
La gagnante de la soirée
Photo gracieuseté d'Anthony Lacroix
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Ce jeudi 5 novembre a eu lieu, comme à tous les mois, le Slam du Tremplin au centre-ville de Sherbrooke. Ce fut une soirée de premières fois sous bien des angles : beaucoup de premières prestations de slameurs, première présence de cinéastes préparant un documentaire sur le slam à Sherbrooke, premier micro ouvert pour votre chroniqueuse… et premiers coups de gueule. Malgré tout mon enthousiasme envers cet événement mensuel, j’ai eu des réserves jeudi par rapport à certains aspects de cette compétition, de ce rassemblement de poètes en tout genre.
Allons-y tout d’abord avec les bons coups, parce qu’il y en a eu. Encore une fois, l’animation de Frank Poule arrivait à la hauteur de peu de gens. Son humour avait de quoi décaper bien des oreilles qui ne l’avaient jamais entendu tout en régalant les habitués. Parlant d’habitués, ils étaient peu nombreux sur scène jeudi. Par conséquent j’ai fait quelques découvertes bien prometteuses, notamment un slameur-bluesman de la métropole, accompagné à la guitare par le musicien maison, lors du micro ouvert – pardonnez-moi, j’ai oublié le nom de cet artiste, qui était d’ailleurs affligé par la grippe A H1N1, comme quoi celle-ci s’infiltre véritablement partout! J’ai aussi été surprise par Jean-Philippe Robichon, qui a offert des textes sensibles, une facette que je ne lui connaissais pas, mais qui lui va très bien. D’ailleurs, le public a semblé bien d’accord avec ma conclusion puisqu’il a terminé en deuxième place avec en prime un laissez-passer pour la demi-finale. Mademoiselle Iris, de son vrai nom Virginie Gaulin (je crois), a obtenu la première place à sa première participation. Quand je dis qu’il y a une première à tout…
Toutefois, dans l’ensemble, je n’ai pas eu l’impression que c’était la soirée du siècle. Si j’ai entendu aussi longtemps pour écrire cette chronique, ce n’est sûrement pas parce que je manquais de choses à dire. Mais je n’aime pas les pelotons d’exécution ni la critique gratuite. J’ai particulièrement de la misère à être constructive quand je ne comprends pas le raisonnement des juges, des slameurs, du public, que sais-je!
On demande aux juges d’accorder un pointage selon leur appréciation toute relative – je ne remets pas cela en question. Mais jugent-ils le texte ou la performance? Je croyais en toute bonne fois qu’ils jugent en fonction de l’ensemble, or j’ai eu l’impression que c’étaient les textes qui étaient notés jeudi, et encore. Jusqu’à tout récemment, je ne connaissais pas mes textes par cœur, et je n’ai jamais obtenu de 10 à mon souvenir, ce que je trouvais totalement juste et honnête. Pardonnez-moi, mais pourquoi quelqu’un qui est absorbé dans la lecture de sa feuille (sans nommer qui que ce soit) obtiendrait un tas de 10? À 10, on n’est pas supposé être en pleine extase poétique? Est-ce que je suis vraiment passée à côté d’un tel orgasme syntaxique? Non, je ne pense pas, et reste que je me suis posée bien des questions en sortant de cette soirée. Après ça on se demande pourquoi certains habitués délaissent la scène…
Les soirées de slam demeurent à mes yeux un lieu d’expression publique fantastique, un endroit où on découvre des artistes étonnants et où se forgent des liens créatifs précieux, un moment dont je ne voudrais pas me passer. Il paraît même que j’ai manqué un beau moment de poésie libre, juste avant le début de la soirée, par les jeunes résidents du Tremplin. Peut-être que la clé de mes questions se trouve là.
Il reste qu’un peu d’honnêteté ne ferait pas de tort, pour une première fois…