Insomnie

Type : Littérature | Ajout le : 18/10/2007
Note de l'auteur :
Classement :
Pointage : --/5
Nombre de votes : 0
(Pour voter, connectez-vous!)
Position dans Littérature : --

Visionnements :
Aujourd'hui : 0
Total : 8

Communauté :
Commentaires : 1
Ajouts aux favoris : 0 (Qui?)

Oeuvre :
Mots : 718
Vers quatre heures du matin, la musique à peine audible placarde mon insomnie sur les murs, striés d‘ombres et lumière pâle. J’aimerais me jeter contre, pour décrocher la tapisserie de sommeil fuyant, chasser les mouches de fatigue qui se collent dessus, et pourquoi pas, m’assommer en même temps.
Mais non, j’en ai assez fait.
Depuis des heures, je bloque, assise par terre, le dos contre le radiateur froid, les paumes contre le sol, figée dans l’incohérence de ce moment de solitude. Le monde dort, moi pas.
J’attends. Que mon angoisse convective cesse de ramener à la surface ses élans visqueux et fulgurants, que mes pensées deviennent aussi plates et horizontales que la plinthe que je fixe sans ciller. Me fondre dans l’immobilité et ne bouger que lorsque je serai sure de ne pas provoquer de cataclysme en me levant.

Et puis, calmement, j’examine les perversions morbides que la nuit m‘offre, c’est ma comptine du soir, c’est l’histoire que ma maman ne m’a jamais racontée avant de m’endormir, c’est le fantasme inversé des jeunes filles qui imaginent leur corps dévoré de vie alors que le sommeil les enveloppe, c’est le farfadet sous le lit qui investit mon cerveau pour lui souffler de nouvelles tortures délectables …

« Et sous la lame rouge un ange aux ailes tronquées trouve des volutes étonnantes dans les dégoulinures qu’il laisse sur l’émail blanc du lavabo… »

Les poèmes morbides, ça n’est pas mon genre. Dans ma langue, ils ne sont ni esthétisme, ni cuir noir sur peau craie. Juste rituels et transferts : une douleur pour une autre.
Mais pas cette nuit.
J’attendrai, voilà tout. Ca passera. L’araignée géante greffée dans mon dos retirera ses pattes d’entre mes côtes et me laissera respirer librement, ne comprimera plus ma poitrine, essuiera son venin corrosif et persistant qui suinte dans mes pensées.

« Tu ne peux rien. Ils te mentent. A quoi bon ? L’humain n’est que le fruit du hasard et tu ne prends aucun plaisir à tracer ton sillon de petit vers dans cette grosse pomme mi sucrée mi amère qu’est le monde. Tu es fascinée par une logique inexplicable. Regarde toi dans un miroir, et dis moi ce que tu aimes dans ce tas d’atomes. Tu vois ? Il n’y a que ton ombre en toi pour te sourire, et ils le savent, ils t’abandonneront tous. N’espère même pas n’être rien, ta conscience te dira toujours que c’est trop tard pour l’être et que l’enfer est déjà dans chaque mot, dans chaque geste, dans les simples faits de ton existence et de ton opacité. Tu veux les laisser libres et tu crèves qu’ils t’aiment, tu ne veux pas les influencer et tu ne supportes pas qu’ils t’ignorent, tu sais qu’ils t’estiment mais tu es incapable de les croire … où s’arrêteront tes incohérences ? Tu le sais et ça te tente, mais tu vois, même ça, tu n’en as pas le droit … »

Bien sur.
Mais j’attendrai. Personne ne viendra cette nuit, mais le jour finira bien par effacer mon vertige dans l’aube. Une journée de plus à jouer, et s’il ne me reste que mon ombre comme attache, il faut bien que le soleil la découpe sur le sol.
Les phares d’une voiture dessinent d’autres pleins et d’autres vides sur les murs, furtivement. Et tout redevient calme.
Mon téléphone vibre. L’écran affiche « Anniv’ Marie ». Je reste hébétée quelques secondes devant les quelques pixels noircis.
Quelques cycles encore, et où serons nous ? Les hommes, toujours sur l’orbite terrestre, et moi peut être encore dans cette pièce à attendre que le sommeil m’attrape.
Mais puisque dans une poignée d'heures, je devrai sourire à Marie pour lui souhaiter une nouvelle révolution agréable autour du soleil, je vais me coucher.
Commentaires
Pour pouvoir commenter, vous devez vous connecter !

Libellule Rouge
21/10/07 à 13:49
Un très beau texte dans cet instant où le sommeil ne vient pas nous rassurer. J'aime beaucoup le début surtout, peut-être parce que la fin me semble un peu... inhabituelle? Enfin, tout de même, une histoire à tendance poétique qui réfléchit d'elle-même. Bravo!