Brumes

Type : Littérature | Ajout le : 03/04/2006
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Chapitre 1

“ Nous arrivons dans l'espace aérien de Gaïa. Nous vous remercions de bien vouloir attacher vos ceintures jusqu'à la fin de la procédure d'atterrissage. ” Annonça la voix sans intonation des enceintes de l'appareil. Une chaleur étouffante émanait des parois de la cabine, malgré la froideur de la nuit qui paraissait au travers des hublots. Tout dans l'habitacle des passagers avait été aménagé dans un souci évident de confort, des dorures le long des accoudoirs aux parois de la cabine en velours pourpres et aux couleurs chatoyantes. Le sifflement des moteurs à l'extérieur se faisait entendre depuis le départ et semblait être une constante présence rassurante pour les passagers. L'avion entama une courbe par son aile gauche, l'appareil s'enfonça lentement dans les abîmes de la nuit.

Rachel, qui n'avait pu trouver le sommeil durant tout le vol, ouvrit enfin ses yeux grossis et rougis de fatigue. Les autres passagers autour d'elle attendaient en lisant un journal ou en discutant avec leur voisin que l'appareil ne s'aligne avec la piste d'atterrissage. Alors l'adolescente se redressa sur son siège, épousant la forme du dossier très confortable et appuya sa joue froide sur l'épais hublot qui la séparait du froid et des ombres. L'avion s'était grandement détaché de la voûte étoilée et évoluait dorénavant dans un épais brouillard dont seuls les instruments de navigation de l'engin pouvaient venir à bout. Absorbée par toutes ces fibres de brume qui défilaient à une vitesse incroyable, ce réseau blanc et opaque infiniment complexe d'images et de songes qui se perdaient dans la nuit, Rachel se laissa tomber encore un peu plus dans cette profonde nuit que les premières lueurs de l'aube ne parvenaient pas encore à dissiper.

Seuls les feux de navigation à chaque extrémité de l'appareil creusaient un sillon dans la mer de brume et alors que Rachel pensa pouvoir palper ce fluide si mystique qui se répandait dans le firmament, l'avion passa sous le plafond et la strate de brouillard ouvrant soudainement ses entrailles à la nuit fit place à une immense étendue noire et sans dimension, une véritable mer d'huile s'étendait à présent à quelques centaines de mètres sous l'oiseau d'acier semblant ridiculement petit au milieu de cet océan ténébreux. Enfin, à plusieurs milles devant l'appareil, la côté apparut. Au milieu de la nuit, elle ne se détachait pas vraiment de la mer, sinon lorsque les pics de la chaîne de montagne qui la délimitait se fondait dans l'épaisse brume. Un véritable mur de montagnes se dressait à la frontière de l'océan et dans ce milieu semblant si sauvage, si ardu à substituer à la nature toute puissante, les premiers signes d'une présence humaine parurent au pied du massif, à la jonction de deux éléments.

Le puissant avion ne tarda pas à passer au-dessus de la ville portuaire de Junon, mais au travers de la nuit, la grande vile portuaire ne s‘avait être qu‘une galaxie imprécise, un vague amas d‘étoiles se reflétant sur l‘océan. La petite ville disparut derrière une crête car l'appareil entrait dans l'espace aérien de la ville dont Junon n'était qu'une périphérie. L'avion semblait raser dangereusement le col des barres rocheuses lorsque Rachel aperçut par le hublot le gigantesque champ d'éoliennes. Exposés au puissant vent de la côte, les générateurs au sommet des titanesques mats blancs produisaient de l'énergie en quantités intarissables, non par le nombre incroyable de tours que paraissaient réaliser les pales brassant infatigablement la nuit dans un mouvement uniforme et infini, mais par le nombre réellement incalculable de ces éoliennes formant une parfaite barrière en encerclant la presqu'île montagneuse. Il y en avait peut-être des centaines, des milliers, réparties en groupes de quinze sur tout le flanc sud de la ceinture accidentée.

L'aéronef franchit la dernière crête et enfin, Gaïa se révéla. Aucun brouillard en cette froide nuit ne s'était installé au cœur de la vaste cuvette dessinée par le massif et la grande cité rayonnait de milles feux dans ce royaume des ténèbres. La ville s'ouvrait sur le sud par une muraille digne des plus grands empereurs de tous les temps ; celle-ci s'élevait à une cinquantaine de mètres de hauteur et fermaient en fait la cuvette naturellement ouverte sur la mer. Mais l'imposant mur dont la couleur le confondait à la falaise était interrompu en son milieu par un pic rocheux taillé par les assauts passés de l'océan. Une double ouverture se trouvait au pied du talus de béton, de part et d'autre du piton et permettait à une grande voie routière de rallier Junon à Gaïa.

