arrivait sans aucune raison. Je me frottai les yeux, mais rien ne semblait y faire. Cela devait avoir un rapport avec tout le sang que j'avais perdu tantôt. Avec une de mes mains, je m'appuyai sur le mur et j'attendis que le tout se rétablisse. Après quelques secondes, je commençai tranquillement à retrouver la vue. Finalement après une minute, ce malaise étrange s'effaça et je réussis enfin à voir correctement.

Je me dirigeai vers le salon et je m'assis sur le divan, en fait lancé, et sous le coup, la poussière était sortie de l'intérieur des coussins pour se répandre dans la pièce. Encore. Encore une fois cette poussière tournait autour de moi, entrait dans mes narines, mes yeux, mes oreilles, partout où elle voulait. Cette poussière se foutait de s'avoir si cela me faisait du mal ou non, si cela me dérangeait ou non, elle me rentrait seulement dedans quand elle voulait et comme elle le voulait. Mes yeux s'irritaient, mes yeux me faisaient mal, j'étais allergique à cette poussière. Je devrais passer plus souvent l'aspirateur, mais j'étais bien trop paresseux pour cela. Je préférais me laisser mourir sur le sofa. Quelques larmes sortirent de mes yeux à cause de cette poussière qui les irritait. Je me frottai chacun d'eux pour enlever le liquide et je me levai. J'avais besoin de prendre l'air, de changer d'air, de fuir cette atmosphère déprimante et opprimante…

Dehors il faisait froid. Ce n'était pas un froid qui vous glace le sang, mais il faisait froid quand même. Je pris soin de barrer la porte et je me dirigeai vers ma voiture. C'était un vieux Dodge Charger '72 noir. J'avais acheté ça d'un gars qui collectionnait les autos. Il me l'avait vendu un prix assez élevé, mais elle en valait la peine, c'est pas tout les jours qu'on avait le droit de voir une auto pareil en parfaite état. J'entrai la clé dans la serrure et j'ouvris la porte. Je pris place à l'intérieur pour ensuite m'appuyai la tête sur le dossier. Je pensai à ce que j'allais faire, j'avais besoin de me changer les idées. Il fallait que je trouve un moyen de me changer les idées. Il n'y avait pas mille moyens de se changer les idées, je décidai donc que j'allais boire. Pas juste boire un petit peu, boire à en être complètement saoul, boire à en vomir, prendre une méchante « brosse ». Je pris donc les clés de mes poches et j'allumai le contact de la voiture. Je sortis de l'entré pour ensuite me rendre au dépanneur.

Je stationnai mon vieux Charger à côté de la bâtisse et je sortis de la voiture. Il y avait deux jeunes enfants qui rôdait autour de mon Charger, ils étaient bien sûr impressionné par la beauté de celle-ci, qui ne l'aurait pas été ? J'allai les rencontrer et je leur parlai.

- Elle est belle n'est-ce pas ?, leur dis-je.
- Tellement !, s'exclamèrent-t-ils en même temps.
- Vous aimeriez faire un tour ?, demandai-je.
- Bien sûr !, répondirent-t-ils.
- Alors comptez pas sur moi, dis-je. Si vous y touchez avec vos sales mains, vous allez avoir mon pied au cul, sales cons.

J'aimais bien donner de faux espoir à des vauriens du genre. Ils sont vraiment cons d'avoir pensé une seconde que je les laisserais toucher à ma voiture. Après mon insulte, ils restèrent surpris quelques instants et quittèrent finalement pour se diriger plus loin voyant que je ne blaguais pas. Ils me lancèrent quelques petits regards furtifs qu'ils détournèrent aussitôt qu'ils virent que je les observais. Ils quittèrent finalement vers la rue et disparurent derrière le bâtiment voisin.

J'entrai à l'intérieur du dépanneur et une espèce de guenon au comptoir me dit bonjour. Je lui répondu d'un bonjour hésitant tout en essayant de ne pas éclater de rire en la regardant. Elle devait peser dans les 250 livres si ce n'est pas plus. En fait, elle était plus carrée que moi, je paraissais tout petit à coté d'elle et je mesure quand même dans les six pieds donc ce n'est pas peu dire. J'évitai de passer trop de temps à la dévisager et je me dirigeai vers le fond de la pièce pour rejoindre les réfrigérateurs. C'est horrible comment il peut y avoir de marque d'alcool. Juste pour la bière, il y avait de la Molson Dry, Molson Ex, Labatt Bleu, Budweiser, Coors Light, Heineken sans oublier les nombreuses marques de Unibroue et les vingt-cinq sortes de Black Label ainsi que ceux moins connu. En plus de la bière, il y avait différent dérivé d'alcool à base de vodka qui était plus ou moins potable dépendant de la marque. Ce n'était pas le choix qui manquait. Je restais cependant avec la marque que je prenais toujours, Labatt Bleu. J'ai toujours été « vendu » à une marque dans tout ce que j'achète. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est comme ça, il ne faut pas chercher de raison ici aussi. De toute façon, pourquoi changer si la marque vous satisfait ? Je me le demande bien.

J'ouvris la porte du réfrigérateur et je me demandai quel format j'allais prendre. Six ou douze ? Douze semblait peut-être trop donc je pris finalement celle de six. Je me dirigeai vers l'évadée du zoo avec ma caisse de Bleu et je la déposai sur le comptoir. Elle me dicta un prix que je n'ai pas vraiment pris la peine d'écouter et je lui donnai un billet de vingt dollars. Quand je tendis la main pour prendre la monnaie, elle remarqua la profonde cicatrice qui le composait. J'aurais du penser mettre un chandail à manche longue, maintenant il était trop tard, tout le monde dans le dépanneur croyait que j'étais bon pour l'asile. Grugée par la curiosité, elle me demanda se que j'avais au bras. Je lui répondis simplement que ce n'était pas de mes affaires et de me remettre la monnaie, ce qu'elle fit. Je pris la caisse et je sortis de l'endroit en vitesse avant que quelqu'un d'autre aperçoive mon bras.

