Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière! (Chronique 3 pour 1)

Type : Chronique / Littérature | Ajoutée le : 23/12/2009 | Modifiée le : 23/12/2009
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Chronique :
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Vous en avez manqué des choses, à la mi-décembre! Pour ma part, bien que ce choix puisse sembler discutable pour ma santé mentale d’universitaire en fin de session, j’ai eu la chance d’assister à 3 événements à caractère « littéraire ». Laissez-moi vous raconter mes impressions sur chacune de ces superbes soirées.

Soirée de Slam Lanaudière

Le 11 décembre avait lieu la deuxième ronde de la saison 2009-2010 de Slam Lanaudière. Ce mois-ci, les slammeurs et le public étaient rassemblés à Terrebonne, après avoir performé à St-Jean-de-Matha en novembre dernier. Jocelyn Thouin, le slammestre de Slam Lanaudière, est derrière cette décision de ne pas implanter les soirées slam qu’à un seul endroit dans la région. Compte tenu de la grande superficie de cette dernière, je crois que ce choix est très avisé et qu’il permet de faire connaître le slam à un plus grand nombre de Lanaudois.

Je n’étais pas la seule slammeuse de l’extérieur à être venue encourager nos voisins lanaudois. Je suis d’ailleurs touchée par cette solidarité dans la famille slam, qui semble être tricotée plus serrée depuis le Grand Slam (finale provinciale) de septembre. Au menu poétique, nous avons entre autres eu la chance d’entendre Olivier Lamarre, Marc-Antoine Cyr, François-René Despaties, Hugo Ouellet et quelques slammeurs au micro ouvert. Véronique Bachand a été couronnée championne slam, par des juges parfois frileux, mais qui ont explosé d’enthousiasme pour les trois derniers textes de la soirée.

En parlant de juges, eh bien j’ai enfin pu réaliser un « rêve » qui m’habitait depuis août : être juge dans une soirée de slam! Mon expérience fut moins pénible que je ne l’imaginais (le public lanaudois est beaucoup moins « huant » que celui de Sherbrooke), mais ce ne fut quand même pas facile de noter ces performances. Premièrement, je ne savais pas sur quels critères m’appuyer (je ne savais quels critères subjectifs choisir pour avoir un semblant de cohérence avec moi-même) et deuxièmement j’ai réalisé que je changeais de note plusieurs fois pendant l’écoute d’un même texte! Je pouvais mentalement donner un 8 pour la première partie d’une performance, et ensuite monter à 9.8 avant de redescendre à 9 à la fin du texte. Cette inconstance me donnait l’impression d’être un cadran sur lequel des chiffres en mouvement sont affichés (un peu comme le cours de la bourse).

Pour faire bref, cette soirée en territoire lanaudois (j’adore plugger ce mot) fut chaleureuse, divertissante et m’a permis d’apprécier pleinement le talent des slammeurs de cette région (qui n’ont rien à envier à ceux des autres villes slam).

Quelques citations de slammeurs pour terminer cette première chronique :
« Pompez pompez la valise / Je n’ai pas de poignée dans le dos » (Olivier Lamarre)
« Il y a des jours où les inventions sont nécessaires » (François-René Despaties)
« Ce qui vient existe de l’invisible » (François-René Despaties)
« C’est la piste qui fait le poème et chacun chemine » (François-René Despaties)
« Des bonbons dans la gorge à retardement » (Sophie Jeukens)
« Moi j’ai les jambes au bois dormant, mais ça m’empêche (n’empêche?) pas de rêver » (Marie-Claude Lépine)

Prochain rendez-vous de Slam Lanaudière : le vendredi 5 février à 20h30 à Lavaltrie (Café culturel de la Chasse-Galerie, 1255 rue Notre-Dame)

p.s. Si vous croisez Jocelyn Thouin, demandez-lui de vous faire son slam sur « Le chat ». C’est un texte qui en vaut vraiment la peine!







Lancement du recueil "Avant qu’le char de mon corps se mette à capoter" de Jean-Sébastien Larouche

Je ne sais pas si vous avez l’habitude des soirées de type « lancement de livre ». Moi pas. Et c’est une bonne chose parce que je ne m’attendais à rien de précis pour cette soirée, sinon d’être flabergastée par la poésie de ce M. Larouche qui m’avait complètement pitchée par terre lors du Grand Slam 2009.

