
Concours littéraire « Parle ou le silence t'oubliera »
www.artistesvolontaires.com
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Position dans Chroniques : 1ère
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Mots : 2471
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D'immenses drapeaux fleurs de lysés dominaient la terrasse du bar « Le charlot » avec une mince odeur de marijuana qui flottait dans l'air. À l'intérieur, en plus des drapeaux, on retrouvait plusieurs fanions de l'organisme organisateur, Artistes Volontaires, et de la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie (SSJBM) section jeunesse. Malgré l'avertissement de l'animateur de la soirée que ceci n'était pas un repère de souverainistes endurcis, on sentait fortement par l'atmosphère qui régnait que ça allait être une soirée un peu gauchisante et très nationaliste. Je n'ai rien contre l'art revendicateur, mais j'ai moins de facilité quand on le conjugue à un concours qui se veut moindrement sérieux. Mais bon, avec la SSJBM comme commanditaire et le thème très nationaliste (mon Québec à moi), je m'étais déjà préparé à un événement dont le subjectivisme allait l'emporter très certainement sur l'impartialité. J'espérais me tromper.
La soirée fonctionnait principalement en une alternance entre les écrivains participant au concours et des musiciens émergents de la région. Un concept certes simple, mais qui reste très certainement une valeur sûre.Avant d’entrer dans mes commentaires sur le travail des artistes présents à cette soirée, j'aimerais tout d'abord parler du déroulement de la soirée. Premièrement, je crois que l'animateur de la soirée, un certain Réal, je crois, a fait un travail sobre, mais de qualité selon les circonstances. Je n'ai rien à redire sur sa performance. Je crois aussi que le groupe Artistes Volontaires était sincère dans l'organisation de l'évènement et a investi beaucoup d'efforts pour faire de ce spectacle une réussite bien qu’il ait commis selon moi quelques erreurs dans la préparation et le déroulement de l’événement. Si je commence avec ces propos, c'est que j'ai beaucoup de commentaires négatifs à venir et je ne voulais attaquer ou blesser inutilement des gens qui, à mon avis, n'ont rien à voir avec cette soirée qui a rapidement tourné au grotesque. Je ne voulais pas qu'on croie que je n'ai vu que du négatif. J'ai d'ailleurs des suggestions concernant certains problèmes et je les ajouterai à mes commentaires.
Tout d'abord, j'aimerais commencer avec un individu au bandeau qui m'a profondément agacé et que je trouvais, à la limite, insultant pour les artistes présents. Je ne sais pas si cet homme avait avalé une pilule d'ecstasy en plus de prendre de la coke avant le début du concours, mais son comportement apportait une preuve importante à cette hypothèse. Il gambadait sans cesse pendant les poèmes ou chansons en tapant dans les mains et en faisant des gestuelles étranges même sur des airs qui ne se voulaient pas nécessairement rythmés. Je ne suis même pas sûr s'il écoutait vraiment la musique quand il agissait de la sorte. Et là, je vous épargne le moment où il a décidé d’entreprendre une peinture abstraite (sincèrement je ne sais même pas s'il comprenait lui-même ce qu'il faisait) en plein milieu du spectacle. Il était une distraction importante pour les gens qui voulaient écouter l'artiste en avant, d’autant plus que la foule, déjà inattentive, n'avait réellement pas besoin d'une distraction aussi inutile.
Disons les choses franchement, la foule était merdique. C'était la pire foule que j'ai pu observer dans ma vie. La salle était pleine, une cinquantaine de personnes je dirais, mais seulement la moitié et même le quart à la fin du spectacle étaient attentifs au spectacle qui se déroulait en face d'eux. Durant des lectures de poème, j'ai vu plusieurs individus parler assez fort pour couvrir la voix du lecteur. J'ai vu une foule qui applaudit, non pas parce qu'elle aimait le produit offert, mais par pur réflexe après que le « son » se soit éteint, un peu comme le chien de Pavlov, en robots complètement conditionnés. On entendait constamment des gens crier des conneries aux artistes en avant. C'était la même chose pour certains artistes comme Dany Janvier (Biobazar) qui a vu le son de sa musique être enterré par la conversation irrespectueuse du trois quart de la salle. Pour avoir discuté avec lui avant de quitter, il m'a avoué que même avec ses écouteurs, il entendait davantage les conversations que sa propre musique. Je trouve déplorable que personne n'ait réagi à ce manque flagrant de respect. Les fautifs auraient du être carrément foutus à la porte. Et ce n'est pas tout, pour en revenir à Dany Janvier, à la fin de sa performance, seulement 3 personnes ont applaudi! C'était d'un ridicule tellement incroyable que je n'ai aucun mot pour le qualifier. Il a fallu qu'un autre artiste vienne sur scène pour dire à la foule de se réveiller (même s'il avait sûrement autant le goût que moi de les traiter d'imbécile). Là aussi je trouve déplorable que la direction de l'évènement n'ait rien fait. En n'intervenant pas, le sérieux de l’événement prend un dur coup en plus d'insulter les artistes présents qui ne voudront plus se ridiculiser devant une foule aussi horrible. Je pourrais continuer, mais disons simplement que l'ensemble de la soirée (surtout après 22h) a été le théâtre de plusieurs scènes de mauvais goût provenant de la foule.