Je mis la caisse de bière sur la banquette arrière et je m'assis sur le siège du conducteur. Je me frappai ensuite la tête plusieurs fois sur le volant en signe de frustration. Comment j'avais pu être aussi con de sortir avec un simple t-shirt. Et en plus, il fallait que l'autre conne vienne me le faire remarquer, comme si je ne savais pas que j'avais une marque de quinze centimètres sur le bras… En fait, j'insulte un peu tout le monde depuis tout à l'heure et vous devez trouver que je suis un peu fou. En fait oui, je suis fou, je ne me le cache pas. Tout le monde est fou et stupide, mais peu de gens osent se l'admettre. Je crois que si on croit en ses capacités trop fièrement, on finit par se péter la gueule solidement. Il ne faut pas montrer au gens qu'on est faible, mais il ne faut pas croire non plus qu'on est fort. Mais bon, cela ne vient pas expliquer pourquoi j'insulte tout le monde comme cela. Si je le fais, c'est parce que je n'ai pas de respect pour les gens. Chacune des personnes que je rencontre, je les hais profondément. Qu'il me soit connu, qu'il me soit inconnu, qu'il soit blanc, noir, jaunes, rouges, je les hais tous. Je cherche à les détruire, je cherche à les faire chier comme eux ils peuvent me faire chier. Ils ne m'ont jamais montré aucun respect alors pourquoi je leur en donnerais ? Je ne leur dois rien, en fait, la seule chose que je leur dois c'est mon éternel haine. Qu'il meurt comme moi ils m'ont tuer, dans l'indifférence et le mépris.

J'ouvris mon lecteur cd et j'y déposai un cd d'Anathema, un groupe que j'aimais bien. Leur musique est relaxante, elle savait me détendre . « Its been a long cold winter without you ». Je sortis du stationnement et j'entrai dans la rue. « I've been crying on the inside over you ». Je continuai de rouler droit devant moi pendant quelques temps. Je voulais me diriger vers le fleuve et me détendre un peu, c'est si relaxant les vagues qui ondulent sous la lune blanche et ronde... « No matter what I say ». Voir les étoiles qui illuminent le ciel si sombre quand la nuit est tombée... « No matter what I do ». Sentir la brise qui nous traverse les cheveux... se sentir libéré, se sentir enfin. Être heureux pendant un bref instant, pendant un court moment, un simple moment, finalement... « I can't change what happened ». Je ne peux pas changer ce qui est arrivé, mais je peux peut-être l'oublier...

J'arrivai finalement au quai de la ville. Je stationnai mon auto tout près de la rive et je sortis ma caisse de bière de l'arrière de la voiture. J'allai m'asseoir sur le capot de l'auto et je déposai ma caisse à coté de moi. Je regardai longtemps le clair de lune au loin. La lune était belle ce soir, aucun nuage ne la cachait, la laissant ainsi d'un blanc resplendissant. On pouvait aussi apercevoir quelques étoiles, aussi clair que la lune, qui l'entourait. Plus bas, on voyait le fleuve avec ces nombreuses vagues qui le composait. L'eau était sombre, mais on pouvait remarquer le reflet de la lune au milieu de celle-ci. Le paysage qui se dressait devant moi était tout simplement magnifique, dommage que si peu de personne pensent comme moi. Dommage que si peu de personne peuvent admirer un paysage comme celui-ci. La vrai beauté, celle de chose comme celle-ci, aura malheureusement été remplacer par une beauté plastique, superficiel, commercial et irréel.

J'ouvris ma caisse de bière et j'en pigeai une. Je la débouchai et je remis le bouchon dans la caisse. Je pris une gorgée tout en continuant de regarder le paysage. Je pris ensuite une seconde gorgée, puis une troisième. Je baissai les yeux et je fixai le sol quelques instants, sans aucune raison. Je relevai finalement les yeux et je pris une grande gorgée. Je regardai ensuite la lune de nouveau, avec grande admiration. J'ai toujours admiré la grandeur de la lune et le fait qu'elle règne au-dessus de toutes nos têtes sans arrêt depuis le début des temps. Je pris une autre grande gorgée. Je fixais maintenant l'eau et je suivais le cours des différentes vagues qui la composait. Chaque fois qu'une quittait mon champs de vision, je tournai aussitôt les yeux vers une autre qui y entrait. Je pris une dernière grande gorgée. Je lâchai un frisson de dégoût tout en faisant une grimace. Maudit soit les fonds de bouteille.

Je venais de finir ma troisième bouteille. Je commençai à être bien réchauffer et ma vision s'embrouillait peu à peu. Les fonds de bouteille ne goûtaient maintenant plus rien et la bière rentrait de plus en plus facilement. La lune semblait maintenant beaucoup plus floue qu'au tout début, les étoiles aussi, en fait, tout était plus floue qu'au début. Cependant, je réussissais encore à les distinguer. Je me couchai sur le capot et je regardai le ciel pendant un moment, sans penser à rien. Il est très rare que je fasse le vide intérieur, que je ne me préoccupe plus de rien. Cela est dommage parce que ça me fait tellement de bien de ne penser à rien, ça me libère, ça me soulage de tout les maux qui peuvent arriver dans une journée.

Je venais de finir ma sixième bière. J'étais saoul. Pas saoul mort, vu que je distinguais les choses autour de moi avec de la concentration et je pouvais encore me rappeler de ce qui se passait, mais j'étais assez « parti » en général. Je me levai du capot et je bredouillai un truc que même moi ne réussis pas à comprendre. J'éclatai de rire et je me bidonnai ainsi pendant un bon deux minutes. C'est un truc auquel je n'avais vraiment pas pensé qui fit que j'arrêtai de rire. L'alcool avait éclairci mon sang et mon bras, qui n'avait pas eux le temps de cicatriser suffisamment, saignait maintenant. Pourquoi je n'ai pas pensé à cela… Définitivement, ce n'était pas ma journée. Je suis pris sur le bord de l'eau, complètement saoul avec un bras qui saigne assez abondamment et il n'y a personne pour m'aider. Je n'étais pas pour conduire, mes chances de ne pas avoir d'accident étaient nulles. Il fallait que je trouve de l'aide…


