Ambre

Type : Littérature | Ajout le : 06/11/2005
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Assise toute seule au fond de l'autobus scolaire, je laisse ma tête tambouriner gentiment contre la vitre en regardant sautiller le paysage qui défile comme au cinéma quand la pellicule est pourrie. J'ai les écouteurs de mon baladeur bien accrochés sur mes oreilles. Ils me projettent les notes d'un CD de mon groupe favori, écouté un nombre incalculable de fois. Le décor défilant, mêlé aux signes de musique s'enfilant, est pour moi un moment privilégié avec Ambre. Ces instants me permettent de m'arrêter, de penser et de m'enfuir dans le monde de mon imaginaire sans me laisser déranger par la cacophonie qui règne dans ce rectangle de tôle jaune et noir.

Pendant que ce tas de ferraille m'emmène chez moi, je repense aux examens que j'ai du subir aujourd'hui. Le pire d'entre eux, mathématiques... Je souris en pensant que c'est le dernier de l'année et que j'ai maintenant terminé mon cinquième secondaire. Je songe aussi à la dure année qui vient de passer, à Thomas, aux innombrables visites chez le médecin où elle m'a dit que tout allait bien et aux nombreux coups d'oeil étranges que les gens m'ont portés. Mais maintentant, j'ai l'esprit tranquile car, la main sur le ventre, je repense à Ambre. Elle occupe toutes mes pensées depuis la soirée chez Marie-Soleil, depuis ce moment que j'ai vécu et qui allait chambouler le restant de ma vie. Positivement ou négativement, à l'époque, je n'en savais rien. Aujourd'hui, terrée au fond de l'autocar, je sais que ce chamboulement est magique.

Alors que j'ai l'esprit ailleurs, centré sur Ambre, je sens monter en moi un mal de coeur terrible. J'arrive à peine à retenir mon envie de vomir. Je ferme alors mes yeux verts, me redresse laissant cascader sur mes épaules mes cheveux noirs et essaie de réprimer cette nausée. Je prends de grandes respirations mais rien n'y fait. Je saisis alors ma bouteille d'eau et je laisse couler le liquide dans ma gorge. Au fur et à mesure que le contenant se vide, je me sens mieux ; j'ouvre alors la fenêtre et me laisse bercer par le vent parfumé du mois de juin. Ce vent ramène à mon esprit les ballades à la campagne avec Thomas, bien installé dans sa décapotable. Il finissait toujours par s'arrêter pour me cueillir un bouquet de marguerites. Mais avec Ambre, la situation avec Thomas est devenue problématique. Il ne partage pas mon point de vue. Je l'ai laissé au mois de janvier. Ses yeux bleus et son petit air moqueur me manquent encore ; Thomas va au collège, je ne l'ai donc pas revu depuis Janvier. Par contre, j'ai un léger sourire en pensant que je vais sûrement le revoir. Nous avons beaucoup de choses à régler.

L'autobus s'arrête alors. C'est mon arrêt. Non sans peine, je réussis à m'extirper d'entre les deux sièges de l'autobus. Je remonte l'allée, souhaite un bel été à la conductrice qui me dit de faire attention à moi. Après quelque minutes de marche, j'arrive chez moi. Un chez moi où j'ai dû me battre longtemps pour le conserver à cause de mes parents et leur opinion d'Ambre.

Lorsque je franchis le seuil de la porte, je dépose mon sac près de celle-ci et me dirige vers la cuisine, mon endroit favori ! Je fouille dans le garde manger et j'en extirpe des biscuits aux chocolat. Pour compléter le festin, je me sers un grand verre de lait bien froid.

Me dirigeant vers le salon, je ressens une vive douleur au ventre, surtout dans le bas. Alors que la douleur augmente, je sens que mon pentalon se mouille d'un liquide visqueux. Mêlé aux fracas de la vaiselle tombant sur le sol, je pousse à la fois un hurlement de douleur et un cri de joie ; Ambre arrive...
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