L'avion avança encore un peu plus dans le ciel étoilé de la cité et Rachel put bientôt voir apparaître la grande place Adora, décrivant un parfait demi-cercle à partir de la muraille coupant les assauts éoliens. Sur la plus grande esplanade imaginée par un humain ne se trouvait aucune voiture, aucun axe de circulation, aucun marché, et même aucun édifice, sinon celui de la nature. Car il s'agissait d'un gigantesque parc en l'hommage de la nature qui avait prodigué aux hommes ce formidable lieu de convergence et d'harmonie de tous les éléments. Les arbres s'y épanouissaient en paix, l'herbe y était grasse et verte à longueur d'année, des fontaines jaillissait une eau limpide et fraîche, les allées pavées s'inspirait de la promenade des sens et dans ce labyrinthe, les hommes pouvaient trouver leur chemin en paix. Cette forêt artificielle était délicatement éclairée par la lueur intarissable de la Tour, il s'agissait d'un donjon fait de pierres et de verres, son architecture semblait s'inspirer des gravures représentant la tour de Babel, mais à son sommet avait été érigée une gigantesque sphère remplie d'un fluide fluorescent, inondant ainsi la cité toute entière d'une douce lueur protectrice nuancée de vert et de bleu la nuit, et cette seule source de lumière permettait l'économie de réverbères à sodium ou électriques dans les artères de la ville.

Au-delà du rempart qui dessinait la base de la Tour et le jardin Adora se trouvaient les quartiers administratifs où les hommes travaillaient pour le bien-être de leur co-citoyens. De grandes et massives bâtisses jaune pâle s'organisaient autour de grandes avenues sans pour autant former des rues droites et longues favorables à la circulation de courants d'air indésirables. Orientée vers le Nord, au pied de la Tour trônait fièrement l'université Ceres, ce vaste et prestigieux complexe scolaire accueillait les nouvelles générations d'étudiants de leur plus jeune âge jusqu'au diplôme qui dessinerait leur vie. Car c'était à cela que Gaïa devait son statut de cité hors du monde et du temps ; la réussite de leurs élèves était leur véritable fer de lance et l'échec s'avérait rarement envisageable dans les murs de ce complexe. A l'extrémité nord de l'université, là où le halo diffusé depuis la Tour se dissipait se trouvait la gare internationale. Une vaste baie vitrée depuis le ciel, un édifice resplendissant et grandiose depuis les rues, ce bâtiment cerclé de colonnes était un des nombreux points de contact entre Gaïa et le reste du monde. Les voyageurs venus d'autres horizons s'avéraient pour la plupart être des étudiants ou des touristes, mais rarement des fonctionnaires ou des gens de classes moyennes venus en quête de travail ou de logement.

Enfin, après ce court survol de la cité, l'avion serra sur la droite et s'aligna à une piste d'atterrissage adjacente à l'aéroport qui se trouvait très en retrait de la ville, construit au pied du flanc est, au milieu de champs déserts et silencieux. Le puissant amas de lumière que soulevait l'aéroport aveugla brièvement Rachel, par le hublot, elle aperçut les parkings où se côtoyaient des appareils venus du monde entier, l'aérogare, véritable dôme de lumière dans la nuit des montagnes, était une pure merveille dans la fusion des couleurs, de la transparence et des structures. En face de l'avion s'étendait désormais la piste délimitée de chaque côté par une rangée de lucioles s'étendant vers l'horizon où elles allaient mourir au pied de la montagne. L'atterrissage fut bref mais palpitant et dix minutes plus tard, après un débarquement où elle s'était retrouvée mêlée à la centaine et demi de passagers qui l'accompagnaient, Rachel se retrouva dans le vaste hall inondé de lumière, de bruit, d'agressives couleurs et de songes vagabonds émanant de ces centaines de personnes qui allaient dans tous les sens jusqu'à démettre de son aise le plus aguerri des hommes.

Avec sa veste verte et ses lourds bagages, Rachel se sentit perdue dans le cœur de tous ces hommes vêtus de noir et ces femmes vêtues de rouge, ils allaient d'un point à un autre sans itinéraire prédéfini, mais la jeune fille fut bien vite rattrapée par son assurance lorsqu'elle vit l'agréable expression qui régnait sur tous les visages, pas deux ne se croisaient sans que l'un ne fasse un signe de tête à l'autre, creusant davantage les pommettes, accroissant le sourire à un tel point que la réciprocité ne pouvait que s'imposer. D'autres encore s'accueillaient bruyamment en se faisant une soudaine accolade, certains, lorsqu'il s'agissait d'un homme et d'une femme se retrouvait en se serrant avec autant d'amour qui n'était imaginable, mais uniquement lorsque l'affinité qui reliait les êtres le permettait. Qu'il s'agit d'humains anonymes qui se voyaient pour la première fois ou d'amis de la première heure, tous croisaient là leur regard non avec joie, chaleur ou bonheur, mais avec un réel sentiment de bien-être placé sous l'aile de la fraternité. Alors, l'assourdissant murmure de cette foule en perpétuel mouvement devenait le doux songe des habitants de Gaïa…