<b>3. Un Corbeau dans le noir</b>

Je tentai aussi bien que mal de marcher sur les cotes de la falaise rocailleuse pour tenter de trouver de l'aide. Je marchai un bon moment sans n'apercevoir personne. Mon bras continuait toujours de saigner. J'enlevai donc mon chandail et je le tournai autour de mon bras pour ainsi tenter de réduire le flot de sang qui sortait de là. Cela semblait marcher, enfin, je l'espérais. Je continuai ma quête désespéré de trouver quelqu'un pour m'aider. J'avais de plus en plus de misère à marcher à cause de la perte de sang. Le fait d'être saoul n'aidait pas non plus. Je marchai donc sur plusieurs mètres, peut-être une cinquantaine. Je trouvai finalement une auto un peu plus loin, stationné sur le bord de la falaise. Je regardai aussitôt en bas et je vis une silhouette assisse sur un gros rocher qui regardait le fleuve devant elle. Elle semblait bien aimer et j'étais heureux de voir que je n'étais pas le seul ici à admirer ce formidable spectacle, mais le temps pressait et je ne pouvais malheureusement pas la laisser à ces rêveries. Je criai de toute mes forces, celles qui me restaient, à la personne de monter, que j'avais besoin d'aide. Une voix me demanda d'un ton hésitant ce que j'avais. C'était une voix de femme, celle de la personne en bas de la falaise. Je lui répondis que mon bras « pissait » le sang et que j'avais besoin d'aide pour me rendre à l'hôpital le plus proche. La femme ne semblait tout d'abord pas me croire, mais elle monta finalement la colline en gardant une certaine distance. Je lui montrai mon bras qui saignait pour la rassurer en lui prouvant ainsi que je n'étais pas un tueur en série ou un quelconque bandit. Elle s'approcha lentement de moi et vit que je ne mentais pas. Elle me demanda ce qui m'était arrivé, je lui répondis que je lui expliquerai plus tard vu que mon sang n'arrêtait pas de couler et qu'il fallait faire vite. Elle hésita quelques moments et elle me fit finalement signe de la suivre et nous nous dirigeâmes vers la voiture que j'avais aperçu plus tôt. C'était un… c'était un… c'était un « char » bleu. J'étais bien trop saoul et paniqué pour distinguer la sorte…

J'ouvris la porte de droite, je m'assis sur le siège et je fermai finalement la porte. J'attachai ma ceinture et elle fit de même. Elle démarra la voiture et la reculai pour ensuite se diriger vers la route. Dans son lecteur CD jouait un groupe québécois assez typique et populaire de ces temps-ci, les cowboys fringants. Habituellement, je n'aime pas trop leur parole et je trouve leur musique parfois bien, parfois bof, mais la chanson qui jouait m'intéressait, car les paroles me rejoignaient quelques peu. En fait, il y avait une phrase qui me rejoignait plus que les autres. « Et espérer être heureux un peu avant de mourir, mais au bout du chemin dit moi qu'est ce qui va rester de ce petit passage dans ce monde effréné. » Je ne sais pas ce que mon passage va apporté au monde. J'ai toujours voulu laisser mon empreinte sur ce monde, mais plus je vieilli, et plus je me dis que je ne frai jamais rien de bon. Je n'ai aucun but dans la vie et la seule chose que je trouve à faire, c'est de créer une tonne de pensée, de philosophie qui serviront sûrement à personne. Comment peut-on s'arrêter un instant à savoir comment un crétin comme moi peut penser ? J'aurais aimé être écrivain, j'aurais aimé écrire ce que je pense, j'aurais aimé qu'il y est au moins un lecteur qui prenne la peine de lire un texte que j'aurais écrit et que ce texte puisse lui faire comprendre la vie comme moi je la comprends, lui faire voir les choses comme moi je les vois…

La femme a coté de moi tâta la radio quelques secondes pour finalement trouver le bouton du volume et baisser le son de celui-ci, ce qui me fit sortir de mes pensées. Elle me lança quelques petits regards furtifs tout en ne quittant pas de vue la route. Je la regardai moi aussi, elle avait environ mon âge, enfin je crois. Elle ne semblait pas une personne gêné, au contraire. C'est d'ailleurs elle qui brisa le silence.

- Qu'elle est ton nom au fait ?, me demanda t-elle.
- Sébastien, lui répondis-je.
- Enchanté. Moi c'est Hélène.
- Bonsoir Hélène.
- Hihi.
- Que faisais-tu par ici à une heure aussi tardive ?
- Je regardais le paysage, ça me permet de relaxer, de faire le vide et de fuir le monde dans lequel nous vivons. Toi ?
- Huh, un peu la même chose. Le monde te fait chier toi aussi ? lui demandais-je.
- Oui et non, répondit-elle. Des fois, j'aime bien être tout seul. Je suis écœurée de toujours avoir à sourire même si je ne suis pas heureuse, juste pour sauver les apparences. J'aime bien être seul pour éviter toutes ces conventions.
- D'accord. Je pense comme toi, sauf que moi je me fou de ses conventions et de ce que les autres peuvent penser. Je ne commencerai pas à sourire pour leur faire plaisir. Tu devrais faire la même chose.
- Je sais, mais je ne suis pas capable de les ignorer.
- Cela ne doit pas être donner à tout le monde d'être indifférent face au attitude des autres.
- Peut-être…

Un long silence pénétra la cabine après ses quelques paroles. Je ressentais certains remords à avoir été aussi sec avec elle, surtout après qu'elle est accepté de m'embarquer même si je n'étais qu'un pur inconnu.

- Ah oui, je voudrais te remercier de m'aider même si je suis complètement saoul et que j'ai l'air d'un vrai imbécile avec mon bras, lui dis-je.
- C'est tout à fait normal, surtout dans l'état que tu es, répondit-elle.
- En fait, ce qui aurait été tout à fait normal c'est de crier et de partir en courant.

Elle ricana un bon coup à la suite de mes paroles. Quand elle eue fini de rire, elle lâcha un soupir et repris son souffle. En fait, je ne vois pas trop ce qui avait de drôle. C'est vrai qu'une réaction normale aurait été de fuir et de me laisser crever sur le bord de la falaise…

- Tu aimes bien rire, je crois, lui dis-je.
- Hihi, oui en effet, répondit-elle. Ah oui, nous allons bientôt arriver à l'hôpital. Dans cinq minutes environs. Tu crois que tu vas tenir le coup ?
- Huh, oui je crois.
- Parfait. Au fait, comment t'es tu fait cela ?
- La coupure ou le saignement ?
- Les deux.
- Bah, pour la coupure, je me suis entrer un morceau de vitre dans le bras intentionnellement.
- C'est « ben » déguelasse! Pourquoi t'as fait ça ?, demanda-t-elle.
- Parce que je suis triste, répondis-je.
- Et ça te rend heureux de te « scraper » le bras ?
- Non.
- Pourquoi le fais-tu alors ?
- Parce que ça me fait oublier que je suis triste.
- C'est une vision des choses…
- Pour ce qui est du saignement, c'est dû à l'alcool qui a éclairci mon sang pour ainsi le faire sortir par la coupure sur mon bras. Je sais, c'est vraiment une raison conne.
- Hihihi. En effet.