Sinon, pour ce qui est des artistes, malgré de rares exceptions que j'ai trouvé plutôt hors contexte, ils était tous très bons en plus d'être facile d'approche. J'ai d'ailleurs eu la chance de parler avec certains. Je trouve dommage qu'ils aient dû subir la honte de présenter devant un public aussi méprisant et aussi peu préoccupé par leur travail et, je dirais même, par la culture en générale. Voici donc un cours résumé des artistes qui nous ont fait part de leurs oeuvres.
J'aimerais préciser avant tout que j'ai eu beaucoup de misère à noter les noms des artistes et même souvent à bien entendre leur composition. Pour certaines présentations, je n'ai donc pas le nom ou bien il se pourrait qu'il y ait des erreurs dans ceux que je fournis parce que la foule bruyante m'empêchait de bien comprendre. Désolé aux artistes concernés si tel est le cas.
Au niveau de la musique, nous avons eu pour débuter une prestation du tandem de Bob Champoux et Marie-Claude Gagnon (http://www.myspace.com/marieclaudegagnon). Il y avait une belle synergie entre les deux protagonistes en plus d'être bien sympathiques à voir. Par la suite, nous avons entendu un groupe dont j'ignore le nom composé d'un guitariste, d'un violoniste (qui s'appelle Danny Armstrong) et d'un autre homme au tam-tam. Après leur quelques chansons plutôt folkloriques, et des solos démentiels de violon (!), nous avons eu à une excellente prestation en solo de Danny Armstrong (http://www.myspace.com/armstrongdanny) au violon nous présentant un peu de tout, une pièce plus commerciale, une autre plus folklorique ainsi qu'une plus expérimentale. Ce fut d'ailleurs une des rares prestations que le public sembla grandement apprécier.
Par la suite, nous avons eu droit à des performances de musiques électronique du projet Mithra (http://www.myspace.com/mithramuzik) et ensuite du projet Biobazar de Dany Janvier dont j'ai parlé plus tôt (http://www.myspace.com/biobazar). L'accueil du public à ce son industriel fut terriblement froid malgré la qualité du travail des créateurs. Je peux comprendre que ces projets sont moins accessibles à la population en général, mais cela ne constitue pas une excuse pour manquer autant de respect au travail derrière les pièces présentées. Pour finir, la dernière pièce musicale que j'ai eu l'honneur d'entendre fut interprétée par une certaine Marie qui était à la guitariste en plus de chanter. Malgré l'idée pas mauvaise de demander l'avis du public sur les paroles à aborder dans une de ses dernières compositions encore sans texte, l'accueil fut plutôt froid, la réceptivité nulle et aucune suggestion n'aura été faite.
Au niveau du concours, la première lecture fut réalisée par Daniel Girard. Malheureusement, trouvant son poème indigne d'être présenté, il s'auto-exclua du concours en lisant un poème hors-thème sur le lyrisme. Après nous avons eu droit à la prestation de Mathieu Dussault. Son poème n'était pas mauvais dans l'ensemble, mais il semblait très stressé et cela affecta la lecture. Tous les artistes sont déjà passés par là, on ne peut pas vraiment lui en vouloir! Ensuite, ce fut le tour de Julien Gamache qui nous offra un poème rempli de figures de styles intéressantes ainsi qu'une lecture très bonne malgré son état d'ébriété avancé (de son propre avis). Un poème de Victor Morasse (je crois...) suivi celui de Julien Gamache. Son poème comportait un vocabulaire riche et une facilité à jouer avec les mots pour en créer de nouveaux comme dans son vers « À la racine se pissenliatise ». C'est l’un des deux poèmes qui m'aura vraiment marqué durant cette soirée.
