L'étranger dans ma tête

Type : Littérature | Ajout le : 27/11/2007
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Un jour, un étranger s’est introduit dans ma tête. Il s’est imprégné de mes idées pour les transformer en pensées mortelles ; en pensées démoniaques. De jour en jour, mon esprit s’est métamorphosé en un monstre tout droit sorti d’un film d’horreur. Pourtant, en apparence, je restais le même. Le monde continuait sa course folle comme si tout était normal…

C’est la nuit qu’il me rongeait le plus l’esprit. Pendant que la lumière est quasi nulle. Cet être noir profitait de ma faiblesse pour reprendre des forces. Il repassait en rafales les sombres pensées de ma journée, les amplifiants pour me rendre fou. Et moi, insouciant, j’avalais tous ce qu’il me disait, me prosternant devant lui afin de ne pas le contrarier. Oui. Car en fait, je le craignais. Et ce, avant même de m’apercevoir de son existence. Alors, lorsque j’en pris conscience, ce fut le carnage. Non seulement dans ma tête, mais aussi dans ma vie. Tout s’écroula. Je perdis tout : mon travail, mes amis… tout. Petit à petit, ma vie s’éteignait. Je m’éteignais.

Mes journées, de plus en plus courtes, se chargeaient de haine et de colère envers lui. Pour éviter le pire, je coupai tout contact avec mes amis. Allant même jusqu’à débrancher le téléphone. Malheureusement, il parvint à les contacter en prenant le contrôle de mon corps. Pendant ce temps, j’observais le désastre qu’il provoquait en manipulant ceux que j’aimais, en s’infiltrant clandestinement chez eux et en détruisant tout sur son passage : téléviseur, fauteuil, lit, armoires, vaisselle et j’en passe… Et pour finir, lorsque mes amis rentrèrent, mon étranger me condamnait à subir leurs injures, plus cruelles les unes que les autres, puis, il s’éclipsait au fond de moi, se régalant de mon sort. Je n’osais pas leur expliquer ce qui se passait. Ils ne me croiraient pas de toute façon. À la place, je décidais de fuir ; courant dans la rue.

Une fois arrivé chez moi, je lui demandais ce qu’il voulait.
- Tu ne vois pas que tu me causes des problèmes?

- Je fais que te rendre services! Ces demeurés te gâchent la vie ; ils te font perdre du temps et j’en ai justement besoin pour te former, car tu n’es qu’un peureux qui ne sait pas affronter les choses. Pense juste à ce que tu as fait lorsqu’ils t’ont engueulé : tu as fui.

- Qu’est-ce que tu aurais fait à ma place? Les tuer?

- Exactement. Ils n’ont pas le droit de nous traiter de cette façon! Tu m’entends? Tu as du talent et je ne les laisserai pas te distraire. Ils ne valent rien! Nous sommes les plus forts. Ne l’oublie pas. Ensemble, nous pouvons faire des tas de choses. O.K.? Nous ne sommes pas des lâches!

À ce moment, je repris confiance en moi. Oui, nous sommes les plus forts et nous ferons de grandes choses. Mais quoi? Qu’avait-il en tête? Peu importe. Je savais désormais qu’il était là pour me protéger. Mais à quel prix? Voyant venir des tas d’inquiétudes frôlées ma conscience, j’enfermai à double tour ces pensées dévastatrices. Je ne faisais plus qu’un avec lui, car je ne le craignais plus. Je prenais désormais plaisir à cette attitude menaçante qui me donnait une impression de pouvoir sur ma vie. Pour la première fois, je me sentais soulagé d’un lourd fardeau ; j’étais libéré de ma conscience intérieure. Je me savais capable des pires horreurs. Le seul fait d’y penser me remplissait d’extase malsaine et d’une sensation de puissance extrême. Une puissance si intense que j’en étais aveuglé. C’est dans cet état d’esprit que je fis la découverte de mon côté sombre.