Soudain, dans cette mer écumée de visages anonymes et si familiers, un visage resurgit des mondes oubliés de sa mémoire, une jeune fille qui n'avait que quelques mois de plus que Rachel se détacha de la foule et se jeta dans les bras de l'adolescente encore lestée de ses fardeaux avant même qu'elle n'ait pu se souvenir exactement d'Anna. Anna était la personne à l'origine de ce voyage, une complexe et ancienne relation la liait à Rachel. Après de chaleureuses salutations comme il se devait, les deux jeunes filles prirent le premier tram pour le campus universitaire lycéen, ces étonnants omnibus furtifs, compacts, silencieux et mus grâce à un système de recyclage et de stockage de l'énergie solaire rampant dans toutes les artères de la ville, desservant tous les quartiers, étaient l'un des nombreux exemples de l'ingéniosité dont avaient fait preuve les hommes pour bâtir une ville dans la douce et respectueuse harmonie de la nature. Alors qu'elle entendait Anna parler derrière elle, Rachel s'évadait par la baie vitrée du tram, le regard vacillant vers l'horizon où le soleil pointait enfin derrière les montagnes qui gagnaient toute leur couleur, estompant l'éclat de la Tour, réveillant la cité. La jeune fille s'étonna de l'existence d'un tel monde où les hommes vivaient tout en tirant le plus grand parti de la nature qu'ils considéraient comme leur égal avant leur propre intérêt et leur industrie.

Chapitre 2

Vers le nord, au-delà des montagnes parut le soleil. Il commençait à inonder de son pâle et timide rayonnement la grande cuvette et à réveiller en douceur les humains. Le tram glissait doucement sur ses rails depuis la sorte de l'aéroport, tout en silence, il serpentait dans les avenues de la ville, passant dans les tranchées entre les immeubles de brique jaunâtre, passant sous les ponts, au cour des places le long des trottoirs consciencieusement protégés par de hautes barrières bleues. Le soleil frappa violemment et de façon inattendue sur les grandes vitres lorsque le convoi passa par le grand parc. Les arbres érigés par la sagesse infinie de la nature formaient un étroit tunnel dans lequel glissait agilement le train, négociant avec agilité les grandes courbes et coupant quelques fois une des nombreuses allées pavées du parc.

L'air en ce petit matin semblait rose. Le ciel s'était teinté en un petit quart d'heure d'un bleu clair et vif et la silhouette verte de la cime des feuillus en bonne santé aveuglait. Il se dégageait de cette palette improbable de couleurs une impression de grand froid, mais les oiseaux demeuraient là, sifflant sur les branchages, et effrayés au passage du tram, ils gagnaient soudainement le ciel, battant des ailes parmi les grands marins déployant toute leur envergure au service de leur majesté. Le serpent s'engouffra dans l'ombre d'un tunnel, cherchant son chemin sous le grand mur qui séparait les jardins de l'entrée de la ville. Le train changea plusieurs fois de direction sur de complexes réseaux d'aiguillages, dans les sous-sols, aucun éclairage ne paraissait, si bien que les lampes s'allumèrent au plafond du compartiment, éclairant violemment l'habitacle.

Après quelques bourrasques, le tram sortit du tunnel par une bouche où il croisa le chemin d'un autre convoi. Les rails s'élançaient dorénavant dans les pâles artères de la ville, de parts et d'autres de la voie s'étendaient de vastes trottoirs sur lesquels les foules de gens parties travailler en groupes circulaient en double file. Le ronflement des moteurs se fit moins strident et au rythme des barrières bleues qui défilaient de l'autre côté de la vitre, Rachel devina qu'un arrêt était proche. « On descend là » Déclara Anna en se décollant de son fauteuil. Tout naturellement, elle empoigna l'un des deux sacs de Rachel et alors que le tram donnait un dernier coup de frein à sa lancée, les deux jeunes filles se dirigèrent vers la sortie de leur voiture et attendirent l'ouverture des portes. Enfin, la dépressurisation se fit entendre et l'extérieur s'ouvrit en grand.

Rachel fut la première à fouler la rue pavée, suivie de très près par Anna. La nuit qu'elle avait passée dans le ciel l'avait éreintée, les étoiles coruscant et le brouillard dont s'était vêtu l'océan lui avait laisser craindre un grand froid pour cette journée, et pourtant, une écrasante chaleur fondait dans les allées de la cité et le soleil de plomb cognait de toutes ses forces, le ciel azur était pur, la luminosité aveuglante et le bruit semblait avoir du mal à se disperser dans cette véritable canicule. Avec un large et charmant sourire, Anna invita Rachel à la suivre. Alors que le tram regagnait sa course vers la gare ferroviaire internationale, les deux jeunes filles gagnèrent la ville.

