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Les Turcs Gobeurs d’Opium présentent jusqu’au 24 octobre la pièce Thyroïde au Théâtre Léonard-St-Laurent de Sherbrooke. Écrite et mise en scène par André Gélineau, Thyroïde raconte l’histoire de la Torchonne, une obèse morbide qui tente de trouver un peu d’amour et de sucre parmi des villageois aux traits bestiaux. C’est la sixième production des Turcs Gobeurs d’Opium depuis la fondation du collectif théâtral sherbrookois en 2004.
Une pièce dérangeante que cette légende thyroïdale au goût de graisse et de souffrances format géant. Parce qu’il faut vraiment prendre cette histoire comme une légende, sans quoi on ne peut accepter d’entrer volontairement dans cet univers grotesque. Thyroïde laisse place aux rêves d’enfants déchus, aux moqueries barbares d’un environnement aliéné et surtout à l’isolement social. La Torchonne est une exclue, un rejet de la société qui l’entoure et l’enferme dans ses 600 livres de graisse. Dans son village, c’est un véritable zoo humain qui lui en fait voir de toutes les couleurs.Saluons tout d’abord la performance de Jacinthe Tremblay en Torchonne qui, à travers son impressionnant costume-décor, ne pouvait s’exprimer que par ses bras et sa tête. Peu de comédiens seraient capable d’en faire autant. J’ai cependant trouvé que son texte ne mettait pas assez en valeur son talent, la contraignant dans un registre de geignarde. J’ai eu la même impression pour le reste de la troupe, qui comptait parmi ses rangs d’excellents comédiens qu’on aurait pu mieux exploiter. Je soulignerais qu’ils ont, pour la majorité, bien rendu l’âme animale de leur rôle sans nécessairement tomber dans la caricature : ceci dit, dans une légende, c’est souvent inévitable de voir des traits de caractère ou des tics gestuels soulignés en gras, et Thyroïde n’y a pas totalement échappé.
Et le rire dans tout ça? L’absurde est souvent synonyme de rigolade malgré sa pertinence sociale et sa réflexion inhérente. J’ai entendu plusieurs spectateurs s’esclaffer durant la pièce. Je n’ai esquissé que quelques sourires. Peut-être ai-je rien compris, mais je n’arrive tout simplement pas à rire des malheurs d’une souffre-douleur sans cesse ridiculisée dont on profite sans gêne ni remords. Aussi énorme et grotesque soit la Torchonne, impossible pour moi de cautionner cet éloge du rabaissement compulsif. Si Thyroïde se voulait une critique de l’isolement social, elle n’a pas réussi à m’en convaincre.
Malgré tout, je crois que c’est une pièce à essayer, notamment pour le jeu des acteurs, dont j’ai parlé précédemment, mais aussi pour les costumes, magnifiques et rocambolesques, et pour la mise en scène fluide et subtile. Si vous êtes prêt à sortir de votre zone de confort, vous passerez tout de même une très bonne soirée.
Il reste trois soirs pour voir Thyroïde à Sherbrooke, soit du 22 au 24 octobre à 20h, interprété par les Turcs Gobeurs d’Opium Alexandre Leclerc, Marianne Roy, Simon Vincent et leurs acolytes invités Marianne Gagnon, Jean-François Hamel, Patrick Quintal et Jacinthe Tremblay. La pièce ayant été sélectionnée pour le concours les Entrées en scène Loto-Québec, elle pourrait être programmée dans différentes salles du Québec l’année prochaine. C’est à surveiller !