Réinventez l'art

Type : Chronique / Société | Ajoutée le : 15/05/2007 | Modifiée le : 30/07/2008
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L’art, au sens large du thème, est un élément complexe. La société actuelle semble vouloir propulser l’art de masse vers les sommets au détriment de l’art « intelligent », ou le « vrai » art, celui qui aurait, semble-t-il, une portée plus significative chez les intellectuels. Cependant, l’art de masse est caractérisé comme inerte et vide de sens par plusieurs intellectuels, pendant qu’on voit dans le « vrai » art des vertus tel la pureté, une culture riche et des significations secondes que seule une minorité semble en comprendre la justesse.

Du côté des anti-intellectuels, on compare l’art de masse à un simple divertissement comme les autres et le « vrai » art comme un fouillis abstrait qui fait snob en plus d’être incompréhensible. Mais qu’elle est la véritable nature de l’art : celui des intellectuels ou des anti-intellectuels? Aucun, parce que chacune des deux visions se base sur des fondations fausses ce qui fait qu’elle ne tienne pas la route.

L’art est un média

L’art est un média comme les autres et c’est pourquoi il peut être qualifié de masse au même titre que la télévision. Comme tout média, l’art sert à véhiculer des messages clairs avant tout dans une forme esthétique qui attirera l’œil. L’art est ainsi une sorte de publicité prêchant dans les domaines sociaux politiques, philosophiques et tout contexte actuel qui cherche à dévoiler une pensée qu’il soit collectif (contre une guerre par exemple) à celui de plus personnel (le chagrin d’une rupture). L’art qui ne répond pas à cette idée fondatrice est du faux-art et mène à un abrutissement important, autant chez les intellectuels que chez les non-intellectuels.

L’art de masse

Tout d’abord, l’art de masse n’est pas inerte et vide de sens. Sa qualité première, et en même temps son principal défaut, est qu’il ne cherche qu’à plaire qu’au premier degré de notre conscience et non à nous amener vers une voix quelconque. Les rares morales dans ce type d’art sont souvent oubliées en peu de temps par le « consommateur », car il lui accorde peu d’importance ou lui est tout simplement invisible. Son sens passe à travers celui d’un divertissement simplet et accessible, mais qui, à très grande dose, aura tendance à abrutir le « consommateur », car ce type d’art le laisse sans point d’ancrage au niveau des opinions, autant des siennes que celle des autres. Sa pensée (ou culture) ne pourra pas évoluer normalement et restera au même niveau tant et aussi longtemps qu’il ne variera pas ses sources. L’art de masse, pour ces raisons, n’est bien sûr pas inerte et inoffensif, parce qu’il mène à un abrutissement lent, mais continue, au niveau des idées et dirige l’individu vers un lot de concept prémâché qui lui servira de valeur. La perte des repères religieux et familiaux porte l’individu à adopter des valeurs qu’il aperçoit dans l’art rencontré autour de lui. Ces valeurs, reprise par de nombreuses personnes, amèneront un système de valeur commune chez l’ensemble de la population et par le fait même, un conformisme stagnant et réfractaire à l’évolution naturelle de la pensée humaine. L’art de masse n’est qu’un divertissement et cela ne devrait pas être oublié lors de sa « consommation ».

Le « vrai » art

Le « vrai » art cherche à être le moins accessible possible, contrairement à l’art de masse. On cherche ici à snober la grande partie de la population en les prenant pour des imbéciles incapables de comprendre le fond de choses qui ressortent de l’énième degré d’une œuvre. Cet individu cherche ainsi à se différencier du reste en faisant dans le « compliqué » et « branché » au lieu de s’attarder sur le message que son œuvre devrait porter. Comme pour l’art de masse, le « vrai » art a un message tellement flou qu’il n’est pas « décodé » par les « consommateurs » outre le créateur lui-même. On tombe ici dans l’enclavement d’une classe élitiste qui se croit au-dessus de la population parce que celle-ci « ne comprend jamais rien de toute façon ». En stigmatisant ainsi le reste du monde, on alimente une culture d’initié qui laisse peu de place au débat et ainsi à la remise en question des positions de chacun. La culture stagne et se déconnecte lentement de la réalité extérieure et c’est pourquoi, plusieurs intellectuels de Montréal, ne comprennent pas la « révolte des régions » qui furent longtemps snobées par eux.

Les tensions

Les deux positions comportent malheureusement assez d’adeptes pour que ce soit enclenché un dialogue de sourds entre les différents clans. L’anti-intellectualisme auquel est confrontée la société québécoise présentement tire ces racines d’un anticonformisme face à la complexité du « vrai » art et à sa communauté qui les snobe en les faisant passer pour des idiots. Ce réflexe normal de contre-attaque puise donc son anticonformisme dans le conformisme lui-même, ce qui semble ironique, mais cela est souvent repris par plusieurs groupes de revendication. Cependant, voulant diaboliser l’intellectualisme de façon snobinarde parce qu’il leur est inaccessible, ces gens se réfugient dans une culture de masse et l’élèvent au niveau de divinité tout en snobant les gens qui refusent d’y adhérer (les intellectuels). Cette stratégie d’élever deux forts campés sur des positions contraires est contre-productive et ne fait qu’amener des tensions entre les deux groupes, qui se snobent continuellement.

Conclusion

L’art est, et devrait toujours rester, un canal de communication entre l’auteur et l’individu afin d’échanger des points de vue et par le fait même, une culture différente qui enrichira l’individu en question. Autant le « vrai » art que l’art de masse évitent cette remise en question et préfère camper aveuglement sur leur position évitant ainsi l’évolution naturelle de la pensé. Ces deux types de faux-art ne sont pas nuisibles à petites doses, mais le deviennent franchement à grande dose. C’est pourquoi il faut réinventer l’art en oubliant ces deux « écoles » nuisibles au développement de l’artiste ainsi qu’à celui de l’individu qui se nourrit de son art.
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