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Mots : 1733
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Mon histoire commence un jour bien sombre de novembre comme il y en a des milliers en ce mois. Les feuilles étaient toutes tombées depuis la mi-octobre et les arbres étaient maintenant dénudés de leur seul vêtement. Cependant, cela ne devait pas trop les faire rougir, car ils étaient tous plongés dans un profond sommeil qui durera quelques mois. Le sol était gelé et du frima couvrait les herbes vertes qui dominaient un peu partout en cette campagne. La température était sous les zéros, approchant les -15 degrés Celsius la nuit. Un temps à ne pas mettre une efface dehors comme dirait ma grand-mère! L'hiver arrivait rapidement et le tout se faisait ressentir sur le caractère des gens. La population était plus morne en ce mois funèbre. Elle sortait moins à l'extérieur et déprimait à l'idée qu'elle devrait encore pelleter cet hiver et trébucher maintes fois sur cette glace noire qu'on ne voit souvent jamais. Beaucoup de gens se cherchaient des moyens de se divertir quand ils seront ensevelis sous la neige. Certains se tournent vers la télé et l'ordinateur, d'autre, plus intellectuel, vont se tourner vers la lecture et l'écriture.
À l'époque, j'étais encore tout jeune. Je venais de sortir de la fabrique de gomme à effacer quand j'arrivai à cette petite boutique. Deux gommes me prirent rapidement sous leurs ailes quand j'arrivai sur leur étagère le premier jour. Ils devinrent donc ce qu'on peut appeler mes parents adoptifs. Les effaces n'ont pas de vrai parent vu qu'ils sont fabriqués dans une usine. La tradition dit que les plus vieux adopteront les nouveaux, plus jeunes, pour les éduquer. Je vécus quelques temps avec mes parents adoptifs jusqu'au jour où je rencontrai ce qui sera mon futur propriétaire. Il était un de ces intellectuels qui voulaient écrire pendant la saison morte. Il vint donc chercher quelques feuilles ainsi qu'un crayon de bois. Il avait aussi besoin d'une gomme. Il en prit donc une au hasard dans la boite et j'eus la chance d'être l'élu.
Je passai la grande partie de mes journées couchées sur son bureau au côté du crayon de bois. Le crayon et moi devenons amis très rapidement, il était plutôt stupide de s'engueuler en fait, car nous étions destinés à passer la plupart de nos moments ensembles. Le crayon était beaucoup plus âgé que moi et il savait un tas de truc qu'il se fit plaisir de m'apprendre. J'aimais bien le crayon, on développât rapidement une belle complicité.
Mon propriétaire semblait être amoureux. En fait, j'en eu la confirmation quand il eut écrit une lettre pour cette personne aimée avec l'aide de son crayon et moi. Ils nous tenaient toujours passionnément dans ses mains. Ils étaient heureux d'écrire et j'étais heureux de l'aider dans cette tâche. J'aimais bien mon propriétaire. Il écrivait souvent des lettres à sa dame et les chatouillements que je ressentais à chaque fois qu'il faisait une erreur me faisait bien rire. J'étais une efface bien jeune et heureuse. Je ne pouvais pas imaginer la vie plus belle qu'elle était dans ce moment.
Mon propriétaire écrivît de nombreuses lettres, poèmes et autres compositions littéraires qui avait pour unique thème son aimée. Il ne vivait que pour elle et, à ses yeux, un million de poèmes ne semblait pas être assez pour exprimer sa beauté. Je me rappelle encore de ces longues nuits passées à écrire jusqu'aux petites heures du matin. Nous étions les outils qui servaient à l'atteinte de son ultime but et j'en étais heureux. Mon propriétaire était pour moi la chose la plus importante dans ma vie et de le voir content que je puisse l'aider à séduire sa dame me rendait des plus réjouis. On dit souvent que les gens s'attachent aux choses. Eh bien, il est d'autant vrai pour ces objets. En fait, les choses ont tendance à aimer leur propriétaire comme un enfant aime son père. Peu importe ce qu'il fera, nous l'aimerons. Il était impossible de même penser le contraire.
