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Comment résumer une soirée cumulant plus de 3 heures de poésie-slam-rap performées par une trentaine d’artistes différents? Il n’y a pas vraiment de mots. Et pourtant, je vais essayer d’en trouver. Ne serait-ce que pour garder en mémoire la magie de tous ces instants, parfois intenses, parfois étranges, mais toujours authentiques.
La soirée du 20 janvier a débuté vers 20h15 par un diss bien sonnant par June et Julie Dirwimmer. Je l’ai personnellement trouvé un peu moins cinglant que celui de Xavier et Francis Lujan (performé en novembre dernier), mais si les flèches étaient un peu moins acérées, elles savaient viser en plein dans le mille. J’en sais maintenant un peu plus sur les dessous des organisateurs du Slam Jam Collectif (ne reste que Fabrice Koffy à se faire refaire poétiquement le portrait par un complice slammeur). La première partie s’est ensuite ouverte sur quelques performances rap par La main froide, Carl Bessette, Yoseph Yisrael et June. J’en retiens un agréable mélange de rythme, de rimes, de témoignages sur différentes injustices et de littérature revisitée (« La tirade du nez » de Cyrano par Carl Bessette et Daniel Leblanc-Poirier).
Par la suite, nous avons eu droit à deux parties de micro-ouvert réunissant plus de 20 architectes des mots. Du nombre, quelques poètes-slammeurs-mais-surtout-pas-rappeurs ont tenté pour la première fois d’adapter un texte sur un beat de rap (car la soirée se voulait à couleur rap). Je retiens la performance de Julie Dirwimmer et son « Ouvre-la » bien senti, ma propre performance (ouf c’est passé!) et celles de Saïd et de Ben (Bernard Anton) qui ont tous les deux plongé dans le thème de l’Haïti. Plusieurs autres artistes ont eu quelques mots en lien avec la tragédie qui touche ce pays présentement. Sonia Soul a même offert une de ses toiles pour qu’elle soit vendue sous forme d’enchère pour aider Haïti. En tout, plus de 132$ ont été ramassés pour Haïti lors de cette soirée (la totalité des fonds seront acheminés au CECI, organisme de charité qui collecte présentement des dons pour Haïti).
Si les mois passés, j’avais été charmée par la multitude de textes empreints d’amour et/ou d’humour, ce mois-ci, la verve militante était au cœur de plusieurs textes. Parmi mes coups de cœur (mais je pourrais nommer presque tout le monde!) :
- le quatuor Caro, Gytana, Bérékyah et JF qui ont performé en slam et en chanson (avec flûte et didgeridoo) leur lutte pour un monde moins raciste (entre autres choses).
- Quidam et son poème pour cœurs brisés (je n’aime pas particulièrement les poèmes d’amour, d’habitude, mais ce texte m’a particulièrement sonnée).
- Noore pour l’image magnifique « être en chaise roulante ça t’oblige à toujours regarder plus haut » (traduction libre de l’anglais)
- Véro Bachand pour ses textes à la fois denses (de figures de style) et harmonieux.
« Comme des pouls qui n’ont pas de cœur »
« Le vent souffle et l’histoire est à boutte »
- Laurent « Tuer l’individualisme : tu es l’individualisme »
- DJ Charles Proulx pour son sens de l’adaptation
- Sam Graff (gagnant du slam de décembre à Montréal) « On veut leur sauver la vie avant même qu’ils ne l’abordent »
- Neven qui semblait gêné mais qui a tout de même performé jusqu’au bout son texte « l’Engagé ». Bravo!
- Mcclure qui a performé son rap même sans musique (le DJ avait quitté la salle). J’aime les gens qui acceptent de sortir de leur zone de confort!
- La performance très colorée de Maks le Pharaon, qui nous a entretenus sur l’Apocalypse. « Pour moi l’antéchrist c’est LCN! »
« La fin des temps / La fin détend »
Parlant de fin, en vous livrant mon compte-rendu de cette soirée, je réalise qu’il y avait très peu de performances humoristiques ou disons plus légères, comme nous en avions eu les mois précédents (du moins en novembre). À part le diss du début, le duo Carl-Daniel et la performance de M. Pharaon, les textes entendus étaient de nature plutôt sérieuse, profonde et souvent engagée. Cela explique peut-être pourquoi j’ai d’abord eu l’impression que la soirée était moins réussie (subjectivement parlant) que les deux dernières. En fait, je crois que les variables « densité émotive ou militante des textes » + « longueur de la soirée » ont fait en sorte qu’il était plus difficile, du moins pour moi, de garder mon attention présente tout le long et de savourer pleinement chaque texte. Pour faire un mauvais jeu de mots, la « Jam » (dans le sens de « confiture trop sucrée de sérieux ») de la soirée a fini par me pogner à la gorge et j’avais envie que ça finisse quand le micro s’est fermé à 11h30…
Mais bon, peut-être aussi que je ne suis qu’une égoïste qui ne pense qu’à s’amuser et qui se sent inconfortable dans des atmosphères trop lourdes. Peut-être que de placer la poésie et le slam en haut de mes priorités est un acte futile et quasi grotesque face à la misère du monde. Comment me positionner face à des drames comme celui que vit Haïti présentement, comment être touchée sans vivre leur douleur à leur place et me l’approprier comme si elle était mienne, comment composer avec l’urgence d’agir et l’imperfection des moyens proposés?
Si je vous livre mon propre débat intérieur sur la question, c’est qu’après que la soirée officielle se soit terminée, Youssman (si je me rappelle bien son nom) nous a lancé une invitation au débat sur le racisme au Québec. Invitation un peu maladroite, selon moi, par son ton catégorique : « Le Québec est raciste »! Cette affirmation a suscité de vives réactions de part et d’autre de la salle (entre ceux qui voulaient débattre et ceux qui trouvaient que le Québec n’était pas raciste). J’ai aperçu au moins un « fuck you », entendu un « fuck one love » et j’ai préféré oublier le reste. Je suis par contre allée discuter un bon moment avec les pro-débat, et ce fut agréable et constructif. J’étais d’accord avec eux sur le fond (il faut faire quelque chose de plus que d’écrire de la poésie, il faut agir, réformer nos institutions et nos lois discriminantes, etc) mais pas sur la forme (le ton catégorique qui a pu être perçu comme étant agressif par certains).
Enfin, avant que je ne devienne moi-même trop lourde et que mes propos vous restent jammés dans la tête (je vous promets de ne plus abuser de mauvais jeux de mots la prochaine fois!), je vous laisse sur ces réflexions et cette invitation :
Est-ce vrai que la poésie ça ne sert à rien? Je ne sais pas. En attendant, servons-nous en encore. Rendez-vous au prochain Slam Jam Collectif, le mercredi 17 février à partir de 19h30 à l’Escalier (552, Ste-Catherine Est, Montréal).
« Le présent c’est un festin » (June)