Rachel avait fêté ses seize ans neuf mois auparavant. Elle ne savait plus très bien pourquoi elle était arrivée à Gaïa, elle ne semblait en fait ne pas avoir une vie méditée et placée sur des rails comme le tramway, comme si le simple fait de se coucher en vie et d‘être venue à but d‘un jour constituait pour elle une glorieuse victoire. Obscure mais pas ténébreuse, timide mais pas réservée, elle demeurait une fille simple et pourtant si complexe. Son visage ovale reflétait une sorte d'anxiété permanente, constamment illuminé de ses yeux brillant d'un bleu spécial, comme si un voile de larme s'était érigé derrière ses paupières. Elle ne semblait ni pâle ni rubiconde, un teint de peau très ordinaire lui colorait le visage parsemé de quelques irrégulières mais invisibles boursouflures, cicatrices d'une acné d'adolescence qui se mourait d'ailleurs en son être. Ses oreilles ne paraissaient jamais derrière son épaisse masse de cheveux châtain clair s'arrêtant sur ses épaules. Un corps frêle vêtu de quelque vêtement rose et noir, une veste verte sombre formaient sa seule silhouette. Elle portait un gros sac de voyage en cuir marron. Son bras était animé d'étranges tremblements à peine perceptibles.

Devant elle, Anna lui montrait le chemin. Les deux filles avaient fait leurs études de collèges ensemble dans un pays et dans une époque lointains. Ce jour joyeusement ensoleillé et terriblement suffoquant avait depuis longtemps été envisagé et planifié par les deux adolescentes animées par l'espoir de leurs retrouvailles. Anna avait déjà franchi ses dix-sept ans, de petite taille, cette fille pleine de malice et vive d'esprit semblait inséparable de son sourire qui creusait de profonds sillons au creux de son visage très arrondi, plissant davantage ses grands yeux verts en amande. De longs cheveux noirs légèrement ondulés tombaient sur sa nuque et lui caressait lentement le dos du bout des fourches. Rachel, dont Anna portait le second bagage et celle-ci ne cessèrent de se fixer, ne parvenant pas à croire que le jour de leur réunion était enfin arrivé, mais aucune ne parvint à engager une conversation, peut-être y avait-il trop à dire ou tout simplement rien, tant elles avaient pu communiquer par Internet ou par courrier.

Une sorte de contrat d'indépendance était signé par les étudiants lors de leur intégration au lycée de l'université de Gaïa. Cela signifiait que les élèves se voyaient séparés de leur famille à l'entrée de cette école pour se consacrer pleinement à des études pleines de réussite et à l'élaboration d'une nouvelle génération unie dans l'amitié et le respect. De telles valeurs auraient très bien pu être inculquées dans le cadre familial, mais l'école dès le lycée s'était avéré être un milieu adéquat au développement d'un tel idéal. Ainsi, les lycéens d'une génération livrés à eux-mêmes se voyaient divisés en groupes de cinq personnes à qui était attribué un appartement de la cité universitaire. L'éducation de la vie se prolongeait donc dans cet espace de vie tenu par des adolescents en phase de devenir adultes. Anna appartenait à l'un de ces groupes depuis son entrée en première année de lycée et avait grandi avec à ses côtés une fille et trois garçons dont l‘un avait décroché son diplôme, justifiant son départ de la communauté pour un premier emploi dans la société. Ainsi Rachel allait pouvoir prendre sa place aux côtés de Anna et de ses amis, pour apprendre la vie selon Gaïa.

Cette perspective la réjouissait, surtout lorsqu'elle voyait le bonheur qui émanait de son amie lorsque celle-ci lui parlait de son appartement et de l'enchantement qu'éprouveraient les autres jeunes colocataires lorsqu'ils feraient sa connaissance. Car à force de se poser toutes ces questions et de penser, Rachel ne s'était pas aperçue que Anna lui parlait depuis plusieurs rues. Le boulevard qu'elles franchirent les amenèrent au pied d'un immense portique en pierres jaunâtres derrière lequel Rachel put distinguer de grands et magnifiques bâtiments dans cette gamme couleur, éclatante sous la voûte azure du ciel. « Voici le complexe universitaire…suis-moi, nous sommes bientôt arrivées aux habitations. » Déclara la belle brune en invitant son amie à la suivre. Les deux jeunes filles se remirent en marche le long de l'allée qui étaient toutes exclusivement piétonnes et extrêmement noueuses depuis leur descente du tramway. Et en effet, deux rues plus loin, elles trouvèrent l'ouverture d'une enceinte qui semblait libre d'accès car elles franchirent le seuil de la porte sans aucun problème et après avoir traversé un agréable parc de verdures où des gens de leur âge prenaient paisiblement du bon temps, Anna se rendit au pied d'une barre percée d'une multitude de fenêtres et composa une série de chiffres sur une console. La porte vitrée s'ouvrit sur un hall et après avoir poussé la porte, la jeune étudiante invita Rachel, la nouvelle venue, à entrer la première avec un sourire radieux.

