Enceinte

Type : Littérature | Ajout le : 13/11/2007
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Oeuvre :
Mots : 465
« - Je suis enceinte.
-Quoi ?!
-Oui, enceinte.
-…
-De toi.
-T’es sure ?
-Oui.
-…
-…
-Et tu vas faire quoi ?
-Attendre.
-Attendre ?
-Que ça me regarde de l’intérieur, et que ça haïsse le liquide. Que ça me calcifie l’âme. Que ça se minéralise au fond de mon ventre et que ça me tienne chaud, jusqu’à ce que le sommeil m’accouche.
-Tu te fous de ma gueule ?
-Non. J’ai froid, on se console comme on peut.
-…
-…
-T’es vraiment enceinte ?
-Oui.
-De combien ?
-Une heure.
-Je pige rien.
-Tu n’es que le père, c’est normal.
-Évidemment. Et comment tu l’expliques ? Ca fait six mois que je ne t’ai pas touchée.
-Six mois que tu t’es cassé, oui.
-…
-…
-Et … et donc ? Tu ne vois pas l’incohérence, là ?
-Elle n’existe plus. Assassinée il y a une heure. Tu sais, l’absence féconde très bien les envies de meurtre.
-T’es sure que ça va ?
-Pas trop. J’ai un peu envie de vomir, et j’ai froid. Mais c’est pas grave parce que notre enfant sera magnifique.
-Non, ça va vraiment pas, toi. Ne bouge pas, je passe chez toi.
-Si tu veux. Mais fais vite alors. Je crois bien que je perds les eaux »

J’ai couru, survolé le bitume pour me précipiter dans l’urgence. Le goût de sa folie persistait dans ma bouche, devenait pâteux dans les émanations des pots d’échappement et de ma sueur. Je deviendrai fou, moi aussi, à compter le nombre de pas que je dois encore avaler avant d’arriver chez elle.

« Pourvu que » : voilà à quoi se résumait mon impuissance.

La porte était entrouverte.
Elle était dans le salon presque vide, affalée sur une chaise dans la lumière crue. Elle n’avait pas remplacé les meubles que j’avais repris.
Ses cheveux tombaient sur son visage, sa tête vers le sol, et ses mains pendaient, petites, délicates, abandonnées. Tout en elle criait la chute.
Je la saisis par les poignets en m‘agenouillant pour trouver ses yeux.
Mes mains deviennent poisseuses et rouges.
Elle relève la tête, dessine un pauvre sourire sur ses lèvres presque bleues et soupire doucement :
« -Tu vois bien que je suis enceinte … enceinte d’un enfant rouge comme ma folie et vorace comme ton absence, tellement vorace que je l’ai laissé me manger… »
Commentaires
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Libellule Rouge
27/11/07 à 15:15
Ouf, intense! Je ne sais pas trop quoi en penser. C'est vraiment troublant comme qui dirait. La fin est choc, un vrai coup de poing qui garde tout de meme sa poésie.
Superbe dans la folie.

Fëartanel
18/11/07 à 23:38
Wow.
Ce texte est troublant.
C'est une belle performance car on sent vraiment le malaise de la folie et en une trentaine de lignes on parcourt une gamme d'émotions assez intenses.

Franchement, chapeau. :)