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Position dans Littérature : 21ème
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Oeuvre :
Mots : 1307
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Excuse-moi, j'crois que c'est la fatigue qui m'donne c'te rage de dents là, t'as pas à endurer mes élans d'colère. J'dépense trop de salive pour un sujet qui m'avance à rien de toute manière. Où est la maturité, dites-moi donc ! Je ris, mais ça ne m'fait pas rire tout ça, j'dois te parler, mais c'est compliqué... J'ai les sentiments dans l'mixeur, j'me sens comme une gueuse, une clocharde qui t'quête un peu de sous et d'amour sur le bord d'une ruelle mal famée alors qui fait moins vingt dehors pis que j'me gèle le cul à prononcer des mots qui se heurtent aux oeillères de l'homme moderne concentré à bien rester pris dans l'bouchon de circulation avant d'aller chercher son cachet quotidien d'anti-dépresseurs pour ensuite se gargariser d'un bon p'tit verre de vin blanc acheté au dépanneur entre deux contenants de mayonnaise et un pain même pas daté. Pour une fois qu'on peut s'dire consciemment qu'la date d'expiration, ça change pas grand-chose, mais non, on préfère le laisser sur la tablette parce qu'on est des peureux qui vont s'faire vacciner pour la grippe, parce qu'on est pas capable de s'regarder dans les yeux sans avoir peur de c'qui s'y trouve au fond. Oui, j'arrive au vif du sujet. On s'reparle mais on prononce sans substance. Tout c'qu'on dit a une saveur de fake. Même pas un zeste de souvenirs et de conscience honnête. Tu m'dis bonjour, mais j'ne sais pas si c'est pour faire « j'essaie de reprendre contact » ou « j'oublie tout et je fais semblant de rien ». J'sais pas si tu l'sais, mais moi j'oublie pas comme ça, j'fais pas « ah tient le voilà », non je surveille chacune de mes phrases, chacun de mes mots parce que je sais que t'es encore sur tes gardes, que t'as encore une cartouche dans tes poches et que t'es prêt à tirer juste après avoir libéré le chien de ta gueule molle et si bien salubre. Quel visage à deux faces que tu formes. Nie pas, c'est la vérité, tu t'es comporté en chien sale pis t'aimes ça, dieu sait que t'aimes ça, t'aimes ça en tabarnak, pis calvaire que tu m'dégoûtes. Pour toi le monde c't'un jeu de carte, tu choisis tes jetons, tu jettes un jeton, t'en baises un autre pis tu dis que le poker c'est pas pour les gens comme toi. Une vraie caricature de gentleman, mais après tout ça, c't'inné chez toi pas vrai ?
T'as rien entendu, je l'sais. C'est sûrement mieux ainsi, ma plume est plus calme que ma bouche, pis mon discours furibond tu l'mérites même pas. Parce que oui, il faut mériter ses insultes, sans quoi ça n'a aucune qualité ni quelconque valeur. J'tiens à maintenir une image positive de mes reproches, sans quoi je risque la réclusion perpétuelle, et j'aime mieux être des malades défroquées que des saines jeunes femmes figées dans un portrait de famille style année 80. J'ai assez donné dans les leggings, merci.
J'sais même plus où j'voulais en venir avec tout cela. Et j'vois l'échéance arriver à grand pas, ça m'effraie, tu peux pas savoir comment. Une vraie montagne infranchissable. J'ai la crainte qu'encore une fois on ne sache plus s'parler, parce que malgré mes ressentiments et toutes mes capsules anti-douleur émotionnelle, nous devrons en venir au face à face ultime, le vrai défi de notre récit pourtant si court, j'irai jusqu'à dire heureusement. Il faudra scruter nos moindres gestes, observer nos moindres serrements de coeur, éviter ceux qui pourraient venir en retard, élucider nos maints faux pas, parce que tout ça est une trahison des images, il faudra jouer les hommes qui s'regardent dans le miroir quand celui-ci nous transforme en de belles figurines enchaînées aux dorsales, deux polichinelles ridiculement articulées, à un ongle des marionnettes guignol, parce que tout cela se ramène au théâtre, une vraie scène qu'on joue dans les décombres de notre propre désir destructif, une si belle maison de poupée qu'on a aimé transpercer à grands coups de hache bien aiguisée, et au lit les enfants, c'n'est pas une histoire recommandable, le grand méchant loup n'a pas voulu d'la tétine rose de blanche-neige couchée en étoile entre les fraisiers et les plantes carnivores, comme une vomissure ivoire sur la terre décrépie d'ces contes aux fleurs incandescentes. Andersen peut aller s'rhabiller ; c'est ce que tu m'aurais si bien dit, ça m'manque.
Il n'y a nulle recette dans l'existence, il n'y a que du travail acharné et de la persévérance, et nous tout ce qu'on a fait c'est s'pendre au bout d'une corniche en croyant que ça valait la peine la mort rien que le temps d'une seconde, le temps de crier au monde que ça n'a jamais existé. Voir que ça valait tous ces non-dits. J'ne crois pas. J'me sens coupable et pourtant j'ne regrette nullement. Les reproches qui sortent de ma bouche devraient tant venir m'asphyxier.
Tout est clair, ce récit n'a qu'un seul point concentrique, clair et souligné à grands traits mauves entre ces étourdissantes lignes si droites sur l'horizontal du papier humide alors que toute l'encre qui bave sur sa composition malingre, qui pue l'improvisation maquillée est encore chaude : Magritte, encore et toujours lui. Parce que quand vient le jour, nous sommes des êtres nocturnement fous jurant l'innocence. Parce que quand la nuit endort la masse, nous passons le chiffon sur nos comptoirs de boucher, nous cachons notre méfait à la lumière invisible, imperceptible à ceux qui ne craignent et ne craindront jamais le clairon final, celui de l'autre réclusion, l'irréversible. J'revois sans cesse Les Amants, enveloppés de draps blancs par une société indifféremment vengeresse. J'sais que demain, il y aura urgence de vivre. Je sais que demain, il y aura l'explosion dans le ventre d'la normalité, juste avant que j'me fonde dans Les liaisons dangereuses.
C'était pour ça, mon devoir sur Magritte ?