Cet espace commun semblait richement décoré et profondément éclairé. Des escaliers partaient de tous côtés vers les étages supérieurs et sur des bancs se trouvaient les jeunes habitants de l'immeuble, tous semblant être des étudiants entre quatorze et dix-huit ans. Il sembla à Rachel qu'à ce moment-là, tous les regards se posèrent sur elle, mais Anna fit d'elle la nouvelle-venue de la résidence, la curiosité et l'anxiété devinrent alors chaleur et familiarité. Les deux adolescentes montèrent l'un des escaliers et plutôt que d'écouter parler son amie, Rachel posa ses yeux doux sur sa frêle mai qui glissait sur la rampe.

« -Ca y est, tu y es enfin arrivée. Fit Elle. Rachel se retourna brusquement, mais elle ne vit que Anna gravissant les marches, ce n'était pas elle qui venait de parler…
-Oui, c'est magnifique…répondit-elle alors.
-Ils sont accueillants, hein ?
-Oui, ils ont tous l'air si gentils et adorables…
-Vas-t-en, tu vas leur faire du mal !
-Non, je… »

« Avec qui tu parlais ? » Demanda soudainement Anna en interrompant sa marche. Rachel ne sut que répondre, comme si elle venait de se réveiller soudainement, elle semblait aussi surprise que son amie. Alors elle secoua lentement la tête en agitant tous ses cheveux et rassura Anna en lui posant une amicale main sur l'épaule, un large sourire éclairait ses lèvres. Les deux adolescentes arrivèrent en rigolant à l'entrée de leur appartement.


Chapitre 3

L'appartement semblait être un petit lieu de vie, la porte d'entrée menait à un couloir étroit aux teintes très rouges tamisées par le faible éclairage. Les amis de Anna avaient préparé une petite fête durant son absence. Rachel se retrouva donc en face de ceux qui allaient devenir ses voisins de vie. Anna lui présenta en premier la troisième fille de la colocation ; elle s'appelait Morgane, c'était une grande fille en seconde année de lycée, de longs cheveux roux tombaient en d'innombrables vagues de son visage au sourire rayonnant et aux yeux verts très brillant. Le haut de son font se cachait derrière un bandana vert et rouge qui dégageait ses oreilles où se trouvaient de nombreux pendentifs qui jouaient une sorte de musique au moindre mouvement de la tête. Comme ses mains étaient occupées à porter des verres entre chaque doigts, Morgane accueillit les deux jeunes filles en leur faisant la bise. Rachel ne fit pas trop attention aux mots gentils que lui glissa l'étudiante affairée à remplir ses verres de jus d'orange.

Cependant, lorsque les deux garçons du foyer parurent, Rachel sembla s'éveiller discrètement. Anna qui lui avait posé la main sur l'épaule lui présenta avec un ample mouvement du bras le jeune homme vêtu de noir, au visage fatigué mais aux beaux yeux bruns et à la chevelure châtaigne aux reflets roux en bataille, son nom était Stéphane et il fut enchanté de faire la connaissance de la nouvelle venue. A côté de lui se trouvait le deuxième homme de l'appartement, il semblait bien plus fort et il se dégageait de sa personne aux épaules très carrées un certain charisme, son visage aux yeux bleus et aux cheveux intensément blonds laissait présager en lui quelque assurance mais beaucoup de qualités. A peine Anna l'eut-elle présenté à Rachel que cette dernière voyait sa main secouée par celle du beau jeune homme nommé Irvin.

« On te présentera les autres personnes de l'immeuble plus tard, assura Morgane en montrant d'un vague geste de la main les quelques autres personnes qui s'était retrouvées face à Rachel dans le couloir. Tu prendras du jus d'orange ou de mandarine ? » Conclut-elle en présentant à la nouvelle locataire deux vers à pied remplis d'un liquide orange. Rachel releva les yeux vers le regard pétillant de la jeune fille qui déploya un très beau sourire. « Jus de mandarine. » Affirma Rachel en souriant timidement pour se joindre à l'allégresse qui régnait. Elle prit alors le vers que lui tendait Morgane et une vague de joie magique s'empara de toutes les personne qui se mirent à applaudir en cœur. Anna embrassa Rachel dont la joie se confondait à celle des autres et l'invita à s'asseoir la première à la grande table dressée dans le salon qui se trouvait juste à côté. La salle semblait très grande comparée à l'étroit couloir où elle avait été accueillie. Une modeste commode ornée d'une télévision recouvrait le mur du fond, un canapé s'appuyait sur un autre mur et celui qui faisait face à l'adolescente était un grand accès vitré au balcon, il se trouvait d'ailleurs grand ouvert pour permettre à l'air étouffant et à la lumière de circuler dans l'appartement.