Je ne fus pas déçue. Le 13 décembre, au Divan Orange, Jean-Sébastien Larouche nous a d’abord « trashé » quelques textes, accompagné par le groupe La part Maudite. Ça me faisait un peu penser à Mononc’ Serge avec le groupe Anonymus. En fait non. Ça ne pouvait se comparer à rien de connu, de mon côté. La deuxième partie fut plus accessible (entre autres parce qu’on entendait mieux les mots du poète) et plus rap que rock avec un accompagnement tout aussi unique de la part de Two Dollard Motel.

Ce que je retiens de ce lancement? Un plaisir pur d’avoir pu assister à cette soirée unique (bien que trop courte à mon goût) et un commentaire de Carl Bessette, le co-fondateur de la maison d’édition l’Écrou, qui racontait que la première fois qu’il a entendu Jean-Sébastien performer (ce texte en particulier : http://www.youtube.com/watch?v=HON4rc-Gi7Y ), un des spectateurs a dit à Carl que ce gars-là n’irait pas loin dans la vie en tant que poète, parce qu’il était ouvrier (enfin quelque chose comme ça). Ça montre qu’il y a encore malheureusement beaucoup de préjugés dans le milieu des lettres, comme si la poésie, pour être crédible, devait à tout prix être détachée de la vie terre-à-terre et de son monde d’oralité. Ça me donne presque envie de répondre : vous n’irez nulle part dans la vraie vie si vous n’avez pas lu le dernier recueil de Jean-Sébastien Larouche. Mais ça serait un peu trop intense comme commentaire.

Je vous dirai plutôt que le recueil de poésie "Avant qu’le char de mon corps se mette à capoter" est aussi unique que chacun des CDs de Richard Desjardins (bien que ça ne se compare pas), et qu’à 20$ pour 266 pages bien denses de poésie-trash, ça serait un peu fou de ne pas vous offrir ce plaisir pour Noël (ou pour Pâques, ou pour la St-Valentin, ou pour votre fête)! Pour voir les points de vente : http://www.lecrou.com/ (si quelques Sherbrookois parmi vous en voulez un, écrivez-moi et je pourrai vous livrer votre recueil en mains propres entre le 27 et le 30 décembre, ou dans les mois qui suivent). J’en profite aussi pour vous informer que c’est un 3 pour 1 (comme ma chronique :-P) parce que ce recueil est une édition revisitée de trois publications précédentes de Jean-Sébastien Larouche. Ce sont donc des poèmes écrits entre 1992 et 1999. Mais c’est tout aussi bon :)

Je terminerai en vous offrant quelques vers issus du recueil :
«on est des springs sous tension

maudit qu’on pourrait être mieux
mais crisse que ça servirait à rien. » (poème Relation courte et bouteille de bière vide su’l balcon)

« on travaille comme des fous
pour stocker nos excréments d’papier
dans des banques dans des trous
où personne pourra nous les chaparder

on entasse d’la marde pour acheter d’la marde

pis on s’cache tout seul pour la manger » (poème Coprophagie)







Slam Jam Collectif!

Je vous en ai déjà glissé quelques mots le mois passé (dans ma dernière chronique) et je vous en reparle parce que ces soirées n’ont pas fini de m’épater! Je vous rappelle rapidement le concept : 4 fondateurs et animateurs, 5-6 auteurs invités, de la musique et un bon 2h de micro ouvert !

Cette deuxième édition du Slam Jam Collectif m’a plusieurs fois jetée par terre (j’vous l’dis, j’ai plein de bleus!). J’ai tellement été transportée par cette ambiance à la fois plein d’amour, de magie et de « relaxitude » que je compare volontiers cet événement au Festival du texte court de Sherbrooke (même si le Festival dure évidemment plus longtemps).

