
Charles Duquette, un des gagnants de la demi-finale
photo gracieuseté d'Anthony Lacroix
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Il y avait de la fébrilité dans l’air pour la demi-finale du Slam Tremplin en ce dernier jeudi du mois d’avril. 16 slammeurs étaient conviés pour tenter une dernière fois de se faire une place pour la Grande Finale qui aura lieu le 30 mai prochain dans le cadre du Festival du texte court de Sherbrooke. Il n’y a eu finalement que 14 qui ont bataillés fort pour obtenir l’un des quatre laissez-passer. Pour cette demi-finale, il n’y avait ni de micro ouvert ni de Grand Chelem, que de la compétition et quelques poètes sacrifiés à l’autel du Tremplin, au grand plaisir du public, certes moins nombreux que lors des dernières éditions, mais sûrement plus attentif et plus confortable puisque personne n’avait été obligé de se présenter pour un quelconque cours de cégep. On pourrait mettre la faute sur l’instigatrice de ce dit projet, la professeure Julie Giguère, mais comme elle est venue se sacrifier avec sa poésie fournie et acérée, elle a été facilement pardonnée.
À l’ordinaire, les Slams du Tremplin voguent souvent sur des eaux politiques et sociales, certains allant même jusqu’à dire qu’il faut être socialiste pour gagner le vote des juges et l’approbation du public. Cette demi-finale m’a prouvée que des thèmes très différents, plus personnels aussi, peuvent séduire la foule. Mais le mérite va surtout aux slammeurs qui ont su troquer leur chapeau de revendicateur pour se présenter plus naturellement, si je peux me permettre. J’ai particulièrement retenu les prestations de Myriam St-Denis Lisée et de Jean-Michel Fontaine, qui passeront d’ailleurs en Grande Finale à la fin du mois, qui ont ouverts une partie d’eux-mêmes qu’on ne verrait pas en temps normal. J’en ai conclu que ce genre de prestation pouvait réussir à rejoindre une autre sensibilité des spectateurs vu leur silence absorbé et leurs commentaires émus par la suite.D’autres slammeurs ont aussi attirés mon attention durant la soirée, entre autres Kim Beaudoin avec un effort senti dans le rythme, Flavie Dufour avec ses erreurs assumées et Anthony Lacroix qui a su livrer son texte avec plus d’aplomb, et par cœur qui plus est (ce qui pardonne les blancs!). Pour sa part, Charles Duquette a offert probablement sa meilleure performance depuis le début de la saison, ce qui l’a conduit, à son propre étonnement, à la Grande Finale.
Mais, ma grande surprise et découverte de la soirée fut sans aucun doute Patrick Jalbert, alias Pat le roux, qui a terminé la soirée en tête avec un billet en or pour la finale. Son premier texte livré avec confiance démontrait une éloquence sans pareille et une maîtrise du dictionnaire des noms propres incroyable. Plusieurs se sont levés pour applaudir cette performance littéraire incontestable. La situation aurait pu en rester là, mais en deuxième ronde il a récidivé avec un texte à la fois dramatique et humoristique sur l’anorexie. Il a su parler avec sensibilité d’un sujet très triste tout en amenant une réflexion chez le public. Il a même inspiré Jean-Michel Fontaine, qui a suivi avec un texte troublant sur le même thème. Comme quoi des hommes qui parlent d’anorexie, ça se peut et même que ça fonctionne très bien!
Pour les curieux, la soirée a été captée par CFLX 95,5 FM, la radio communautaire de l’Estrie, et sera diffusée lors d’émissions spéciales de deux heures le lundi 18 mai à compter de 13h et le lundi 25 mai de 22h à minuit. Pour ceux qui n’habitent pas l’Estrie, vous pouvez l’écouter en ligne en direct au http://www.cflx.qc.ca/site2 . Bonne écoute !