Sur la table se trouvaient toutes sortes de pâtisseries, des verres, des boissons et quelques plats préparés avec amour. Ces gens-là semblaient prompts à faire la fête et peu habitués à voir des visages nouveaux. « Ne t'inquiète pas pour tes bagages, je les ai déposés à l'entrée de la chambre, on les mettra en place plus tard » Assura Anna dont le regard rassura son amie assaillie de tant de nouveautés et d'un enthousiasme qu'elle semblait avoir très peur de décevoir. Lorsque toute la communauté des amis fut assise, Irvin se décolla de sa chaise et leva son verre pour souhaiter la bienvenue à la nouvelle vie qui s'offrait à Rachel. « C'est maintenant à nous qu'il appartient de veiller sur Rachel. » Conclut-il fièrement. Une nouvelle fois, la jeune fille parut extrêmement gênée par tous ces honneurs et cette attention, mais la seule présence de Anna juste à coté d'elle suffit à la rassurer et elle mêla son sourie et ses applaudissements aux réjouissances.

La joyeuse réception prit fin vers treize heures lorsque Rachel ne parvint plus à distinguer sa droite de sa gauche tant la fatigue envahissait son âme. Morgane qui s'était levée n'eut pas à pousser les invités vers la sortie, ils s'en étaient allés d'eux-mêmes en voyant que la fête perdait ses aises. Le silence régna alors pendant cinq minutes dans l'appartement jusqu'à ce que les cinq jeunes locataires fussent les derniers. Morgane commença déjà à ramasser les couverts et invita pleine de gêne Rachel à rester assise lorsque celle-ci avait commencé à empiler deux assiettes pour l‘aider. Stéphane aida alors la grande rousse à mettre de l'ordre sur la table et accompagnée de Anna, Rachel regagna l'étroit couloir. « Où…Où as-tu posé mes sacs ? » Demanda-t-elle timidement en constatant le vide dans le coin du couloir où étaient sensés reposer ses bagages. « C'est moi qui les ai ! » Répondit alors une voix à l'autre bout du corridor. Les deux jeunes filles se digèrent alors vers la chambre des filles d‘où elle semblait émaner. Dans le dortoir des filles, elles trouvèrent Irvin chargeant les deux épais sacs de voyage sur un lit immaculé de blanc. « Peut-être que tu veux ranger tes affaires toi-même ? » Hasarda le beau jeune homme avec un regard en coin.

« Ouais, ça ira, merci… » Assura Rachel en esquissant un sourire des coins des lèvres et en se massant les tempes. Quelques secondes plus tard, Irvin s'en alla et la jeune fille se retrouva assise sur un coin de ce qui semblait être son lit. Il se trouvait dans un coin de la petite pièce tapissée de bleu sombre, entre le mur vitré qui donnait sur un petit bois dans le parc et une grande armoire toute ouverte par Irvin où étaient rangées les affaires des deux autres filles dont les lits occupaient chacun un mur de la chambre, mais la petitesse de cette dernière faisait toute sa convivialité.

« -C'est là que tu dormiras, on dirait…On a un peu aménagé tout ça hier. Tu pourras regarder le bois pendant la nuit comme ça…Fit Anna pour vaincre le silence qui planait dans la petite pièce.
-Merci, c'est gentil…Peut-être trop…Depuis que je suis arrivé, tout se passe pour le mieux, j'ai été accueillie comme un messie, et cette ambiance de compte de fées, cette adolescence parfaite presque partout…Qu'est-ce que ça veut dire ? Vous avez quelque chose à vous reprocher ou quoi ?
-Non…Commença Anna en riant. Tu sais, par ici beaucoup de choses n'ont pas les mêmes valeurs que là-bas…
-Je suis ici dans l'urgence je crois…Je suis sûre que tu prendras le temps de m'expliquer les mœurs de cette Gaïa…
-Oui…Mais pour commencer, ne sois pas surprise si un gars te demande si tu lui plais au lycée...
-Je ne suis pas ici pour avoir des conversations et des relations de ce niveau…Conclut Rachel en souriant. Allez, vas aider les autres à ranger, je vais m'installer. »

Un silence, un calme de mort régnait dans l'appartement. Rachel venait de s'éveiller, elle se trouvait étendue de tout son long sur le lit. Une étrange lumière bleutée l'enveloppait, une embrasure dans le firmament qui passait au travers de la fenêtre, c'était la lune à son zénith. Haute dans la voûte étoilée, elle diffusait dans la chambre et dans le parc une lumière intense et froide. Les lits de Morgane et Anna semblaient vides, alors lorsque Rachel entendit du bruit dans le salon, elle décida de se lever. Son lit ne craqua pas, en traversant la petite pièce, elle constata que ses affaires avaient été soigneusement rangées dans l'armoire. Elle franchit la porte, en passant devant la porte des garçons, elle vit que ceux-ci étaient absents aussi. Elle se trouvait alors plongée dans l'obscurité nacrée et poussiéreuse du couloir. Le silence demeurait au milieu de la nuit, seules les palpitations de son cœur frappant sa poitrine de plus en plus fort résonnaient et cet étrange murmure dans la salle de vie l'oppressait.

