La chambre

Type : Littérature | Ajout le : 04/09/2005
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Position dans Littérature : 24ème

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Oeuvre :
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Une chambre à la sombre clarté respire doucement au cœur de l'hiver. La vitre porte en ses cadres de grandes bandes de mousseline blanche, telle une tendre robe de neige. À l'intérieur, l'ameublement d'une chambre ordinaire. Une lampe de chevet, éteinte, semble penchée sur son occupant. Dans un coin, un vieux divan aux teintes de lilas vieilli, maison de livres aux pages effeuillées et aux coins cassés et de vêtements épars, s'isole dans son monde. Près de la porte, un placard bleu nuit aux tendances débordantes semble aujourd'hui endormi. À ses côtés trône l'imposant cageot d'étoffes éparpillées et perdues entre elles, chiffonnées et fripées, fatiguées. Au centre de la pièce, un lit simple, avec des pattes en bois rond tournés et détournés, comme un chat gracieux et ondulant, un lit simple ronronnant dans sa moiteur drapée de mousse et de filaments, un lit simple, si simplement simple… Sur un oreiller cendré et emplumé, sa tête repose doucement. Ses légères bouclettes noires tombent en cascade le long de son visage d'ange malin. Je devine ses délicates oreilles à l'ombre de sa chevelure, et derrière ses paupières closes, le reflet du ciel, comme un lac solitaire au fond d'une montagne. Ss cils, immobiles, comme de fins pinceaux, semblent chatouiller le haut de ses pommettes rosées. Elle ferme les yeux, imaginant ses doigts passant tout le long de son nez, si doux, tel la chair d'une pêche mûre. Et ses lèvres! Si rouges, si délicieuses, qu'elle aimerait tant caresser et éveiller au désir… Son âme a tant pêcher en le regardant et en rêvant qu'elle ne sait si elle a conservé une seule trace d'innocence. Elle rouvre les yeux, tremblante. Sa chevelure de jais caresse nonchalamment sa nuque si blanche, si attirante. Sa poitrine se soulève doucement, dans un rythme ralenti par le sommeil. Un drap de coton semble abandonné sur sa taille, d'une finesse animale, comme la rosée du matin sur les herbes endormies. Mais malgré cela, elle y devine la courbe enivrante de ses hanches, puis de ses jambes graciles. Ses mains sont appuyées contre la fenêtre, son corps est parcouru de frissons glacés et brûlants en même temps, sa tête frémit à l'idée de rester là et de réaliser qu'il s'est réveillé, qu'il l'ait aperçu. Mais elle ne veut point partir, obnubilée par son corps provoquant. Que dire… une tempête ravageuse dans un océan fragile…
À cet instant, elle le sait. C'est une rose noire. Sa rose noire. C'est le désir de trouver cette fleur unique et inconnue, car c'est ce qui met en beauté le mal. C'est le vice de l'humanité, un vice qu'elle s'approprie en l'espionnant. Elle soupire, aveuglée par son soleil. La vitre commence alors à s'embuer. Dans un dernier effort, elle tente d'empêcher ce rideau de tomber, mais en vain. La fenêtre se transforme en givre, puis en mur de glace. Il n'y a plus moyen de voir un coin de ce sous-sol… Elle se lève, comme si elle venait de sortir d'un autre monde. Le pas incertain, ses bottes s'enfoncent dans la neige fraîche. Son regard est vide, plongé vers le crépuscule. Les mains dans les poches, elle s'éloigne, lentement…

Or, si elle avait pu voir au travers de la fenêtre, elle n'aurait plus vu les rideaux, la lampe de chevet, le sofa, le placard et l'armoire. Elle n'aurait plus vu le lit défait. Elle n'aurait plus vu sa rose noie. Elle n'aurait plus vu la vie dans cette pièce, que de la poussière et des coins sombres, des murs gris, morts. Elle n'aurait vu plus rien… car il n'y avait rien.
Commentaires
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spock27
06/05/07 à 15:45
marrant
quand on pratique la poésie comme tu le fais de façon assidue, fatalement, on le ressent dans tes autres écris.

j'en ai fais l'expérience également, m'essayant à la nouvelle, je me retrouvais avec un texte très poétique. c'est ce que je ressens ici.

c'est très beau en tous cas

+LAIN