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Position dans Littérature : 8ème
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Oeuvre :
Mots : 843
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Le reflet du monde mourir sous tes yeux. Il y a eu ces moments où tu n’arrivais plus à vivre, pris d’angoisses, de malaises face à ton existence trop peu réelle. Qu’est-ce que la mort ? sinon qu’un détachement avec cet univers qui te compose, mais que tu cherches à découvrir ? Qu’est-ce que la mort ? sinon qu’un simple élément dans la vie, l’existence de quelqu’un ? Dans ce miroir devant toi, et avec ta conscience altérée, tu ne te vois pas, ne te vois plus. Devant toi, c’est un monde noir, ou blanc, et blanc. Un chaos de l’existence trop ordonnée. Tu es pris de frissons et de spasmes violents, inquiétants et, ainsi, ton corps et ta tête se rapprochent d’un Faust que tu connais trop bien sans pourtant l’avoir jamais rencontré.
Devant toi, toutes les sciences et toutes les physiques du monde te renvoient ton reflet, mais toi, tu ne reconnais plus rien que du vide. Qui es-tu ? sinon qu’un reflet dans le miroir ? Tu comprends que penser suffit pour te savoir être, mais alors, quelle preuve que tu existes pour les autres ? Ton reflet dans le miroir t’humanise, te donne l’arrogance narcissique d’exister. Qui es-tu ? Tu ne le sais plus. Tu croyais autrefois être la seule conscience d’un univers, mais le miroir te perd. Les autres peuvent-ils penser ? Toi, oui, mais eux ? Et comment le savoir ? Alors, non, ils n’existent pas. Tu les as créés dans un élan solipsiste, et voilà qu’ils te hantent. Ces pas qui t’ont mené ici, ne sont-ils pas créés, inventés par toi ? Ces pas seraient ceux d’un autre, comme « je » l’est ?
Enivré dans tes rêves trop doux, tu avais oublié, déjà, et peut-être trop volontairement, ce cimetière où sont enterrés les autres comme toi. Le monde. Peut-être te sens-tu maintenant coupable de ces meurtres égoïstes, mais ne crois-tu pas, après tout, que rien n’existe d’autre que toi ?
Et soudainement, alors qu’il était disparu depuis que tu avais créé ces autres vies, ton reflet te revient, absolu et véritable. Et il te regarde. Te blâme. Ces gens t’attendaient, tu comprends. Ils t’attendaient, toi. Dans cette usine où tu fabriquais ces âmes artificielles, ces personnages de ta vie. Tu la croyais fermée ; tu l’avais éteinte. Mais elle était restée fonctionnelle, à t’attendre, et te voilà à revenir, trop seul sur ta planète, ton cimetière. Et ton reflet te parle. T’explique. Te dit qui tu es. Que tu es lui. Et donc pas unique. Tout bascule. Dans le noir le plus total, il est là ; clair sans être éclairé. Et il te dit qu’il t’attendait, lui aussi. Qu’il n’a jamais cessé de t’aimer. Que tu es absolu et véritable. Qu’il t’aime.
Tu frissonnes. Tu n’aimes pas ce mot : aimer. Aimer quoi ? qui ? Quelques chimères qui t’ont transformé en chimère ? Mais c’est différent. Lui, devant toi, dans la glace : c’est toi, un autre toi, ton autre toi. Tu n’es plus unique, ni sûr de rien. Tu ne sais plus. Ne comprends plus. Rien. Et il te dit que si tu dors, l’univers n’est que toi. Et qu’en dormant, tu fuies ta réalité aride, trop vidée d’imagination.
Il s’approche, lentement, de toi et t’embrasse sensuellement sur tes lèvres pulpeuses. Étonné, tu apprends à t’aimer au travers de cet échange homosexuel ; à aimer ton corps d’homme, tes lèvres masculines et la présence si excitante de ton sexe.
Et tout disparaît. Il n’y a plus de miroir, plus de foule, plus de manufacture, plus de vie, plus de certitude. Mais tu es toujours là, toi. Penses-tu ?
… Cette rencontre te laisse perplexe. Tu flottes pourtant. Tu poursuis ta route, en oubliant le cimetière. Ces vers d’Alice de Lewis Carroll te reviennent : « Sur l’eau calme voguant sans trêve… / Dans l’éclat du jour qui s’achève… / Qu’est notre vie, sinon un rêve? »