Aucune lumière n'émanait du salon, sinon celle de la lune. Rachel s'y exposa bientôt et se retrouva à l'entrée de la pièce. L'air était bien aussi froid que la lumière, les fenêtres grandes ouvertes créaient des courants d'air qui faisaient battre les rideaux blancs comme les lambeaux d‘un fantôme et frissonner la jeune fille. Rachel comprit que le bruit qui l'avait réveillée venait de là, alors elle se hâta de refermer les grandes fenêtres et de remettre les rideaux en place. Alors qu'elle refermait sa veste en tremblant au cœur de la nuit, elle se demanda enfin où pouvaient être partis ses amis sans le lui en aviser. Mais à l'instant où elle se retourna, elle fut arrêtée par une peur bleue, une terreur si intense que sa gorge se contracta à toute vitesse, l'empêchant de réagir. Sur une chaise autour de la grande table était assis quelqu'un. Une jeune fille à peu près comme elle, mais vêtue d'une grande robe de coton blanc et de longs cheveux noirs pendaient de son visage angélique. L'obscurité de la pièce rendait sa silhouette trouble et elle paraissait transparente. Dans les ombres, la fille regardait Rachel sans aucune expression, un courant d'air venu de nul part balaya ses cheveux et sa grande robe, mais elle demeurait assise, portant son regard de sainte sur l'adolescente, la tête légèrement penchée sur l'épaule…

« Vas-t-en… » Murmura Rachel entre ses dents pour tenter d'effacer l'indescriptible terreur qui s'emparait d'elle.

Chapitre 4

Le fantôme était toujours là, devant Rachel. Celle-ci paniqua lorsqu'elle réalisa qu'elle était libre de ses mouvements, elle pouvait regarder partout autour d'elle, mais elle ne voyait que l'obscurité, dans le ciel, la lune qui l'avait piégée et devant elle le terrifiant spectre, ce n'était pas un cauchemar. Son regard chercha furtivement quelque chose de rassurant et enseveli dans les ténèbres et qui pourrait lui offrir une sortie de cet enfer, mais dans toutes les directions que pouvaient regarder ses yeux, le fantôme se trouvait toujours là.

« -Reste un peu. Fit la fille à la robe blanche, toujours assise sur la chaise.
-Non ! Toi ! Vas-t-en ! Murmura Rachel entre ses dents, comme si elle craignait d'être entendue.
-Allons, pourquoi n'écouterais-tu pas ce que j'ai à dire ? Interrogea le spectre en croisant les jambes mais avec une troublante aise.
-Tu n'existes pas ! Poussa Rachel avec souffrance en se pliant, ses mains tentant d'écraser sa tête. Pourquoi tu es toujours là ?! Pleurnicha-t-elle en fondant littéralement.
-Ne sois pas idiote ! S'exclama la fille en se levant enfin. Elle fit quelques pas gracieux et se retrouva en face de l'adolescente à genoux qui secouait vigoureusement la tête en pleurant à moitié, comme prise d‘une soudaine folie.
-Non, laisse-moi pour une fois !
-Ca serait donc à moi de partir ?! Regarde-toi plutôt ! Te rends-tu au moins compte du danger que tu représentes pour eux ?!
-C'est toi le danger !
-Moi ! S'exclama le fantôme, outré en relevant le visage de Rachel du bout des doigts. Peux-tu t'imaginer une seconde ce que tu serais devenue sans moi ?!
-Je serais exactement la même ! Tu n'es rien et ça fait longtemps que je ne t'écoute plus !
-Ma pauvre petite…Si tu savais la peine que j'ai…Pour tes amis…Ils ont l'air si gentils, je suis sûre qu'ils t'aiment de tout leur cœur…
-Oui, eux au moins je les crois.
-Alors pars ! Vas-t-en, retourne chez toi ! Disparais et ne pense plus à eux ! Tu te connais mieux que moi et tu sais le mal que tu vas leur faire…
-Pourquoi je leur ferais du mal ?! Il n'y a plus que sur eux que je puisse compter maintenant…
-Tu es si fourbe, si mesquine, Rachel…Et tu vois ; tu ne te rends même pas compte de ce qui les attend…Ils ne te le pardonneront jamais…
-Mais de quoi tu parles ?! Tu es affreuse, c'est toi qui leur fera du mal ! Et je les protégerai !
-Non Rachel…Crois-moi…Gémit le fantôme en pleurant soudainement. Pars, je t'en supplie, tu vas leur faire si mal… »

Un nouveau souffle balaya la pièce et dans ses énigmatiques sanglots, la jeune fille aux cheveux d'or et sa silhouette blanche s'évanouirent dans les ténèbres…Rachel se retrouva toute seule au milieu de la pièce, de ses yeux horrifiés elle regardait la chaise sur laquelle Elle était apparue. A chaque inspiration, sa poitrine se gonflait à son maximum et peinait à se décontracter. Elle se retrouvait là, face à elle-même et aux propos du spectre, le silence faisait maintenant absolu et les faibles palpitations du sang dans ses tempes faisait étrangement vibrer cette mystérieuse nuit. Soudain, une main se posa vivement sur son épaule, Rachel se retourna alors par réflexe en sursautant et à sa grande surprise ; la nuit s'en était allée, les couleurs vives et denses du jour étaient revenues et le gazouillis des oiseaux du parc au pied de l'immeuble teintait l'air.