Qu’est-ce que vous avez manqué? Une diversité tout à fait incroyable de styles (rap, poésie, prose, chanson, mime) de sons (djembé, DJ Charles Proulx, guitare, un instrument dont j’ai oublié le nom qui ressemble un peu au son du violon (joué par Femkey)), de langues (français, anglais, créole et quelques vers en espagnols) et tant d’autres choses encore. Il y a eu quelques duos (en chanson surtout), quelques improvisations communément appelées free style, quelques chansons ou slams à répondre (ex : « Lâche ton mental » de Bernard Anton) et plein de nouveaux visages, autant dans le public que sur scène. J’évalue l’auditoire à environ 70 personnes, et comme la soirée a duré un bon 2h30, il est probable que le nombre de personnes ayant assisté à au moins une partie de la soirée ait été supérieur à 90.

Mes coups de cœur : Le Grand Slack qui a épaté tout le monde avec un texte sur les conditions des travailleurs (entre autres), Saïd qui a fait d’énormes progrès en termes de performance depuis le dernier mois (il a performé pour la première fois le mois dernier, et maintenant il sait ses textes par cœur et a fini parmi les premiers à la dernière soirée de Slam Montréal!), Solo qui nous a performé un mime, Amélie qui nous a pitché deux textes d’une incroyable intensité (et qui a gagné le slam d’octobre à Montréal), Noure et sa poésie anglophone qui m’a retournée les trippes, Beneckyah, Monk-E, June et ses propos sur Dieu, les duos de Sarek et Xavier (en chanson) et tous les autres dont le nom m’échappe. Avec vous, j’ai vraiment « levé l’ancre » (cf. texte de Xavier).

Je m’en voudrais de passer sous silence les nombreuses performances de caractère plus « rap ». Je suis souvent moins touchée par ce style de performance, mais j’ai trouvé génial que poètes, rappeurs, musiciens et mimes aient pu se partager cette même scène et conquérir un même public.

Parlant de rap, le prochain Slam Jam Collectif (mercredi 20 janvier, 20h à l’Escalier, 552 Ste-Catherine Est, Montréal) invite tous les participants à tenter un texte de style rap. Je n’ai pas de détails pour l’instant, mais j’imagine que les courageux pourront être accompagnés de musique par un DJ. Je crois que le Slam Jam Collectif souhaite par cette invitation faire sortir les poètes de leur zone de confort et leur faire expérimenter quelque chose de nouveau. J’ai hâte de voir le résultat (et que mon tour soit passé!).

Également, étant donné qu’il n’y a pas eu de combat de bitchage entre poètes (consentants) ce mois-ci (ça s’appelle un diss, je le sais maintenant), nous aurons la chance d’entendre deux diss le mois prochain! Xavier et Francis Lujan prendront leur revanche, puis, si je ne m’abuse, June et Julie Dirwimmer tenteront à leur tour de « s’insulter » de la façon la plus percutante possible. Amenez votre sifflet d’arbitre : ça risque d’être chaud!




Voilà qui complète ce 3 pour 1. La prochaine fois, je tenterai de ne pas prendre de retard dans la rédaction de mes chroniques. La prochaine fois, je ne serai pas en fin de session! :-)

Joyeux Noël et bonne inspiration à tous!

p.s. Désolée pour l'absence d'image pour agrémenter ma chronique : je suis sur un ordinateur qui n'a pas le navigateur nécessaire pour être parfaitement compatible avec le site d'E-toile.
Commentaires
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Deux Rives
24/12/09 à 03:55
Il faudrait t'inventer...
Myriam, si tu n'existais pas, avec ta fraîcheur, ton opinion, ton amour incommensurable pour les mots, les performances, et leurs auteurs surtout... il serait bon de songer à t'inventer! Mais... comme t'es un brin complexe à suivre parfois, une chance que t'es déjà là! On peut en profiter, et t'alimenter, pour maintenir ce merveilleux flot... d'énergie! Merci!!!!!!! J'adore ta chronique, à cause (voire grâce) à elle, je viens de me mettre membre de ce site... ;)

Libellule Rouge
23/12/09 à 23:27
Une méga chronique très intéressante dis donc!

C'est vrai que c'est une expérience différente d'être juge, c'est bon de l'être une fois pour comprendre comment s'est dur parfois de donner une évaluation subjective!

Beaucoup de préjugés dans le milieu des lettres, c'est dommage, mais ce n'est que le reflet de la réalité. Au moins, certains réussissent à prouver le contraire!

Merci de nous avoir partagé ces beaux moments poétiques!! :)