Mon propriétaire qui avait été très persévérant dans sa quête réussie finalement à séduire sa maîtresse. Ils s'aimaient tendrement. Ils sortaient fréquemment laissant le crayon et moi bien seul dans le noir. Peu importe, j'étais heureux pour lui, même s'il ne se servait plus de moi vu qu'il n'avait plus besoin de séduire sa conquête qui était maintenant conquise. Je restai de longs jours dans le noir d'un sombre coffret où il déposait ses crayons. Le crayon était plutôt pessimiste. Il me disait que cela sentait la fin et qu'il n'avait plus besoin de nous. Moi, je ne l'écoutais pas. Je me disais que mon propriétaire m'aimait autant que moi je l'aimais et qu'il viendrait me voir un de ces jours.
J'attendis longuement, très longuement. Les semaines passaient et il ne venait point, mais j'y croyais toujours. C'est alors, qu'un mois après m'avoir laissé, il revint me voir. Sa copine venait de le laisser et il se sentait très mal. Ils avaient beaucoup pleuré et ses yeux étaient tous rouges à cause de cela. J'étais bien triste pour lui, je n'aimais pas le voir dans un tel état. Il sortît donc le crayon et moi et il écrivît des trucs sombres toute la nuit. Ses anciennes douces paroles s'étaient changées en d'obscures paroles mélancoliques. J'étais tout de même heureux de l'aider à décharger ces viles sensations sur le papier en corrigeant ses erreurs. Cette journée, il avait écrit pendant plusieurs heures consécutives. Il refît le même manège tous les jours qui suivirent. Mon propriétaire se sentait de mieux en mieux à chaque jour et j'aimais me dire que moi et le crayon en étions la cause.
Cependant, toute bonne chose à une fin et celle-ci n'était pas une exception à la règle. Pendant un beau jour de janvier, mon propriétaire arrivât à la maison avec, dans ses mains, une grosse boite étrange. Il l'ouvrit rapidement pour en faire sortir un ordinateur. Il était bien fier de son acquisition et s'y installât aussitôt. Il commença à taper quelques mots et s'y habitua rapidement. En fait, il en tombât tout de suite amoureux. Il trouvait bien plus simple le fait d'écrire à l'ordinateur qu'à la main. Alors, le soir quand il voulait écrire, il allait voir sa machine au lieu de nous. Vu que nous lui étions maintenant inutiles, ils nous remirent dans le coffret.
Comme la première fois, j'attendis longtemps son retour. Le crayon était plus pessimiste que jamais. Il était souvent très triste et ne parlait plus beaucoup. Moi, je restais heureux et je me rappelais des moments passés avec mon propriétaire et je me disais que je revivrai le tout, car ce coffret allait s'ouvrir un jour. J'avais en fait, qu'à moitié raison. Le coffret s'était bel et bien réouvert après quelques mois. Cependant, je n'ai revécu aucun de ses magnifiques moments dont je rêvais temps. Il était venu faire le ménage dans le coffret, car il n'avait plus vraiment besoin d'autant de crayon avec son nouvel ordinateur. Il nous prit donc moi, le crayon ainsi que quelques autres vieux objets et puis il alla nous jeter dans la poubelle…
Je n'ai jamais été aussi triste de toute ma vie. Il m'avait remplacé, ce propriétaire que j'aimais tant m'avait remplacée… Moi qui croyais qu'il m'aimait, moi qui s'accrochais au plus beau moment que nous avions passés ensemble, moi qui vivais grâce aux rêves d'un jour réécrire avec lui et le voir heureux que je puisse l'aider. Le destin en avait décidé autrement, j'étais pris pour toujours dans cette poubelle. J'étais pris dans le noir, dans le silence et l'oublie… J'avais le goût de pleurer, mais je n'ai pas de yeux pour le faire. Contrairement à mon propriétaire, quand j'ai mal je n'ai aucun moyen de faire sortir ces viles sensations, elles sont prisonnières en moi et elles le seront toujours. La mélancolie est maintenant un élément qui fait parti de moi et cette blessure causée par mon ancien propriétaire sera toujours gravée à l'intérieur de moi, car, quand l'être que vous aimez et a qui vous tenez le plus au monde vous abandonne, il n'y a rien qui guérir cette douleur. Alors, à tous ces incrédules qui continuent de croire qu'une gomme à effacer ne ressent rien, eh bien, je vous demande donc qu'elle est cette sensation qui me ronge l'intérieur et qui me rend si triste si cela n'est pas un sentiment?