L’Améro et la souveraineté culturelle

Type : Chronique / Société | Ajoutée le : 16/01/2009 | Modifiée le : 16/01/2009

Le sommet de Montebello avait fait coulé beaucoup d'encre
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Fëartanel

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Pour ceux qui ont une bonne mémoire, vous vous souviendrez peut-être de la rencontre entre Harper, Bush et Calderón qui a eu lieu à Montebello il y a plusieurs mois déjà. La censure autour de ce projet d’unifier le Canada, les États-Unis et le Mexique faisait peur à bien des gens. Certains parlaient d’une disparition du Québec et même du Canada. Ces prophéties sont bien sûr exagérées, mais il y avait quand même du vrai. Maintenant que les esprits sont moins à vifs, je tenterai de vous vulgariser la situation. Que deviendra la culture québécoise et canadienne dans une union nord-américaine?

L’Améro

L’Améro est le nom qu’on donnerait à l’union économique de l’Amérique du Nord et, très certainement par la suite, à toute l’Amérique au complet. Cela serait aussi le nom de la monnaie commune qu’utiliserait les pays membres. Ce concept ressemble beaucoup à l’union européenne et c’est normal, car l’UE est une union économique (et reste le meilleur exemple de celle-ci à l’heure actuelle). Une union économique propose l’élimination totale des barrières tarifaires entre les pays membres (donc plus de taxe d’importation/exportation) et ainsi la libre circulation autant de gens que des produits qui composent et que fabriquent chaque pays membres. On assisterait aussi à un baisse de la souveraineté politique des pays impliqués notamment au niveau économique via une banque centrale (qui régit la monnaie) commune et qui ne serait donc plus uniquement contrôlable par un pays seul, mais par l’ensemble des pays membres

Et la culture?

Je ne m’attarderai bien sûr pas sur des raisons économiques, cela n’étant pas le but de cet article, mais il était primordiale d’expliquer ces principes de base. Déjà, après le premier accord de libre-échange entre les États-Unis et le Canada (en 1989), on a pu observer une hausse de l’importation des émissions états-uniennes sur les réseaux canadiens-anglais. On parle même d’un taux aussi haut que 80% à 90% des émissions de divertissement sur les réseaux canadiens provenaient des États-Unis, et cela, en 1990.1 Tout porte à penser que cela empirera avec un abolissement total des barrières tarifaires (ou taxe d’importation) sur ces émissions surtout que selon cette étude, le seul type d’émission qui enregistrait un plus grand nombre d’émission produit au Canada était celle d’actualité et d’information.

Le cas du Québec

Le Québec a une barrière bien efficace pour se protéger d’une éventuelle « états unisation » du continent nord-américain à travers cette union. Cette barrière protectrice n’est nulle autre que sa langue. Certes, plusieurs séries à gros budget états-uniennes sont traduites et ensuite lancées dans la belle province ; cependant, la plupart des émissions aux grosses côtes sont des « remakes » d’émission étrangères ou tout simplement des séries originales québécoises. La présence d’un élite du show business québécois (sorte de Hollywood Québecois) amène la population à se voir davantage dans Guillaume Lemay-Thivierge que Brad Pitt. Cela amène une force incroyable au marché local. La souveraineté culturelle du Québec est donc assurée par son caractères français et un changement dans cette culture est peu probable.

Le cas du Canada

En revanche, n’ayant pas de protection linguistique, le Canada risque de voir le peu de culture qui lui reste disparaître petit à petit au cours d’une éventuelle union. On peut déjà remarquer au réseau Global par exemple, que la très grande majorité des émissions proviennent des États-Unis. La raison est simple : il est moins cher d’acheter une série de quelques milliers de dollars qui a fait ces preuves sur des centaines de millions de gens aux États-Unis que de produire une série à coup de plusieurs millions avec tous les risques qui l’accompagnent. L’union viendrait éliminer toutes taxes qui auraient pu nuire à l’importation de ces séries et viendrait donc accentuer le phénomène. De plus, les vedettes canadiennes se retrouvent toutes à Hollywood et deviennent rapidement des icônes du cinéma états-unien et non canadien. Qui pense au Canada en voyant Jim Carrey ? Personne. Pourtant, il est bel et bien canadien ! Cela résume bien le sort que réserve, selon moi, l’Améro au « Rest of Canada ».
Commentaires
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Burn
17/01/09 à 23:14
Content de voir que tu apprécies l'initiative. Étant plus familier avec les sciences sociales que les arts (j'étudie en administration des affaires), j'aime bien fournir aux artistes les moyens de mieux comprendre le monde pour ainsi les aider à mieux affronter et réussir dans ce même monde.