Elle semblait se trouver dans la chambre, couchée encore toute habillée sur son lit, au petit matin et Anna était venue la réveiller. Rachel eut du mal à recouvrer ses esprits et à raccrocher la réalité, mais la présence de son amie après une nuit si étrange ne fut que pour la réconforter, les propos du spectre ne subsistaient déjà plus dans son esprit, elle ne voyait que la vague silhouette d‘un visage qu‘elle connaissait. Lorsque Anna lui parla, Rachel n'entendit pas précisément ce qu'elle lui disait, mais elle comprit qu'il fallait se changer et qu'elle était attendue dans le salon.

Lorsque la jeune fille y arriva dans avec davantage de vitalité et de conscience que la veille, les colocataires prenaient le petit déjeuner tous ensembles, elle interrompit d'ailleurs la conversation car tous lui firent un chaleureux signe de tête et Morgane tira une chaise entre elle-même et Irvin pour la dernière à s‘être levée.

« -Anna, fit ce dernier, j'espère que tu te sens ici comme chez toi et que tu nous considère dorénavant comme ta nouvelle famille, tu sais que nous reprenons les cours après-demain, alors gagne tes repères.
-Heu…Répondit-elle en commençant à glousser, ça dépend de la dose de café ! Cette dernière réplique provoqua un rire sympathique dans la communauté et ce fut dans la joie que Rachel s'assit à sa place et coupa une tranche de pain. Elle regarda simplement avec un œil méfiant la grande armoire sombre contre le mur, les fenêtres ouvertes sur le balcon, puis la chaise à côté de Anna qui était tirée. Exactement comme dans ce cauchemar…»

Le repas se tint silencieusement par la suite, seulement rythmé par la cantonade du parc au pied de l'immeuble, mêlant le chant des oiseaux aux percussions des passants et des accords du vent. Stéphane ne semblait pas être un grand mangeur car il fut le premier à se lever de table. Morgane le regarda se lever en mâchant quelque chose et pour rompre cet étrange silence, elle se leva en retenant le jeune homme du regard. Elle déclara ensuite :

« -Comme aujourd'hui il n'y a pas cours, je propose que Stéphane et Irvin aillent faire visiter le lycée à Rachel…
-Pendant que nous sortons acheter le fameux livre dont nous parlait le prof de littérature ! Ajouta Anna.
-Ca me paraît être une bonne idée. Fit simplement Stéphane en haussant les épaules. Et prenez-en cinq exemplaires ! »

La discussion n'alla pas plus loin, Rachel regarda juste dans la direction de Irvin qui lui sourit galamment. Le groupe se dispersa alors dans l'appartement et Rachel qui était déjà prête pour sortir se retrouva de nouveau toute seule dans la grande salle de vie. Elle attendit alors le retour d'un des garçons pour l'emmener à l'extérieur en regardant par la grande fenêtre deux amoureux se promenant silencieusement dans les allées du jardin. C'était un spectacle fascinant, d'autant plus que le vent soufflait délicatement dans les branchages d'un chêne dont les plus hautes feuilles s'enroulaient autour d'un barreau du balcon. Mais à aucun moment elle n'osa tourna les yeux vers la chaise qui se touait derrière elle. Enfin, Irvin revint dans le salon vêtu d'un veste beige. Il prit sur le canapé une petite télécommande grise et appuya sur un bouton en direction de la télévision. Il apprit alors à Rachel qu'il était l'heure des informations. Rachel acquiesça et se rapprocha de Irvin. Dans le poste était apparue une de ces dames vêtue de rouge et avec autour du cou un pendentif richement décoré.

« -Un des six réacteurs hydrauliques terminaux de Junon semble être tombé en panne durant la nuit dernière. Les techniciens du site déploient actuellement tous leurs efforts pour réparer dans les jours à venir le système de conversion…Notez que tant que les six réacteurs ne marcheront pas ensemble, l'électricité connaîtra donc une légère hausse de tarif dans les secteurs 7.6 et 7.7 ainsi que dans le campus.
-Hé ! C'est là que nous habitons, non ?
-Oui, mais ces finances sont gérées par l'administration du complexe. Le système économique est très stable à Gaïa et si complexe qu'en fait, chaque secteur est placé sous la curatelle d'une administration gérant les dépenses économiques de premières nécessités.
-Dans ce cas, c'est l'administration du campus qui payera la surtaxe d'électricité ?
-Exactement, mais les réacteurs de Junon ont beau être immenses, je suis persuadé qu'ils ne resteront pas en panne très longtemps, les techniciens de là-bas sont de vais héros… »

Stéphane arriva dans le salon à cet instant et malgré ses airs timides et réservé, il enfila un manteau et en frappant des mains, il invita Irvin et Rachel à se diriger vers la sortie en sortant de sa poche un petit trousseau de clefs avec une hâte à peine dissimulée.
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