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Position dans Littérature : 24ème
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Oeuvre :
Mots : 738
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Et cette fleur qui trônait, solitaire dans son vase de plastique. Cette maudite rose rouge, si rouge, aux épines affinées, entourées de quelques feuilles d'un vert presque noir. Elle s'en approcha. Les pétales étaient si doux quand elles les prenaient entre ses doigts malingres. C'était d'une beauté trop cruelle dans cet enfer. Pourquoi aussi ce concierge lui avait apporté cette rose? Elle ne lui avait rien demandé, elle ne lui avait même jamais parlé! Elle revenait de la bibliothèque lorsqu'elle l'a croisé. Il était appuyé contre le mur, son vieux chariot à ménage devant lui. Ce dernier était rempli de produits domestiques aux odeurs si fortes qu'on avait l'impression d'avoir la tête dans un pot d'eau de javel. Les guenilles sortaient de n'importe où et quelques éponges étaient coincées entre les balais et les vadrouilles. Au moins, la poubelle était presque vide… Il était là, les mains dans le dos, souriant tristement. Elle le regarda pendant une fraction de seconde, intriguée. Il lui tendit alors ce pot de plastique avec cette satanée rose rouge. Elle le prit, étonnée. Elle le remercia du bout des lèvres, puis baissa la tête.
De retour dans sa solitude, elle se dit qu'elle devrait jeter cette fleur, elle savait que la voir allait lui faire mal. Mais elle n'en eut pas le courage. Pourquoi? Elle ne le savait point. Et elle était là maintenant à pétrir les pétales entre ses doigts. Plus le temps passait, plus elle y allait fortement. Les pétales devinrent toutes chiffonnées. Puis, l'une d'elles se brisa. C'était le commencement. Elle arracha une à une toutes les pétales dans un élan de rage presque jouissif. Elle se rentrait les épines dans la main en serrant la tige de cette cruelle rose. Ainsi saignant, elle continua tout de même, puis enleva les feuilles, puis toutes les épines qui n'avaient pas enfoncées sa main. Elle jeta la tige au bout de ses bras, puis se mit à hurler en fracassant le pot de plastique sur le froid plancher de ciment. Pourquoi cette rose lui avait rappelé l'amour? Tout son corps, tout son être se mourait d'insatisfaction, de cette solitude.
« Qu'il crève, cet amour, se disait-elle. L'amour ne vaut rien, l'amour n'est rien, l'amour n'existe pas! »
Tout le pot étant cassé, c'est sa tête qu'elle se mit à frapper contre le sol. Étourdie, elle pleurait, elle criait, elle saignait.
Des gens vinrent la chercher. On la retint de se frapper, d'hurler. On la calma.
Le lendemain, 15 février, était un jour gris et sombre. On ne se préoccupait plus d'elle à cette heure-là.
Elle se balançait doucement contre le mur, impassible. Son âme vagabondait on ne sait trop où. Ses draps étaient enroulés autour de ses poignets et autour de ses chevilles. Les mains dans le dos, un sac de poubelle sur la tête, la tête entre les barreaux…