Nous venions d'entrer dans la ville où se situait l'hôpital. Il y avait beaucoup de voiture donc Hélène se concentrait davantage à les éviter qu'à entretenir la discussion. Après quelque lumière, plusieurs rues et quelques piétons, j'aperçu enfin le gros bâtiment. Hélène se stationna devant et arrêta la voiture. Elle me dit de sortir, ce que je fis, et nous entrâmes à l'intérieur.

Il y avait plusieurs personnes dans la salle pour les urgences. Nous allions voir la réceptionniste et je lui expliquai mon problème. Elle regarda mon bras. tout en faisant une grimace, et me dit qu'il y aurait un docteur qui viendrait me voir dans environ dix minutes, qu'elle ne pouvait pas faire mieux. Je lui donnais toutes mes cartes nécessaires et je répondis d'un simple « ok » pour ensuite aller m'asseoir avec Hélène sur les chaises un peu plus loin du comptoir. La plupart des gens ici semblait mal en point, de nombreux bras cassés, jambes cassés, etc. Il faut dire que je ne m'attendais pas non plus à une fête en venant ici… Je regardai ensuite attentivement Hélène. Elle était une fille qu'on pouvait qualifier de belle, ni trop grande, ni trop petite, ni trop grosse, ni trop mince, avec un beau visage et un beau corps. Plus je dessaoulais, plus je m'en rendais compte. Le genre de fille que j'aurais aimé avoir dans mon lit, héhé. Huh… finalement, avec des pensées du genre, je n'avais sûrement pas trop dessaouler.

- Tu n'es pas obligé de rester tu sais, tu m'as déjà beaucoup aider, lui dis-je.
- Je n'ai rien de prévu pour demain, donc aussi bien te servir de support moral !, répondit-elle. De toute façon, je suis déjà ici donc…
- Merci.
- Ça me fait plaisir, hihi.
- C'est bizarre, on ne se connaît pas et pourtant tu me parles normalement.
- Il faudrait que je t'envois chier alors ?
- Non, non, c'est juste que … je sais pas…, répondis-je.
- Je blaguais, je comprends. Bah, je parle un peu à tout le monde comme cela., dit-elle. En plus, tu as l'air d'un gars bien.
- Hum… merci, c'est gentil.
- Hihi.
- Je crois que c'est la dernière fois que je vais faire cela, c'est sensé me soulager et ça m'apporte des problèmes depuis tout à l'heure.
- Ta coupure ?
- Ouais.
- Au moins, tu t'en rends compte. C'est stupide l'automutilation et ça ne mène jamais à rien de bon.
- Ouais… je sais, je suis stupide.
- Mais non, tu t'en es rendu compte justement donc tu ne l'es pas.
- Si tu le dis…
- Je le dis.
- Ok, ok.

Mon sang n'avait toujours pas arrêter de couler et je ne me sentais pas très bien. Je commençais à voir embrouiller, mais cette fois se n'était pas à cause de la bière. J'étais un peu étourdie et j'avais vraiment de la misère à me concentrer ou à penser à n'importe quelle futilité qui aurait été chose facile en temps normal. Je me penchai et je me frottai les yeux, mais cela ne changea rien du tout. Je accotai mes coudes sur mes genoux et je fixai les différents carreaux qui composait le sol. Je n'avais plus aucune force, j'étais totalement vidé.

- Ça va ?, me demanda Hélène d'un ton inquiet.
- Non, pas vraiment, je crois que j'ai perdu trop de sang et j'en subit maintenant les conséquences, répondis-je.
- Attends, je vais te tenir ton chandail, ça va peut-être aider.

Elle appuya sa main sur mon chandail qui se retrouvait au-dessus de ma plaie, mais cela n'y changea rien, il était trop tard. Je vis finalement, au loin, le docteur arriver avec quelques dossiers à la main pour finalement demander mon nom. Je réussie à me lever de ma chaise avec beaucoup de misère, mais après un pas, je trébuchai et je me ramassai par terre. Je n'avais plus les forces nécessaires pour marcher. Je tentai de me relever, mais en vain. La dernière chose que je vis fut le plancher fade et sale de l'hôpital sur lequel j'avais atterri ainsi que les pieds de différents curieux qui vinrent voir la scène de plus près et quelques pattes de chaise. Je m'évanoui finalement sur ce plancher devant Hélène et les autres patients …

*******

Je me réveillai dans un lit d'hôpital blanc, avec des couvertures blanches et des murs blancs. Je me levai et je tentai de sortir du lit, mais j'étais encore trop faible. Je regardai mon bras, il y avait des points de soudure à l'endroit de la coupure. Mon bras ne saignait plus, cela me soulagea grandement. Je me remis dans mon lit et je pesai sur le bouton à coté de moi pour appeler une infirmière.

Une femme dans la quarantaine habillé de l'accoutrement habituel d'infirmière entra dans la chambre. Elle s'arrêta devant moi et me sourit. Elle ressemblait à une infirmière bien banal qu'on retrouve dans tout les hôpitaux, rien ne se démarquait chez elle, en fait, moi, je n'ai rien remarquer de spécial.

- Je suis heureuse de voir que tu t'es finalement réveillé, dit-elle.
- Depuis combien de temps suis-je ici ?, demandai-je.
- Tu t'es évanoui avant-hier et tu as passé la journée d'hier à dormir. Tu as perdu beaucoup de sang. Aucune transfusion n'a été nécessaire vu que tu es jeune et tu peux facilement refaire le sang perdu, par contre tu as besoin de beaucoup de repos, donc je te conseille de prendre la journée pour dormir et le docteur viendra voir si tu es correct pour partir demain.
- D'accord. Hum… est-ce que Hélène est toujours ici ?
- Huh, je ne connais pas de Hélène, elle t'avait accompagner ?
- Oui.
- Peut-être le docteur le saura alors, moi je vois tellement de monde dans une journée que je ne me rappelle pas de tout !
- Je comprends, merci quand même.
- Je reviens, je vais t'apporter de quoi à manger, ça va te donner des forces.
- Ok.

Elle quitta la chambre pour ensuite revenir deux minutes plus tard avec un cabaret qui contenait les trucs habituels qu'on voit dans les hôpitaux, pomme de terre, viande, jus et Jello. Elle quitta la pièce après m'avoir remis le repas. Je mangeai le tout et je déposai ensuite le cabaret à coté de mon lit. Je me recouchai finalement en me demandant ce que Hélène pouvait bien faire en ce moment…

Je me réveillai ensuite le lendemain matin. Je me sentais beaucoup mieux, le sommeil m'avait été très bénéfique. L'infirmière m'apporta un autre cabaret que je mangeai aussitôt. Le docteur vint ensuite me voir. Il s'arrêta à coté de mon lit et semblait regarder mon dossier.

