Entre Pluriels et singulier

Type : Chronique / Théâtre | Ajoutée le : 27/02/2009 | Modifiée le : 22/05/2009

Fredo (Nadya Fréchette) et Étd’mi (Steeve Lemieux)
Marianne V. pour E-Toile.org
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En conjugaison, quand on parle du pluriel, celui-ci est souvent écrit au singulier. Ce paradoxe exprime aussi bien celui de la pièce Pluriels. Pour sa 6e production, le Théâtre Macache se renouvelle et se met littéralement à nu. Écrit par Sophie Jeukens et mis en scène par Caroline Martin, fondatrice de la troupe, Pluriels est un enchevêtrement charnel, voire saignant, entre la danse et la photographie avec pour trame de fond le regard de l’ombre, celui du voyeur. Ce spectacle joue sur les tabous, explore les barrières et pousse le public à la limite de sa curiosité : voilà le portrait d’une œuvre réfléchie et intrigante qui m’a finalement charmée.

Pas simple de résumer cette histoire où poésie, couleur et chorégraphie se prennent la main et s’en donnent à cœur joie. Frédo (Nadya Fréchette) est une danseuse et Étd’mi (Steeve Lemieux), un photographe. Derrière le couple passionné se cache un accident de voiture qui modifie leur façon de voir la violence, soit le sang. Dans leurs difficultés à vivre avec leurs séquelles, physiques ou mentales, ils en viennent à un jeu voyeur autour du nouveau partenaire de danse de Frédo, Éloi (Benoit Converset), parce que « [d]ans le monde qui nous entoure, il y a deux choses : le sang, et le sexe. Deux choses qui obsèdent l’homme. » Une obsession qui mène à des passions plurielles, voilà la recette pour captiver le spectateur durant une heure et demie de représentation. Une centaine de personnes s’étaient d’ailleurs déplacées pour la première.

Pluriels dévoile toutefois bien plus qu’un simple récit. La pièce lève le jour sur l’écriture magistrale de Sophie Jeukens, jeune écrivaine prometteuse. Sa poésie a charmé plus d’un spectateur, tout comme sa capacité à changer de registre d’un instant à l’autre. Il est cependant difficile pour les acteurs de rendre un texte aussi chargé, aussi littéraire, d’où parfois certaines hésitations naturelles dans le ton. À mes yeux, Nadya Fréchette a été sur ce point la plus convaincante, bien que les deux jeunes hommes se soient bien débrouillés eux aussi. Par contre, je me dois de reprocher à tous les comédiens un manque flagrant de projection. Mon voisin se demandait même s’il commençait à être sourd! Je l’ai rassuré, il n’était pas le seul à se tordre les oreilles pour tout entendre à travers les bruits de chaises et la musique quelquefois trop présente.

Je dois cependant souligner l’audace des acteurs, et leur courage aussi, face à un tel défi, qui s’exprimait autant par le texte que par la mise en scène, parfois très osée. Personnellement, je ne suis pas vraiment à l’aise avec la nudité. Non pas qu’en voir me dérange, simplement je cherche souvent son utilité, à savoir ce que cela apporte au propos exprimé. Il va sans dire que Pluriels parle de sexe, alors sa présence a semblé naturelle à bien des gens : Mme Claudette Guilmaine, qui assistait pour la première à un spectacle de la troupe, abondait en ce sens, comme quoi la projection de photographies de corps nus et la nudité partielle sur scène apportaient de l’ardeur et créaient un résultat très esthétique.

En effet, l’esthétique de toute la pièce est très léchée. Les représentations picturales sont très fortes et vibrantes : l’utilisation fréquente du rouge rappelle l’idée de passion évoquée par le texte. Les chorégraphies ont été travaillées avec soin, et la mise en scène de Caroline Martin insuffle beaucoup d’énergie à une poésie qui pourrait parfois bloquer les acteurs dans leurs élans corporels. Je décerne une mention spéciale aux jeux d’ombres, reliques des premières expériences de la troupe dans le théâtre pour enfants, si ce n’est que le public était, dans ce cas-ci, témoin d’un conte nullement pour tous! Mon prix citron va néanmoins à l’éclairage qui jetait par moments les comédiens dans une quasi-noirceur : je comprend l’idée de démontrer le changement de réalité, mais pitié, gardez-les dans le champ lumineux, qu’on les voit un peu!

Dans l’ensemble, j’ai été plutôt séduite par cette histoire dérangeante aux accents poétiques. Au fil des représentations, les acteurs devraient certainement prendre de l’assurance et la technique s’ajuster par rapport aux points évoqués plus haut. D’ailleurs, cela tombe bien, il reste encore deux représentations, soit demain le vendredi 27 février ainsi que le samedi 28 février à 20h au Théâtre Léonard-St-Laurent du Séminaire de Sherbrooke situé au 200 rue Peel. Les billets sont en vente à l’entrée au coût de 15$. N’hésitez pas à entrer dans la danse et à vous faire séduire à votre tour.
Pour plus de détails, visitez le http://www.theatremacache.com.
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