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Position dans Littérature : 24ème
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Mots : 1194
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Elle avait refusé. Elle était au régime, qu'elle disait. Elle refusait de prendre un de mes chocolats. Certes, ces chocolats étaient truffés de cyanure, mais elle n'était pas au courant. L'était-elle ? Personne ne me refusait. Je l'aurais étranglée à l'instant même, mais c'était trop risqué, il valait mieux attendre. Organiser une deuxième rencontre. Je tentai de me maîtriser du mieux que je pouvais. De toute façon, j'avais toujours été un excellent acteur : autant je me montrais sinistre et froid devant mes employeurs, autant j'étais sociable et charismatique auprès de mes victimes.
Au moment de partir, je lui demandai avec mon sourire le plus charmeur s'il y avait une possibilité que l'on se revoie. Avec les yeux d'une célibataire en chasse, elle m'invita à souper le lendemain. Chez elle. C'était exactement ce que j'espérais.
«««
L'anatomie du corps de police du quartier d'Eagle Rock se résumait à treize cadavres sur les bras et la pression des médias du pays entier sur les épaules. C'était probablement un tueur à gages : il avait l'habitude de ne laisser aucune trace derrière lui. Pas d'empreintes, pas de cheveux, pas même une infime fibre de vêtement. L'enquête piétinait. On ne savait que deux choses : il empoisonnait ses victimes au cyanure et il se débarrassait des corps en pleine rue, aux quatre coins de la ville. Désespérément voyant. Une aubaine pour les journaux à sensation. C'était d'ailleurs un des pires aspects de l'enquête : tenter de composer avec les médias qui s'imaginaient qu'on leur cachait des informations. Il n'y avait aucun lien entre les victimes, encore moins entre les rues où les corps étaient retrouvés. Si au moins quelqu'un avait vu la voiture du tueur ! Il leur en faisait vraiment voir de toutes les couleurs. Bordel.
«««
Elle n'avait pas de judas. Tant mieux. Au plus profond de lui-même, il aimait bien le retournement de situation qu'il provoquait, même s'il devait prendre énormément de risques pour la tuer, puis faire disparaître le corps.
Elle ouvrit la porte. Avant qu'elle n'ait le temps d'esquisser une réaction, il la fit tourner sur elle-même et lui ouvrit la gorge d'un coup. Les chairs et les vaisseaux sanguins se déchirèrent, emportant avec eux le dernier soupir de Sara Miller.
Tout s'était passé en silence, elle n'avait même pas crié. Son corps n'avait fait aucun son en lui tombant dans les bras. Il la traîna jusqu'à l'intérieur du condo, puis la déposa sur le sol, lentement, après avoir fermé la porte du pied. Ses manches étaient maculées de sang, mais il avait prévu le coup : il avait emporté des vêtements de rechange dans son sac à dos. Il jetterait ses vêtements de sang dans un quelconque container, à l'autre bout de la ville.
Quelqu'un tambourina à la porte. Il suspendit tous ses gestes, retint son souffle. Une voix de vieille dame, sèche et autoritaire, s'éleva de derrière la porte : «Loyer !» Elle devait croire que le condo était vide. Son cœur résonnait de toutes ses forces dans ses tempes.
La situation se compliquait dramatiquement : la vieille folle avait les clefs. Il devait sortir de là au plus vite. La porte s'entrebâilla légèrement. Son sang-froid l'abandonna : avant que la vieille dame n'ait le temps d'entrer, il se précipita vers la porte et bouscula la propriétaire pour sortir. Il courut longtemps, le cri de la vieille résonnant dans ses oreilles.
«««
Quand j'arrivai devant son immeuble, je ne sus pas vraiment comment réagir. Le bâtiment était cerné par les voitures de police et une meute de journalistes qui tentaient de se frayer un chemin dans la foule de curieux qui observaient la scène. J'entendais surgir de toutes parts la phrase que je ne désirais pas entendre : Sara Miller avait été assassinée. J'enrageais. C'était moi qui devais la tuer, c'était moi qui devais faire sonner sa dernière heure ! Je rentrai chez moi, écœuré.
«««
On avait quelques cheveux, le témoignage de la propriétaire et la cassette de la caméra de surveillance de l'entrée de l'immeuble. Le portrait-robot fut vite dressé. Il serait diffusé au téléjournal et publié dans tous les quotidiens de Californie dès le lendemain matin. C'était un peu exagéré, l'affaire en soi n'était pas si importante : on attraperait probablement le meurtrier dans la semaine à venir. Cependant, les médias s'en donnaient à cœur joie … il fallait leur monter que la police servait à quelque chose dans ce bordel de pays.
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Je vis le portrait-robot dans le journal. Je connaissais ce visage. Je ne le connaissais que trop bien : c'était cet homme qui m'avait payé pour le meurtre de Sara Miller. Pour une raison ou une autre, il avait décidé de régler l'affaire tout seul. La police était sur les dents. Il se ferait pincer. Immanquablement. On allait l'interroger. Je l'empêcherais de parler.
«««
La police avait un quatorzième empoisonnement au cyanure sur les bras. On fut mystifié de découvrir que le mort n'était nul autre que le meurtrier de Sara Miller (l'ADN ne mentait jamais.) C'était à n'y rien comprendre. Les médias allaient se régaler. Bordel de merde.
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Tout allait pour le mieux dans la Cité des anges. Du moins, pour les prochaines 14 secondes.