- Ton état s'est beaucoup amélioré Sébastien, dit-il. Tu peux quitter maintenant, ta mère t'attend en bas.
- Ah non, vous n'avez pas informer ma mère !, répondis-je. Elle va s'inquiéter pour rien.

Le docteur semblait s'en foutre éperdument, il avait sûrement juste hâte que je quitte le lit pour le donner à un autre.

- Hélène, elle est partie je suppose ?, demandai-je.
- La fille qui était avec toi ?, répondit-il.
- Ouais.
- Oui, elle est partie. Elle voulait rester, mais je lui ai dit de quitter, car tu dormirais sûrement un bon bout, ce qui arriva.
- Ok...

Je ne sais pas pourquoi, mais il fallait que je revois cette fille... Au moins pour la remercier une dernière fois de tout ce qu'elle a fait pour moi. Je ne savais même pas si j'aurais la chance de la revoir un jour, ça me déprimait horriblement... Ah ! Je suis pathétique. Il faut que j'arrête de délirer pour une connerie du genre. C'est une fille comme les autres ... en fait, il faut que je me convins de cela plutôt.

- Ton linge est à coté de ton lit, dit le docteur. Enfile-le et va rejoindre ta mère en bas qui t'attend depuis un bon bout déjà.
- Ok, ok, répondis-je.

Le docteur quitta la chambre en fermant la porte derrière lui. Je me levai donc du lit. Je n'avais plus de misère à marcher, j'avais bel et bien retrouver toute mes forces. J'enfilai mes vêtements tout en me préparant aux morales stupides que ma mère allait me faire quand nous allions être dans l'auto. Je mis finalement mon collier avec l'ange que je trouvai sur un bureau. J'avais tout avec moi, ma vie terne pouvait maintenant reprendre son cours...


<b>4. Harmonie du soir</b>

Il pleuvait cette journée-là. Un temps gris, fade et triste. J'aimais bien quand il pleuvait, car les gens en général n'aimaient pas cela. En plus, l'état du ciel représentait bien comment je me sentais à ce moment, en fait, à chaque moment. C'est seulement qu'aujourd'hui, il fallait que je me tape tout le sermon de ma mère pendant le trajet d'auto.

- Pourquoi es-tu allé te couper ce maudit bras ? me demanda-t-elle.
- Parce que, répondis-je tout en ayant complètement rien à faire.
- Tu es pas heureux ?
- Non, je vais super bien. Tu vois pas comment je souris là, dis-je en lui montrant du doigt mes lèvres qui arboraient un sourire forcé. Je suis tellement heureux que j'arrive plus à me retenir.
- Arrête de me prendre pour une conne.
- J'ai jamais dit que t'était conne.
- Qu'est ce qui va pas ?
- Rien.
- On t'a donné notre ancienne maison pour que tu vives bien et on te paye toute, c'est pas assez ? Tu veux quoi de plus ?
- Rien.

Elle me fait chier quand elle me dit ça. J'ai déjà assez honte de vivre à ses dépens, qu'elle vienne pas me le pointer sous le nez. J'irais bien travailler, mais mettons que j'ai pas la tête à ça en ce moment. Déjà que tout me déprime, j'irai pas me faire déprimer plus en travaillant.

- Alors pourquoi tu fais ça ? me demanda-t-elle.
- Parce que, répondis-je simplement.
- Ça va pas dans ta vie, t'as un problème ?
- Non.
- Je te comprends pas, Sébas.
- T'a pas besoin de me comprendre, j'ai besoin que personne me comprenne, j'ai besoin de personne. Ils n'ont pas besoin d'eux donc moi je les emmerde.

Et voilà, je venais de lâcher le morceau. Maintenant, elle va s'inquiéter encore plus et venir m'achaler avec ça. Sincèrement, j'apprécie son aide, mais même si elle faisait tout son possible pour m'aider, on en arriverait à rien. Ça mène nulle part de vouloir m'aider, je suis un cas perdu d'avance qui fait de la peine à tout le monde autour de lui.

- Quoi ? me dit-elle d'un ton inquiet.
- J'emmerde cette société à la con, répondis-je.
- Il faudrait que tu arrêtes de faire ton marginal, Sébas. Va te faire une « blonde », des amis, sors, rencontre des gens nouveaux.
- J'emmerde mes amis parce qu'ils ne font que m'appeler quand ils ont rien à faire. Je veux pas être le bouche-trou d'autres gens en plus de cela. J'ai vécu toute ma vie sans avoir besoin de personne. Ce n'est pas aujourd'hui que j'ai plus besoin d'eux.
- Tu me fais peur, tu as besoin de voir un psy ? Ça l'a aidé beaucoup de gens tu sais.
- Je veux pas voir de psy à la con. Ça coûte cher et c'est pas ce genre de trou du cul qui va m'aider dans la vie. Qu'il continue avec son attrape-nigaud à faire de l'argent sur le dos de monde assez cave pour aller le voir.
- T'exagères.
- Non.
- Si je te le paye, tu vas y aller ?
- Non, même si tu me payais pour y aller j'irais pas. Il me reste peut-être pas grande dignité, mais j'en ai assez pour pas aller me faire crosser par lui.

Plus la conversation avançait et plus j'en avais marre. Ma mère, elle, semblait de plus en plus désespérée. Elle s'acharnait sans cesse ne voulant pas admettre qu'elle ne pourrait jamais rien y faire. Elle allait continuer jusqu'à temps qu'elle en crève et après son fantôme reviendrait me hanter pour continuer de me convaincre. C'est peut-être ça l'instinct maternel, un acharnement aveugle…

- J'insiste pour que tu viennes coucher à la maison ce soir… me dit-elle.
- Je sais pas… répondis-je.
- Je t'en prie…