****

Comme tous les vendredis matins, je me rendis au café du coin pour déjeuner avec Katrine. Voyant que notre relation n’avait aucun espoir, nous avions rompu quelques semaines auparavant. Mais nous gardions de bons contacts car cela faisait longtemps que nous nous connaissions. Pourtant, rien ne nous avait laissé croire que nous serions ensemble un jour. Heureusement pour moi, je n’avais pas eu le temps d’emménager chez elle. Elle aurait sûrement remarqué mes étranges comportements, ce qui aurait aussi voulu dire que mon étranger serait parti à tout jamais, ce que j’aurais très mal accepté depuis ce jour où j’ai réalisé qu’il était essentiel à mon développement psychotique. J’avais grand plaisir lorsqu’il sortait de sa cachette et organisait, avec moi, ses plans mégalomanes. Je rêvais du jour où nous appliquerions ses projets. “ Une chose à la fois. ” me répétait-il sans arrêt. Pour l’instant, je déjeunais tranquillement avec Katrine.

- Ça va Patrick? M’a-t-elle demandé inquiète.
- Oui. Oui. Excuse-moi, je suis plutôt préoccupé ces jours-ci.
- J’ai remarqué ça. Au fait, as-tu une nouvelle blonde? On ne te voit plus ces derniers temps. Es-tu sûre que ça va?
- Oui. Oui. Je te dis. J’ai l’air en si mauvais état?
- Non, mais… Je ne sais pas. On dirait que tu nous fuis. Depuis qu’on s’est laissés, tu n’es plus le même gars. Ça fait deux semaines qu’on ne te voit plus
- J’avais besoin de repos…
- Ouais… pis c’est quoi cette histoire que Luc m’a racontée ? Ça l’air que t’as dévalisé son appartement? Pourquoi as-tu fait ça ?

Encore une fois, je ne savais plus quoi répondre. Pourtant, au fond de moi, il y avait une explication toute simple, mais je refusais d’y croire.

- Oui… euh… Non… En fait, ça serait dur à expliquer…

Voyant qu’elle était plutôt septique, sous la contrainte de mon étranger, j’attaquai.
- Ok. Tu veux savoir ? Hé bien oui. C’est moi qui ai fait ça, dis-je en m’emportant.
- Mais pourquoi ? Pourquoi ? dit-elle, déconcertée.
- Je suis écœuré de vous voir la face! C’est le seul truc que j’ai trouvé pour que vous me laissiez tranquille! Je me suis rendu compte que vous êtes tous des peureux qui n’osent jamais rien faire! Tous des trouillards!

Je me levai d’un bond, renversai la table et partis à courir. Courir. Courir. Pour aller où? Je ne le savais pas. Mais je courais. Courir jusqu’à perdre connaissance.


****

Lorsque je repris conscience, ma première idée fût de mettre en action un de nos plans ; celui de liquider ceux qui en savaient trop : mes seuls amis Katrine et Luc.

- Si elle ne peut être avec nous, elle ne peut être avec un autre. Katrine se joue de nous. Tu ne vois donc pas son petit jeu? Me dit-il.
- On a toujours été ami…
- Ami mon œil! Dès que tu as eu le dos tourné, elle en a profité pour te tromper avec Luc, ton meilleur ami. Elle t’a trahi. Ils t’ont trahi. Ils nous ont trahis !

Il avait raison. Ils ne méritaient pas la vie. Le temps était venu d’extérioriser mes rages. Il en était de notre vie. Sinon, c’est contre moi que j’agirais. Je ne pouvais accepter cette éventualité. Il était de notre devoir de sauver notre peau. Nous devions accomplir de grands actes substantiels : éliminer les êtres de mauvaise foi qui ne savent pas vivre.

Première étape : s’armer
Deuxième étape : localiser l’ennemi
Troisième étape : neutraliser l’ennemi

Malheureusement, la seule arme à ma portée était un vulgaire couteau de cuisine. Mais d’après mon ami, cela suffirait et rendrait la chose encore plus intéressante. C’est donc la tête remplie d’excitation et de satisfaction quelque peu précoce, que je m’engageai sur la route du destin, celle qui m’emmènerait sur la voix de ma libération spirituelle. Tel un commando d’élite, nous nous sommes dirigés vers l’appartement de Katrine. Mon esprit bouillonnait de scénarios plus cruels les uns que les autres. Je les imaginais souffrant de ma trahison soudaine, criant de douleur à chacun de mes assauts et mourant suite à leurs tortures. Mais voilà qu’en arrivant devant leur porte, j’eus une formidable inspiration. Plutôt que de les éliminer, il serait préférable, pour l’instant, de les faire souffrir dans le noir ; les effrayer tout en les laissant dans l’ignorance de leur agresseur. Donc, afin d’éviter tout soupçon, je décidai de feindre la réconciliation. Mais d’abord, il faudrait laisser retomber la poussière ; attendre le temps que les choses se calment.