Pour ce qui est du l'union nord-américaine, je continue de croire que le plus grand perdant au niveau culturel serait le Canada anglais. N'ayant pas de barrière comme langue, contrairement au Mexique et au Québec, le peu qu'il leur reste de culture sera vite submergé par celle provenant du sud. D'ailleurs, selon un livre extraordinaire sur le sujet dont j'ai malheureusement oublié le nom, au Canada anglais, la seule sorte d'émission à la télévision où le contenu canadien est regardé davantage que le contenu états-unien sont les nouvelles. C'est assez troublant.

Sinon, même si selon moi l'Améro ne changerait pas grand-chose au niveau culturel pour le Québec, cela serait une catastrophe au niveau économique. Non seulement les États-Unis seraient trop puissants dans une telle alliance par la grandeur de leur territoire (contrairement à l'UE où les pays ont une importance semblable), mais les politiques monétaires seraient aussi difficilement imposables à un territoire aussi grand puisque les cycles économiques au Canada et aux États-Unis, quoiqu’un peu semblables, sont tout de même différents. On a un bon exemple présentement où l'économie canadienne ne s'en tire pas trop mal pendant que c'est l'apocalypse aux États-Unis.

Je serais beaucoup plus favorable à une zone de libre-échange étendu au reste de l'Amérique plutôt que l'instauration d'une union économique nord-américaine. Cela serait bien meilleur pour accroitre la richesse et le bien-être de nos citoyens et celui des autres pays qui seraient partenaires en plus de diminuer notre dépendance face aux États-Unis qui la plupart du temps flirtent avec le protectionnisme plutôt que la libre concurrence (par exemple dans le cas du bois d'oeuvre).

Dans un tout autre ordre d'idée, qu'est-ce qui est arrivé finalement avec les deux policiers qui étaient déguisés en manifestant à Montebello pour faire de la casse? Sans la magie d'internet, ce "complot" n'aurait sûrement jamais été démasqué.

Strodomoncule
17/01/09 à 05:16
Surprise! Surprise! L'oncle Sam veut élargir la fa
J'étais bien surpris de tomber sur un article de cette tenur sur E-Toile. Je trouve ça bien que l'art rencontre l'actualité, le politique, le philosophique... Voilà!

Par contre, malgré que c'est des discussions réelles à propos de l'Amero, mon analyse tend à croire qu'un projet de cette envergure aurait de la difficulté à être digéré, surtout au Mexique et au Québec. Cela dit, il semble y avoir un certain laxisme des mouvement sociaux pour bouger sur la question du PSP, ce qui est malheureux. Nous étions pas plus d'un millier à Montebello pour porter la voix dissidente de tout le Canada... Harper c'est bien rit de nous, en déclarant aux médias «Des manifestants? Où ça?».

Cela dit, dans un contexte économique où la dérive est déjà très grande où des milliers de milliards sont données aux banques par la classe moyenne, sans débat de fond (surtout au Canada), la possibilité d'une consolidation réelle piloté par le PSP serait possible.

Par contre, à mes yeux cet état nord-américain unique est déjà existant. Il reste bien quelques barrières nécessaire à la paix sociale, mais l'essentiel est déjà en main état-unienne ou suit sa ligne dans un concensus qui rappelle l'asservissement. Il ne reste alors qu'à s'organiser de façon glocale (global/local) pour y résister. On se revoit alors dans un des multiples espaces de résistance possible!