Je lâchai un soupir et j'acceptai finalement. Je voulais bien lui faire plaisir, c'est bien une des rares personnes qui se soucie autant de moi et je veux bien la remercier. C'est juste dommage qu'elle se tue toujours sans voir que tout ça ne sert à rien. Qu'elle me laisse crever… Mais bon, je comprends qu'elle ne veut pas laisser son fils dépérir. Je l'aime bien ma mère, c'est une femme bien. Dommage qu'elle ait eu une merde comme moi pour fils. Elle aurait été mieux avec un fils parfait. Un gars fort, musclé, ancien quart-arrière au collégial et qui va au HEC de Montréal pour étudier en Économie tout en travaillant comme banquier à la Banque Royale pour financer ses études. À la place, elle a un con qui ne va plus à l'école, qui ne travaille pas, qui veut devenir écrivain, mais qui n'y arrivera jamais. Un gars qui se « scrape » le bras, qui se saoule la gueule sur le bord du fleuve. Un gars qui fait rien de ses journées sauf chialer, brailler que tout va mal, que la société le fait chier, qu'il n'aime pas ce qu'il est et qu'il est trop con pour changer ça, qu'il n'a pas la force de changer ça, qu'il n'a pas la force de se lever, de devenir quelqu'un, d'affronter les gens. Malgré tout ça, malgré tout ce que j'ai pu faire, malgré tout ce que je suis, malgré tout ce que je n'ai pas été, elle m'aime quand même… Je m'en veux des fois de la faire tant souffrir. J'aimerais qu'elle me laisse tranquille justement pour éviter qu'elle souffre avec moi. Elle ne le mérite pas, elle mérite mieux que moi.

- Tu peux m'amener à la bibliothèque avant d'aller à la maison ? demandais-je. J'aimerais me prendre un livre.
- Oui, bien sûr, me répondit-elle.
- Merci maman.
- Ça me fait plaisir, me dit-elle tout en souriant.

Je crois que le fait que je reste à la maison ce soir lui fasse du bien. Je suis bien content, elle le mérite…

Nous arrivâmes finalement à la bibliothèque de la ville. Elle me déposa devant la bâtisse et elle me dit qu'elle viendrait me chercher dans dix minutes, qu'elle allait faire une commission. Je dis que c'était parfait et je me dirigeai vers la porte. Je la poussai pour ensuite entrer à l'intérieur. La bibliothèque était assez grande et il y avait une bonne variété de livre. Je n'y allais malheureusement pas très souvent. Cependant, je possédais quelques livres fétiches, des livres que j'aime bien lire et relire de maintes fois. Je venais d'ailleurs chercher mes deux livres préférés. Les fleurs du mal de Baudelaire et L'écume des jours de Boris Vian.

J'avançai tranquillement à travers les rangées à la recherche des deux précieux livres. Je trouvai facilement celui de Baudelaire dans la lettre B de la section Poésie, au fond de la bibliothèque. Je feuilletai quelques pages du livre pour ensuite partir à la recherche du roman de Vian.

Je m'avançai à travers le corridor pour finalement arriver dans la section Roman qui était beaucoup plus imposante que celle de poésie. Je commençai donc ma recherche de la lettre V que je trouvai finalement à la toute fin de la section. Je pris donc l'écume des jours de Vian et je me dirigeai finalement vers le comptoir. Une femme dans la cinquantaine me dit bonjour et scanna ensuite mes livres. Elle me demanda ma carte de bibliothèque, ce que je lui donnai. Après avoir entré tous les livres dans l'ordinateur et m'avoir indiqué la date de retour, elle mit les deux ouvrages dans un sac et me souhaita une bonne journée. Je sortis à l'extérieur et je restai près de la porte, car l'averse n'avait toujours pas arrêté et continuait de tomber.

Les nuages dans le ciel devenaient de plus en plus foncés, c'était beaucoup plus qu'une simple pluie, un orage allait bientôt arriver ici. Pour passer le temps, je regardai les gens qui marchaient sur le trottoir se faire mouiller sous la pluie. Le visage grimaçant qu'ils arboraient était assez loufoque. La pluie qui était assez froide laissait toujours de nombreux frissons à quiconque avait le malheur d'en recevoir quelques gouttes sur le dos. En plus, avec les nombreuses flaques sur le trottoir, de nombreux malchanceux qui ne prêtaient pas attention s'y mouillèrent amplement les pieds. Ma mère arriva finalement et s'arrêta devant la porte. Je me dirigeai à l'intérieur avec les deux livres que j'avais été chercher.

Tout au long de la route, je regardai la pluie tomber à l'extérieur. Je n'ai fait que cela durant tout le trajet en voiture. Ma mère qui me vit songeur n'osa pas interférer avec mes pensées et me laissa tranquillement vaguer à mes rêveries passagères. Je vis des gens traverser les rues, je vis des gens se tenir la main, j'ai vu des gens occupés, j'ai vu des gens relax, j'ai vu des gens heureux, j'ai vu des gens malheureux, j'ai vu mon visage refléter sur la vitre, à travers ces gens, une simple illusion. Il s'agissait vraiment d'une illusion de voir mon visage parmi des gens…

Des nuages. Des nuages gris, gris foncé, noirs. Les mêmes nuages que tout à l'heure. Toujours les mêmes nuages. La pluie. Elle tombe. Elle tombe toujours, comme tout à l'heure. Elle mouille encore les gens, elle enrage encore les gens, elle les fait carrément chier. Sauf quelques enfants, qui jouent sous la pluie, dans la pluie. Qui se fouettent que leurs vêtements soient mouillés. Ils s'en fouettent vu qu'ils n'apportent aucune importance à l'apparence. Il s'en fout de savoir s'il fait dur avec un chandail mouillé, elle s'en fout si elle est laide avec les cheveux mouillés. Il rit, elle rit. Ils sont heureux, ils jouent, ils sont innocents, ils sont des enfants, ils sont heureux. Leur mère est fâchée, elle les engueule, elle vient les faire chier, elle aime pas voir qu'ils sont heureux sous la pluie et qu'elle ça la fasse chier. Elle continue de gueuler, les enfants pleurent, les enfants sont tristes, ils ne sont plus heureux, la pluie ne les amuse plus, la pluie leur fait penser à l'engueulade. Elle vient de briser un bonheur pur, un bonheur qui n'était pas superficiel. Cette sale vache mérite de crever pour cela, on n'enlève pas le bonheur à des enfants, car dans peu d'années, ils ne verront plus jamais ce bonheur. Dans peu d'années, jouer sous la pluie ne sera plus amusant, car cela ne leur apportera rien de bon, rien de concret. La pluie va les faire chier aussi. La pluie va les faire chier, et ils vont faire chier le monde avec ça, comme leur mère. Naturellement, le monde va les faire chier aussi. Tout va les faire chier.