Par la suite, nous avons eu la performance d'un certain Alex ou Maxime (je n'ai jamais entendu son nom clairement). Malheureusement, je n'ai pas entendu grand chose de son poème non plus, beaucoup de gens autour de moi parlaient. De plus, il lisait son poème d'une façon très rapide et avec une voix exagérément aiguë (soi-disant dû à une extinction de voix, mais j'en doute) qui nous empêchait de tout saisir. Pour le peu que j'en ai entendu, il parlait de sa soeur qui était devenue musulmane parce qu'elle sortait avec un musulman pour ensuite dire que si les arabes étaient vraiment barbares, on les appellerait des « babarabes ». Me basant sur ce que j'ai pu distinguer, je n'ai pas trouvé ça génial, j'ai même trouvé que ça manquait un peu de travail à certains endroits. Suivi un texte patriotique de Jean-François Veilleux dans le style de ceux qu'on va entendre à la St-Jean. Ce texte racontait l'histoire du Québec à travers des vers aussi banal que « En 1534, Jacques Cartier débarqua au Québec ». Je veux bien comprendre qu'il tentait de démontrer que les Québécois se font « fourrer » depuis le début de leur existence que ça soit par le régime seigneurial français, le colonialisme anglais et ces nombreuses tentatives d'assimilation du peuple québécois, mais bon dieu, il n'y avait aucune recherche dans ce texte, aucune figure de style, seulement une énumération de faits historiques avec, comme conclusion, une flèche envers les conservateurs et une incitation à voter bloc. Je suis désolé, mais cela n'était pas de l'art selon moi, c'était au pire un « peep talk » pro-souveraineté devant un public déjà conquis d'avance. Le concours se conclut sur la prestation de Anne-Marie Lemieux qui récita, à mon avis, le meilleur poème de la soirée. Son poème était un enchaînement de jeux de mots reliant des éléments importants de la culture québécoise à un élément de la vie contemporaine. Ces clins d'oeils tout autant pertinents que bien pensés et habillement travaillés ont démontré, selon moi, certainement un grand talent tout en respectant le thème du concours qui était très limitatif. Une belle preuve d'ingéniosité chez cette auteure que je félicite grandement. Voici un exemple d’un de ses vers : « Tu ne règleras pas les problèmes économiques en écoutant le Banquier ».
Finalement, le jury, composé de trois juges dont Yves Boisvert, décida de donner le premier prix à Alex/Maxime et le deuxième à Jean-François Veilleux. Je ne veux pas paraître pour une mauvaise langue, mais sérieusement, le choix des juges de donner les prix à un texte plutôt incohérent lu de façon étrange et à un résumé de mon cours sur l'histoire du Canada de secondaire 4 fut très douteux. Tout cela m'a laissé bien perplexe. Mon but n'est pas de dénigrer le travail de ces artistes, je ne les connais d'ailleurs pas assez pour juger de quelque chose d’autres que les textes présentés à la soirée, mais dans ce cas-ci ils m’ont semblé bien moins riches artistiquement que deux et même trois autres auteurs présents. J'ai été très déçu de la décision du jury et j'ai de sérieux doutes sur le processus de sélection des gagnants, sur les différents critères qui ont entraîné un tel choix, surtout que personne ne nous a expliqué les raisons de ces choix. L'impression que cela m'a laissé, c'est que les juges avaient un préjugé favorable envers n'importe quel texte qui comportait un « vivre le Québec libre » à l'intérieur. Je trouve ça extrêmement dommage pour les autres créateurs.
Ma soirée se termina sur une demande étrange de Yves Boisvert à la foule de lever les poings au ciel et de tenir la tête vers le sol pour une photo afin de dénoncer les coupes du gouvernement Harper en matière de culture. J'ai ensuite quitté, pressé par l'heure tardive, mais aussi découragé par la foule et par le choix des juges. Si j'avais quelques conseils à donner aux organisateurs de l'évènement, ce serait ceux-ci : tout d'abord, les gens qui dérangent tout le temps, mettez-les donc dehors. Ça va démontrer aux artistes qu'ils sont importants à vos yeux, même si ce choix n'est pas économiquement rentable pour « Le Charlot ». Deuxièmement, repensez sérieusement votre processus de sélection du gagnant ou, à la limite, expliquez les critères au public et ce qui a motivé votre choix. Troisièmement, soyez donc un peu plus ouvert au niveau politique. Le Québec, ce n'est pas juste des poèmes qui parlent de souveraineté, c'est bien plus. Finalement, si vous voulez que les gens s'impatientent moins, s'il vous plaît, ajoutez des entractes!
J'espère sincèrement revoir une édition améliorée l'année prochaine malgré ma dureté à certains endroits. Bien que le québécois moyen ne se rend que rarement compte de l'importance de la culture dans le façonnement de notre identité, cela n'est pas une raison pour nous empêcher d'offrir une voix à nos artistes d'ici, et n'importe quelle tribune propice à cette mission demeure la bienvenue. Bonne chance aux organisateurs. Comme on dit, qui aime bien châtie bien.