
Kino Sherbrooke
http://www.kinosherbrooke.com/
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Les soirées Kino représentent toujours un risque : les courts métrages présentés peuvent être autant géniaux que atroces. On espère toujours le premier plus que le deuxième, mais on ne sait jamais où l’aventure nous mènera. Mercredi soir, je suis donc partie en expédition pour découvrir la cellule Kino de Sherbrooke qui tenait sa soirée d’octobre au bar le Téléphone Rouge. Sans vouloir faire un mauvais jeu de mots, je dirais qu’une quarantaine de spectateurs ont répondus à l’appel mensuel. Au menu, neuf courts métrages et surtout bien des émotions.
Tout d’abord, ayant déjà expliqué le principe de Kino dans l’une de mes chroniques précédentes au sujet des Kino Kabarets, je serai donc brève sur le sujet et me contenterai d’en exprimer les grandes lignes. Les organisateurs de Kino Sherbrooke décrivent le mouvement en ces mots : « Kino est un regroupement d’artistes de la vidéo pour qui la création de courts métrages est une véritable passion. Une fois par mois, les vidéastes se réunissent pour présenter leurs réalisations devant public. » Leur leitmotiv est « Faites bien avec rien, faites mieux avec peu, faites-le maintenant ! » En termes clairs, il n’est pas nécessaire d’être un pro du domaine, ce qui compte, c’est d’avoir le désir de tourner, une idée, une caméra et un logiciel de montage. Maintenant, je dois admettre que je ne suis pas une novice du phénomène Kino : j’ai assisté à quelques reprises l’an dernier aux présentations de Kino3R, la cellule de Trois-Rivières, et à la moitié de la soirée de septembre à Sherbrooke. Je savais donc environ à quoi m’attendre, d’autant plus que la présentation de septembre avait beaucoup misée sur la nouvelle alliance entre Kino Sherbrooke et Prends ça court. Pour ceux qui ne connaissent pas, cet organisme montréalais œuvre lui aussi dans le milieu du court métrage, mais j’oserais dire à une échelle plus professionnelle et à plus grande portée. Selon eux, « Prends ça court! est l'outil incontournable de tous les intervenants du milieu du court métrage au Canada qui souhaite faire vivre cette forme cinématographique exceptionnelle. Tout cela en plus de contribuer de toutes les manières imaginables et possibles à la promotion, à la distribution, à la diffusion et à la production du court métrage indépendant et professionnel d'ici et d'ailleurs. » Bien entendu, le partenariat s’est développé autour d’un objectif des plus louables qui est, selon l’ambassadeur de Prends ça court à Sherbrooke, de favoriser « le partage de connaissance et de qualité » en matière de cinéma.
En effet, au niveau de la qualité, Prends ça court n’a pas lésiné. Par contre, en tant que spectatrice, je ne peux que déplorer le clivage que cela provoque entre les créations par ailleurs très honorables des réalisateurs sherbrookois et les courts métrages subventionnés de Prends ça court. L’esprit de Kino implique souvent l’absence totale de budget, les productions qui se démarquent ne sont donc pas uniquement le fruit d’un scénario élaboré, mais aussi d’une bonne dose d’ingéniosité. Le résultat implique nécessairement un écart avec les films de Prends ça court. Néanmoins, ceux-ci ont le mérite de repousser les limites et d’inspirer les nouveaux créateurs. Laissons donc la chance au coureur pour les éditions à venir.
Ainsi, certains des réalisateurs sherbrookois en liste hier me paraissent sur la bonne voie vers une meilleure maîtrise de l’outil cinématographique. Nous avons eu doit à des fictions, des documentaires, des divagations sur la réalité, bref à du style Kino en bonne et due forme. J’ai retenu la Compression numérique d’une vie virtuelle de François Chartier, qui a rendu la science-fiction pas si irréel que nous pourrions le croire, ainsi que La race humaine est dans l’trou des Productions Chaudron, qui semblerait-il excellent dans la comédie, mais qui cette fois m’ont surtout impressionnée par leur contrôle du médium. Créer un court métrage de moins de dix minutes avec une trame qui a du sens, ça prend autant de talent en scénarisation que de capacité de synthèse. Tout de même, je crois que toute la salle a rapidement pardonné les dérogations à la règle de ces dix minutes par certains films de Prends ça court. Ne voulant pas gâcher de punchs, je vous dirais seulement de regarder le court intitulé Moi de Yan England, une œuvre terriblement touchante et inattendue. Puis, si vous avez le cœur bien en place, vous pouvez entrer dans le monde de The Colony, une œuvre anglo-montréalaise de Jeff Barnaby. Ce film fut un véritable choc qui a fait jaillir chez moi des exclamations intraduisibles sur papier. Une pensée m'habitait cependant tout au long du visionnement : comment ont-ils pu supporter un tournage avec autant de coquerelles ?
La soirée se termina pour sur cette question et je retournai chez moi dans un état d’esprit mitigé. Je n’ai pas été déçue, mais jamais trop épatée non plus. La seule conclusion que je pouvais en tirer était donc celle-ci : il n’en tient qu’à moi de faire mieux. Et c’est là tout le secret des joies de Kino…
Le rendez-vous de Kino Sherbrooke, c’est tous les premiers mercredis du mois à 20h au Téléphone Rouge, 38 rue Wellington Sud à Sherbrooke. Pour plus d’informations :
Kino Sherbrooke : http://www.kinosherbrooke.com
Prends ça court ! : http://www.courtmetrage.ca
La programmation du Téléphone Rouge : http://letelephonerouge.ca/
Ma chronique sur les Kino Kabarets: http://e-toile.org/chroniques-kino-.....le-43.html