On étouffe les enfants à trop les encadrer, les opprimer et on les perd à trop leur laisser le champ-libre. Il faut trouver le juste-milieu, c'est ça être un bon parent. C'est ça créer une bonne personne et non un monstre, on a déjà trop de monstres. « Teachers, leave these kids alone » disaient les charmants flamants roses. « World, leave these kids alone » dirais-je plutôt. Ils ont brûlé l'école, qu'ils brûlent maintenant le monde et moi avec.

Le tonnerre grondait, les éclairs tombaient, le ciel s'assombrissait, il était noir. On arrivait devant la maison. La pluie tombait encore. Ma mère se stationna et je sortis de la voiture. Il pleuvait énormément, de plus en plus fort, les rues étaient pleines d'eau, le trottoir était plein d'eau, l'entrée de la maison était plein d'eau, j'étais plein d'eau, je m'en fouettais. J'avançai vers la porte, j'entrai à l'intérieur de la maison. J'enlevai mes souliers et mon t-shirt mouillé, je me dirigeai vers la chambre que j'occupais quand j'allais chez mes parents. Je me pris un t-shirt quelconque, il était rouge.

Je sortis de ma chambre et j'allai dire un vague bonjour à mon père qui était écrasé sur le divan à regarder la télévision. Il me répondit simplement salut, sans prendre la peine de me regarder. Je me dirigeai donc vers la cuisine. Ma mère avait préparé le souper, elle me servit donc une assiette que je mangeai aussitôt, j'avais assez faim. Pendant le repas, ma mère me parlait de sujets qui ne m'attiraient peu ou pas, je tentai quand même de m'y intéresser un peu. Un discussion un peu plus sérieuse suivit finalement. En fait, si on veut.

- Je m'inquiète depuis que tu es tout seul dans ta maison tu sais, me dit-elle. En plus, ce n'est pas des trucs du genre qui vont me rassurer.
- Ça n'arrivera plus, répondis-je.
- Comment puis-je en être certaine ?
- J'ai compris cette fois, en fait, quelqu'un m'a aidé à comprendre.
- Qui ?
- Quelqu'un.
- Qui ?
- Tu ne la connais pas.
- Une fille ?! s'écria-t-elle joyeusement. Elle est belle ?
- Maman…
- On n'a plus le droit de parler ?
- Tu parles comme si j'avais le « kick » dessus.
- C'est ta chance voyons !
- Man' ! T'es fatigante. Je n'aurais pas du t'en parler.
- Ok, ok.

Un court silence suivit. Ma mère pensa quelques secondes et reprit finalement la parole.

- Alors je disais que je m'inquiétais pour toi, dit-elle. Il serait peut-être mieux que tu retournes à la maison.
- Non, ça va être ok, ne t'inquiète pas pour rien, dis-je.
- Si tu as besoin de moi, je suis là.
- Je sais…
- Je voulais être sûre.
- Merci…
- C'est tout à fait normal.
- Au fait, ajouta-t-elle, tu devrais penser à te trouver un travail, ça nous aiderait à payer tout ce qu'on te fournit.
- Ouais, j'y pense. Je vais faire des démarches bientôt.
- Tu devrais peut-être retourner à l'école aussi. Avec un secondaire 5, tu n'iras pas loin dans la vie.
- Ouais, j'y songe aussi. J'aimerais bien prendre quelques cours. Pas un programme, mais juste quelques cours, histoire d'avoir un peu plus de connaissance.
- Bah, c'est déjà mieux que rien…

Je finis de manger et je dis à ma mère que je me retirais pour aller lire dans ma chambre. Elle répondit qu'il n'y avait pas de problème, je ne vois pas comment il aurait pu y en avoir mais bon, et je me dirigeai finalement vers ma chambre.

Ma chambre était banale, sans aucune décoration. Cela n'en valait pas la peine, je ne couchais pas souvent ici. J'ouvris un peu la fenêtre, juste assez pour bien entendre les gouttes d'eau tomber, j'aimais bien le son que cela créait. Une faible brise pénétra par l'ouverture de la fenêtre et laissa dans la pièce une odeur fraîche et agréable. Je m'étendis finalement sur mon lit et je débutai, avec une forte impatience, la lecture de l'œuvre de Baudelaire pour la troisième fois.

Je parcourais et dégustais chacune des pages, chacun des poèmes avec autant d'avidité. Je ne me lassais jamais de l'atmosphère déprimante dans laquelle nous exposait le poète, comment il nous fait comprendre, sentir son mal. Comment il nous explique ce qu'est la beauté et l'éloge qu'il en fait à travers chacun de ses vers. Ils étaient tous bons, mais ils y en avaient des exquis. Bien sûr, quand on pouvait comprendre les différents symboles à travers les différents poèmes, ceux-ci étaient encore meilleurs. Malheureusement, trop de gens ne lisent, ne voient que du premier degré. Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, ils se fouettent de savoir si la personne qui a créé, a créé pour nous montrer quelque chose de concret, pour nous faire comprendre, nous apprendre. Pour eux, il y a des artistes qui n'écrivent que pour écrire. Que eux, dans la vie, ils écrivent parce qu'ils n'ont rien d'autre à faire, sans raison, comme on lance des roches dans un lac parce qu'on a rien d'autre à faire et que ça fait « splouch », ça fait du bruit et tout et tout, et que dans le fond c'est drôle, ça nous divertit un moment et là, finalement, ça nous emmerde. Alors on va faire autre chose pour finalement se retrouver devant un autre putain de lac un autre jour, de se réemmerder et là prendre une autre criss de roche pour la relancer dans le putain de lac pour ça produise un autre asti de « splouch » et puis là « hahahaha », c'est drôle, pis là… pis là…

Ah pis là de la merde, je suis carrément en train de me pomper. J'en ai plein mon cul des gens qui croient que les artistes c'est des putains de drogués qui fabulent en créant n'importe quoi pour le plaisir de la chose. Chaque artiste dénonce un truc, il écrit pour se libérer de quelques, pour que ça lui fasse du bien. C'est pas un putain de passe-temps, c'est une manière de se libérer. Ceux qui fuient la guerre dans les pays pauvres ne font pas ça comme un criss de passe-temps. Ils se sont pas réveillés un matin en se disant « Eil chose, moi à matin j'ai le goût de me pousser de ce pays de merde tout en risquant de me faire tirer en le faisant, « messamble » que ça serait tripant ». Non ! Ils font ça pour se libérer, pour se libérer d'un truc qui les accable, d'un truc qui rend leur vie misérable. Ils ont besoin de parler, donc ils parlent au monde entier. Ils écrivent pas parce que ça leur tente de parler d'un gars dépressif, d'un nain trisomique ou d'un princesse transsexuelle, ils font juste passer leur message à travers eux, plus ou moins subtilement.

