J'ai vomi sur ma page Word II

Type : Littérature | Ajout le : 01/05/2010 | Modification le : 26/06/2010
Note de l'auteur :
Chapitre second d'une longue série misérable. J'ai vomi sur ma page Word, c'est une courte correspondance (souvent incohérente) entre moi et une célèbre page blanche. C'est mon âme toute nue, souillée par les résidus de mon petit-déjeûner littéraire. C'est ma vie réduite à sa plus simple expression. C'est du grand moi, tout craché.
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Position dans Littérature : 8ème

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C’est noir dans ma tête. Noir, noir, noir, noir … foncé. Oui, foncé. Noir foncé. Je suis convaincue qu’il y a plusieurs nuances de noir et qu’il est important de mentionner le dégradé approprié pour illustrer correctement la noirceur dans laquelle je me suis plongée. Mélodramapoétiquement parlant, on pourrait le qualifier de sinistre nuit où la Lune et les étoiles se sont éteintes doucement, avec la dignité qu’impose une mort d’entitées âgées très âgées d’âge vieux. NouvellecollectionSico parlant, on pourrait lire sur un échantillon : Enthracite du cosmos galactique sans soleil levant, C-120v. Gastronomientéritement parlant, ce serait bouillie d’algues séchées à l’encre de poulpe mariné, servi calciné. En Afrique, on dirait Noiwe, simplement. Je m’écarte, page Word, je m’écarte mais personne ne vient combler l’espace de stationnement laissé vacant pourtant. Je m’éloigne, je m’éloigne, page Word mais cette couleur, reniée des autres me ne lâche pas d’une semelle. Je me suis égarée, je crois. J’ai pas de GPS, moi. « L’abonné que vous tentez de joindre ne peut prendre votre appel, SVP, veuillez raccrocher ou réessayer de nouveau.».

Il est quatre heure quarante-cinq, même le matin n’est pas encore debout à cette heure. Il est quatre heures quarante-cinq, ou cinq heures moins le quart si tu préfères et un zombie est né. Il nait tous les matins, dans le tintamare de ma sonnerie-réveil. Le café fait encore dodo dans la cafetière. Il a l’air bien, tout emmitouflé dans son filtre. J’me demande s’il rêve. Ça doit être assez stimulant des rêves de café. Peut-être qu’il pense à sa famille, amèrement restée dans l’arbre où il est né. Hmm. Aller, douce caféïne torréfiée, réveille-toi, c’est l’heure.

C’est plutôt froid dehors, il faut dire que le Soleil ne travaille pas ce matin, il a téléphoné à la pluie pour dire qu’il ne rentrait pas. À météo-humeur, on annonçait mélancolie avec éclaircis en après-midi. La météo ne détient pas la science infuse puisqu’il fait actuellement déprime aiguë sans possibilité de libération conditionnelle avant demain midi. La sentence est levée. Le tribunal de la crise existencielle vient de me condamner, une fois de plus, aux travaux mentaux. Je me demande si l’asile ne serais pas souhaitable. L’hôpital des fous a quand même accueilli Nelligan en ses murs. Émile, c’est mon héros, je crois. Être privé si jeune de sa liberté mentale en échange d’un tel talent de poète en bas âge, ça n’a pas de prix. Malheureusement pour le reste, il n’y avait pas Mastercard à cette époque.

« D'avoir une âme douce et mystiquement tendre,
Et cependant, toujours, de tous les maux souffrir,
Dans le regret de vivre et l'effroi de mourir,
Et d'espérer, de croire... et de toujours attendre ! »*

C’est l’âme de Nelligan, page Word. L’âme d’un jeune fou, d’un vieux sénile, d’un éternel incompris. Une âme déshabillée, qui ne se nourri plus des premiers mots du matin, des douces caresses de l’après-midi ou des dernières images de la journée. On la gave de Jell-O, probablement parce que ça coûte moins cher qu’un voyage aux Îles Turquoises. Et pourtant.

J’retourne me coucher, le monde me donne la nausée en cette matinée maussade, p’être que demain, il fera mieux. À la prochaine, page Word, soit sage.



* Extrait de Mon âme, Émile Nelligan.
Commentaires
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lechatblanc
05/07/10 à 00:58
j'adore
tourné a la beauté les ecchymoses de ta vie trépidante et à la fois si méchante

tu m' enchante quand tu m'en chante

simple et vivante comme tu me tente

Libellule Rouge
05/05/10 à 02:26
Des perles un peu partout, des noirs façon palette de peinture sico au café dormant dans son filtre... Tout a été dit, c'est rafraîchissant, on en veut encore!

Eldorino
02/05/10 à 06:50
AB-SO-LU-MENT EXQUIS !!!!!

Sérieusement, j'ai ri, j'ai ri et j'ai reri ! Mention particulière aux deux premiers paragraphes, qui sont à mon avis parfaits ! J'ai hâte à d'autres correspondances :) !

Burn
01/05/10 à 23:41
"Malheureusement pour le reste, il n’y avait pas Mastercard à cette époque. "

HAHAHAHAHA! C'était génial, comme d'habitude :).