
Le groupe de blues québécois Kitchen Shakers
Théâtre Granada
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Je n’avais pas vraiment prévu d’assister à des spectacles cette semaine, mais le hasard faisant souvent bien les choses, je me suis retrouvée à assister à plusieurs prestations d’artistes émergents qui m’ont particulièrement surpris. Remettons tout d’abord la situation dans son contexte. Du 9 au 11 juillet avait lieu au centre-ville de Sherbrooke l’événement Sherblues dans le cadre des Concerts de la Cité, c’est-à-dire une série de spectacles gratuits un peu partout dans la ville. J’ai donc croisé le chemin des groupes de blues québécois Triniland, jeudi le 9, et Kitchen Shakers, samedi le 11. C’était sans compter mon escapade dans le montagneux mais bucolique village d’Eastman au cœur des Cantons-de-l’Est. J’y ai fait un arrêt pour la pièce de théâtre d’été « Premières de classe », dont je n’élaborerai toutefois pas ici. C’est plutôt l’après-spectacle qui a attiré mon attention. Charles Miquelon, jeune compositeur de la musique de la pièce, prenait place au Piano Rouge, la boîte à chansons attenante au Théâtre de la Marjolaine. J’ose presque affirmer que cette partie de la soirée fut la plus agréable : voilà la preuve que toute la planification du monde ne peut rivaliser avec les moments impromptus!
Je reviens sur mes pas un moment pour vous entretenir de mes escapades blues au centre-ville de Sherbrooke. Bien franchement, je n’ai pas la plus grande culture blues du monde – je ne connaissais même pas la tête d’affiche, Bryan Lee, de la soirée ouverte par Triniland –, mais j’ai toujours apprécié cette musique qui ne peut m’empêcher de me faire bouger. En fait, je n’ai pas vraiment compris les gens qui restaient assis sur leur chaise. Sans offense, on n’était quand même pas dans un spectacle de musique classique, alors j’aurais espéré un peu plus de participation devant la scène extérieure de la rue Wellington, mais semblerait-il qu’on ne peut pas demander à tout le monde de sortir de leur torpeur. N’empêche, Triniland a offert une performance à la hauteur des attentes d’une première partie, tout en rock’n’blues. La voix de la chanteuse Véronique Pelletier était d’ailleurs tout à fait charmante : j’aimerais voir plus de femmes dans le blues, décidemment.Le groupe Kitchen Shakers ne s’est pas du tout produit dans le même contexte. Ils ouvraient plutôt la journée du samedi au Café-Bistro BlaBla. La plupart du public était donc là pour manger davantage que pour les écouter. Qu’à cela ne tienne, ils ont réussi à capter l’attention des gens, récoltant des applaudissements nourris, sans vouloir faire un mauvais jeu de mots bien entendu. J’ai davantage apprécié leur interprétation de classiques du blues que leurs propres compositions, peut-être parce que leurs textes n’arrivent pas à m’accrocher. Je leur accorde toute de même une bonne note, d’autant plus qu’ils ont réussis à me faire dandiner sur mon siège entre deux bouchées de pizza. Voilà ce que j’appellerais une performance tout à fait honorable.
Second retour dans le temps, cette fois-ci pour vous transformer dans l’atmosphère intimiste du Piano Rouge, la boîte chansons remise sur pied par le nouveau propriétaire du Théâtre de la Marjolaine, le motivé Marc-André Coallier, que vous allez d’ailleurs sans doute croiser si vous poussez votre chemin jusque dans les chemins penchés d’Eastman. Je dirais sans gêne que ce fut mon coup de cœur de la semaine, cette prestation sans vanité du jeune mais prometteur Charles Miquelon. Le musicien à la voix grave et profonde a continué sur la lancée de la pièce qui le précédait, pièce qui se déroule dans les années 60-70. Il a gratifié la petite foule réunie de mélodies de géants de la chanson française, anglaise et québécoise. J’aurais bien aimé entendre de ses compositions, mais le but de cet après-théâtre était après tout de garder les gens au Théâtre de la Marjolaine. Qui suis-je pour les blâmer? J’ai passé une belle fin de soirée à fredonner des airs plus ou moins connus, et puis je suis persuadée que ce n’est pas la dernière fois que j’entends parler de Charles Miquelon, d’autant plus qu’il a prouvé sa versatilité en composant les interludes du spectacle malgré qu’il ne connaissait absolument rien de l’époque en question. Je lui lève mon verre, en espérant le revoir bientôt sur les scènes de la région. Avis aux intéressés : il prendra place derrière le piano rouge tous les soirs de représentation durant la belle saison. C’est gratuit, mais ne laissez pas son chapeau vide : le salaire des artistes émergents, lui, n’est pas souvent gâté par le hasard…