Harmonie du soir.

C'est le titre du poème où j'étais rendu. Un titre doux au son, prometteur. On s'attend à un bon poème avec un titre du genre. Je ne serai pas déçu.

Harmonie… du… soir…

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

… et langoureux vertige…

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

… un grand reposoir…

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

… son sang qui se fige …

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

… ton souvenir en moi luit comme un ostensoir…
… ton souvenir en moi …
… ton souvenir…
Toi.
Hélène…

Elle revient de nouveau dans mes pensés, je ne sais pas pourquoi, je ne peux m'empêcher de penser à elle. Tout et tout le monde me fait penser à elle. Ce poème, ma mère, tout me rappelle son nom, son corps, sa voix… Il faudrait que je la revoie, en fait non, il faut. J'ai la mauvaise impression que si je ne la revois jamais, je vais toujours m'en vouloir. Malheureusement, je n'ai pas mon auto, elle est toujours sur le bord de l'eau. Je vais devoir m'y rendre à pied. Il pleut dehors. Il pleut abondamment. Ce n'est pas grave, je vais y aller quand même, je suis décidé. Il faut que je la voie, même si je ne sais pas où la trouver… Elle est chez eux bien sûr, il pleut, elle ne traînera sûrement pas sur le bord du fleuve par un temps pareil. J'irai voir demain soir, oui. J'irai voir demain… Pour l'instant, j'ai besoin d'air et de toute façon, je dois aller chercher mon auto. Je vais y aller tout de suite.

Non ! Il faut que je reprenne mes esprits. Il faut que je l'oublie, je n'ai pas besoin d'elle. Je suis heureux sans elle. En fait non, je ne suis pas heureux tout court. Il faudrait que je corrige en disant que je ne serai pas moins malheureux avec elle. De toute façon, elle n'a rien à foutre de moi. Rien. J'suis qu'un con. Un gros con malheureux. Il faut que je me change les idées, j'ai besoin de musique.

J'enfilai les écouteurs sur mes oreilles et je pesai sur play pour faire démarrer le baladeur. Un court silence de quelques secondes précéda la partition. Ensuite, la voix rauque, horrible, monstrueuse de Dani Filth se fit entendre.

Ebony Dressed for Sunset.
La fin du titre se termina sur ce terrible cri aigu qui représente magnifiquement l'esprit tordu et mélancolique de Cradle of Filth. Il était facile de s'imaginer une œuvre de Baudelaire à travers leur composition. La comparaison n'est pas seulement facile, elle est évidente.

Une série de cris plus aigus les uns que les autres se firent entendre. Les guitares étaient infernales, elles donnaient tout ce qu'elles avaient dans le ventre pour nous faire sentir la plus profonde angoisse qui les habitait. À travers ces guitares on pouvait entendre la magnifique voix de la chanteuse cohabitant, malgré leurs nombreuses différences, avec la sordide voix de Dani.

Cette chanson était malheureusement trop courte, elle faisait moins que 3 minutes ce qui était assez rare chez ce groupe. On entendait déjà les derniers échos de la pièce.

Inspired to mortal nightmare
Ebony dressed for sunset
In the dulcet whispers of the damned...

C'est sur ces paroles que ce termina cette douce mélodie d'outre-tombe.

Ah, ça m'a fait du bien. J'aimais bien écouter ce groupe quand je devais me défouler, je me sentais toujours extrêmement léger et libéré après de telles séances. Cependant, l'image d'Hélène errait toujours à l'intérieur de ma tête. Je ne pourrais jamais m'en débarrasser, il fallait que je m'en rendre à l'évidence. Je devais la voir absolument, là, à ce moment précis. Je devais tout faire pour que ça l'arrive, sinon je ne serai jamais libéré de ce spectre.

Je pris donc mon courage à deux mains et je me levai de mon lit. Maladroit que je suis, j'échappai aussitôt mon courage par terre. Je ramassai donc les morceaux de courage sur le sol et je sortis de la chambre. Je croisai ma mère pendant le trajet vers la porte d'entrée et elle me demanda où je partais par un temps pareil. Je lui fis comprendre que je devais absolument allez chercher mon auto, une raison bidon bien sûr, mais bon, je ne voulais pas commencer à lui compter ma vie quand même… Elle acquiesça finalement, malgré quelle me trouvait ridicule. Je pris donc mon manteau et je sortis. À la dernière seconde, ma mère m'arrête pour me proposer d'aller me reconduire. Un geste qui avait beaucoup de sens, car le fleuve était assez loin et je ne me serais jamais rendu seul par une telle température. Il faut dire qu'à ce moment mon ultra-rationalisme courant se laissait emporter par un élément inhabituel, un sentiment. Mes globules blancs ne possédaient, malheureusement ou heureusement, aucun anticorps contre ce virus et devaient laisser celui-ci s'emparer de moi et détruire une à une toutes les barrières de mon système immunitaire. Ah, cours de bio du secondaire, quand tu nous tiens !

Ma mère et moi entrâmes donc dans la voiture pour se rendre au fleuve. Sur le chemin, on ne vit pas grand chose, excepté quelques lumières qui se promenaient joyeusement sous la pluie. Quand nous arrivâmes finalement sur le bord du fleuve, je dis à ma mère que tout était o.k., que ma voiture était stationnée tout près et qu'elle pouvait me laisser. Elle me dit au revoir et retourna aussitôt chez elle. Je m'avançai vers le bord de l'eau en espérant la rencontrer. Je marchai pendant cinq bonnes minutes, mais en vain. Je m'assis donc par terre, sur le sable mouillé, et je me suis foutu une claque sur la gueule. Bravo ! Ça l'arrive souvent qu'une fille se dise : « Ah ben criss, y mouille à siaux, m'a aller regarder la pluie tombe sur le bord de l'eau, messamble que ça serait cool me taper une grippe demain ! » Bravo Sébas, bravo ! Le gros cave qui va pogner la grippe maintenant c'est toi.

Je regardai donc la pluie tomber sur l'eau une bonne partie de la soirée, assis sur le sable humide. Je le fis malgré le froid qui régnait à l'extérieur, car celui à l'intérieur était beaucoup plus grand.
Commentaires
Personne ne s'est exprimé pour le moment...
Pour pouvoir commenter, vous devez vous connecter !