****

Ce fut une longue semaine. J’étais beaucoup trop impatient. Stéphane, mon étranger qui s’était enfin nommé, ne m’aidait pas. Il faisait tout pour m’inciter à agir : flash d’images torrides et démentielles. Heureusement, pour me soulager j’ai assisté à quelques chicanes de voisins. Les voir s’engueuler m’exaltait. Je me délectais de chaque injure lancée dans les airs. J’imaginais des scènes de bagarre ; coups de poings, bibelots volant en éclats et le son des portes qui claquaient dans l’édifice. Pourtant, tous ces bruits, qui inspiraient la violence et la démence, comblaient trop légèrement mes envies. J’avais besoin de sang ; de contact physique. Je décidai alors de faire la tournée des bars. Étant peut connu de ce milieu, il serait plus facile de m’amuser sans me causer trop de problèmes. Je partis donc pour le centre-ville ; là où les bagarres sont fréquentes.

****


Je commandai une Heineken (au comptoir d’un bar) et allumai une cigarette question de provoquer les autres clients tout en étudiant l’environnement. Les gens plutôt calmes parlaient ici et là de la pluie et du beau temps ; attentats terroristes, politique, sport et d’un tas d’autres sujets. À l’instant où je décidai de changer d’établissement, un homme me bouscula pour passer à la table d’à côté. Il ne m’en fallu pas plus pour commencer les réjouissances.

- Hé! Le con! Tu ne peux pas faire attention!
- Désolé mec, mais il n’y a pas beaucoup de place pour passer…
- T’as pas bien compris, je crois. Viens dehors ; on va s’expliquer.

Je l’entraînai à l’extérieur avec espoir qu’il ne soit pas trop habile de ses poings
- Écoute. Ce n’est pas la peine de se battre. Je t’ai accroché, je me suis excusé et c’est tout. Allez! Viens. Je te paie une bière…
- Froussards ! Ce sont tous des froussards ! Allez! Sacre lui la volée de sa vie, me dit Stéphane.

Mon poing lui fracassa le nez. À genoux sur le trottoir, il gémissait. Le sang coulait à flot.

- Je crois que t’as pas encore saisi mon pote.
- Moi, je crois que si, me dit-il en se relevant.

Le coup que je reçus me surpris. La douleur me fit du bien. Oui, je souffrais, mais cette souffrance me donna une force que je n’avais jamais exploitée auparavant. Malheureusement, le reste est flou, mais une chose était claire : Stéphane avais dû se régaler, si je tiens compte des nombreuses blessures découvertes le lendemain. Mais, moi, je ne riais plus. Je commençais à reprendre mes esprits ; à comprendre où tout cela me menait : tout droit vers la folie. Je savais ce que je devais faire pour tout arrêter. Mais d’abord, il fallait que je fasse mes adieux.

Comme on était vendredi matin, je passai au restaurant pour voir si Katrine m’attendait. Elle y était. Je lui donnai une lettre que j’avais écrite avant de partir et lui demandai de la lire seulement une fois rentrée chez elle. Sans même lui laisser le temps de dire un mot, j’étais déjà sur la route du non-retour.

****

Aussitôt arrivé, je m'installai dans l’eau chaude de la baignoire et je m’ouvris les veines avec mon couteau. Au moment de m’évanouir, j’entendis la porte ouvrir et Katrine crier.
- Tu vas me manquer, dis-je.
- Toi aussi, tu vas me manquer. Me répondit-elle en larme.

Mon esprit s’évada de mon corps. Les ambulanciers arrivèrent et, sachant que maintenant plus personne ne pouvait m’entendre, je rectifiai mes adieux : “ Tu vas me manquer, Stéphane.”
Commentaires
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Libellule Rouge
27/11/07 à 15:12
Un bon suspense, très accrocheur, on hâte de savoir ou tout cela va en venir. Par contre, des émotions de peur du départ, tu passes rapidement à un état de contrôler. La transition m'a semblée un peu rude. Enfin, sinon, c'est vraiment un excellent texte^^

Burn
27/11/07 à 11:35
Très bonne narration! Tu as un talent pour les textes continus comme ceux-là, bravo.

Cependant, il y a certaines conversations qui ne possèdent pas de "dis-elle" ou "dis-je" ce qui fait qu'on sait plus trop qui qui parle, même si on s'en doute souvent.