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Mots : 1166
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La beauté de la nature, l'innocence et la joie, si paradoxaux en cet endroit. Cet endroit froid, triste, morne. Où jour après jour, mes souvenirs s'envolent. Cette dalle grise et pour moi immonde. Cette dale au milieu de tant d'autres. Ta tombe au milieu d'un cimetière.
Tu es partie depuis si longtemps, ma chérie, et depuis, je ne vis plus. J'ai toujours en tête cet instant où je tenais ta main en me réveillant. Ce n'était qu'un très court sommeil, mais à mon réveil, j'ai réalisé que tu étais partie.
Ton visage était si beau, si doux, serein. Et moi, je n'en revenais pas de ma connerie. J'aurais voulu te dire au revoir, te faire mes adieux tant qu'on était encore tous les deux.
J'écrase rageusement cette stupide fleur qui trône près de ton nom. Pourquoi es-tu partie ? Pourquoi sans moi ? Une fois de plus des larmes traversent mes joues pour mieux me faire sentir le sel du désespoir. Des gouttes tombent du ciel, comme pour me témoigner la tristesse des anges face à cette histoire. Et ta tombe se retrouve trempée de toutes ces larmes qui s'échouent pour toi.
Parfois je pense à cette horreur qu'on a fait de ton corps. Ce corps divin et mystique qu'on laisse pourrir sous terre.
Et t'imaginer enfermée dans cette boîte alors que étais claustrophobe me fait tellement souffrir...
Pourquoi donc cette connerie de tumeur ? Toi qui étais si gentille, si positive, si juste. Je ne te l'ai jamais dit assez souvent, mais je t'aime. C'est à présent que j'en prends conscience. Ce vide qu'il y a en moi depuis ton départ. Je ne suis plus moi sans toi. Je suis juste un fantôme, un errant. Je n'ai plus de buts ou d'espoirs. Seulement celui de te revoir. De te retrouver. Mais rien n'est sûr, et je suis peureux. Oui, chérie, j'ai peur de la mort. C'est drôle, hein ?
Il ne me reste que cette dalle pour être avec toi. Il ne me reste que cet endroit qui me sert de maison, en quelque sorte. Je suis pitoyable, n'est-ce pas ? Si tu savais combien je veux te retrouver, partir d'ici. Pour moi, l'enfer est sur Terre.
Je sais, je vis dans le passé, alors que je devrais avancer. Je n'y peux rien, ton souvenir me tue autant qu'il me fait vivre. C'est ton souffle qui me garde en vie, tes regards qui me font fondre, tes sourires qui me rendent heureux, tes murmures qui me font frissoner.
Oui, ce ne sont que des souvenirs. Oui, tu es morte.
La Mort. Ce n'est q'un mot en fin de compte. Un mot effrayant, car incompris. Nous avons tous une vision, une sensation quand on dit "culpabilité", "honte", "inquiètude" [...], mais "Mort" ? Nous en sommes seulement témoins. Des témoins inquiets de leur impuissance.
Que puis-je y faire, moi, si tu es morte ? Ce n'était pas ma faute. Mais qu'es-tu devenue ? Est-ce possible que tu ne sois plus rien ? Vraiment disparue ? Complètement vide...
Es-tu autre part ? Avec quelqu'un d'autre ? Es-tu heureuse ?
Pourquoi cette dalle idiote où trône ton nom me perturbe autant ?! Je pourrais tourner la page et tenter de vivre...
Mais non.
Je ne peux pas. Ou bien... je ne veux pas. Je ne sais pas. Je t'aime trop pour savoir.
J'ai 29 ans, et je me pos encore les mêmes questions qu'un collégien... Nous sommes tous des collégiens. Nous apprenons sans pour autant comprendre. Nous sommes juste incroyablement naïfs. Et fiers en plus.
Quel monde invivable...
Pourquoi suis-je lâche ? Je pourrais te rejoindre. Ce serait si doux...
Te retrouver et te serrer dans mes bras, éternellement. Mais non. La peur me tord le corps et l'esprit. Je suis trop peu sûr de moi pour me permettre un tel sacrifice.
Quelque chose me rattache donc à la vie ? Il faut le croire.
Peut-être ai-je peur de ne pas te retrouver. Quelle excuse minable. Je suis minable.
Franchement, qu'as-tu fais près de moi ? Je ne te méritais pas...
Je suis pire qu'un gosse. Bien pire. Moi je n'ai pas droit à la naïveté. Je suis censé être habitué à la cruauté de ce monde, à la pitié, à la lâcheté...
Parfois, je me demande si ma tristesse ne devient pas paranoïa. Ce deuil devient presque de la jalousie. Je m'effraie de cette jalousie insensée.
Qu'aurais-tu fait à ma place ? Je me pose la question : et si j'étais mort ? Te poserais-tu les mêmes questions ? T'accrocherais-tu à tes souvenirs comme je le fais ?
Non... toi tu irais de l'avant, tu serais courageuse, tu continuerais à vivre au jour le jour et à profiter de tes instants ici-bas.
Tu ne te morfondrais pas sur ton sort comme je le fais à l'instant.
Oh non, les larmes me reviennent aux yeux...
J'en ai assez de pleurer ainsi à chaque fois que je viens te voir.
J'en ai assez d'être devenu ce que je suis aujourd'hui.
J'en ai assez de ne vivre qu'avec une morte dans l'esprit.
Comment ai-je pu devenir ainsi ? Tu y crois, toi ? Tu crois en une telle transformation ?
J'ai honte de moi, si tu savais, ma chérie...
Je veux mourir et je ne suis même pas capable de le faire. Je tremble rien qu'à cette idée... à moins que ce ne soit le vent qui me souffle ton prénom ? Non...
Que ferais-tu à ma place ? Resterais-tu des heures devant une tombe ?
Je n'ai vraiment rien d'autre que toi dans ma vie, et c'est désolant...