|
Oranéa
Invité
|
 |
« Répondre #60 le: 04 Octobre 2006 à 18:54:10 » |
|
Betty came by on her way Said she had a word to say About things today And fallen leaves.
Said she hadn't heard the news Hadn't had the time to choose A way to lose But she believes.
Going to see the river man Going to tell him all I can About the plan For lilac time.
If he tells me all he knows About the way his river flows And all night shows In summertime.
Betty said she prayed today For the sky to blow away Or maybe stay She wasn't sure.
For when she thought of summer rain Calling for her mind again She lost the pain And stayed for more.
Going to see the river man Going to tell him all I can About the ban On feeling free.
If he tells me all he knows About the way his river flows I don't suppose It's meant for me.
Oh, how they come and go Oh, how they come and
River man, Nick Drake.
|
|
|
|
|
Journalisée
|
|
|
|
Nitschewo
Membre
Hors ligne
Messages: 233
|
 |
« Répondre #61 le: 13 Décembre 2006 à 16:35:03 » |
|
Mort comme une soupière
Mort comme une soupière Mort comme l'ébrèchement d'une soupière Mort comme le vide de la soupière Mort comme un reste de potage figé dans le fond d'une soupière Mort comme mille soupières Mort comme dix mille soupières Mort comme une souris noyée flottant à la surface d'une panade emplissant une soupière Mort comme un chou plein de poux à genoux dans le fond d'une soupière Mort comme une soupière
Vivant comme un caillou
Raymond Queneau, Le chien à la mandoline, 1965
|
|
|
|
|
Journalisée
|
"Où il n'y a pas d'humour, il n'y a pas d'humanité." Ionesco.
|
|
|
Nitschewo
Membre
Hors ligne
Messages: 233
|
 |
« Répondre #62 le: 21 Janvier 2007 à 17:46:01 » |
|
La môme néant
"Quoi qu’a dit ? – A dit rin.
Quoi qu’a fait ? – A fait rin.
A quoi qu’a pense ? – A pense à rin.
Pourquoi qu’a dit rin ? Pourquoi qu’a fait rin ? Pourquoi qu’a pense à rin ?
– A’ xiste pas."
Jean Tardieu
|
|
|
|
|
Journalisée
|
"Où il n'y a pas d'humour, il n'y a pas d'humanité." Ionesco.
|
|
|
|
|
Nitschewo
Membre
Hors ligne
Messages: 233
|
 |
« Répondre #64 le: 12 Mars 2007 à 07:25:17 » |
|
MATIERE DE BRETAGNE
Lumière de genêt, jaune, les pentes suppurent vers le ciel, l'épine courtise la plaie, cela sonne là-dedans, c'est le soir, le néant roule ses mers à la prière, la voile de sang fait route vers toi.
Sec, envasé, le lit derrière toi, enjonque son heure, en haut, près de l'étoile, les ruisselets laiteux babillent dans la boue, datte de pierre en contrebas, buissonnante, bée dans le bleu, un arbrisseau d'éphémère, superbe, salue ta mémoire.
(Me connaissiez-vous, mains ? J'allai le chemin fourchu que vous marquiez, ma bouche crachait ses galets, j'allai, mon temps, surplomb neigeux en marche, jetait son ombre – me connaissez-vous ?)
Mains, la plaie courtisée par l'épine, cela sonne, mains, le néant, ses mers, mains, dans la lumière de genêt, la voile de sang fait route vers toi.
Paul Celan
|
|
|
|
|
Journalisée
|
"Où il n'y a pas d'humour, il n'y a pas d'humanité." Ionesco.
|
|
|
Nitschewo
Membre
Hors ligne
Messages: 233
|
 |
« Répondre #65 le: 22 Août 2007 à 17:51:19 » |
|
L'OMBRE AUX SOUPIRS
Sommeil léger, petite hélice, Petite, tiède, coeur à l'air. L'amour de prestidigitateur, Ciel lourd des mains, éclairs des veines,
Courant dans la rue sans couleurs, Pris dans sa traîne de pavés, Il lâche le dernier oiseau De son auréole d'hier - Dans chaque puits, un seul serpent.
Autant rêver d'ouvrir les portes de la mer.
P. Eluard
|
|
|
|
|
Journalisée
|
"Où il n'y a pas d'humour, il n'y a pas d'humanité." Ionesco.
|
|
|
Nitschewo
Membre
Hors ligne
Messages: 233
|
 |
« Répondre #66 le: 24 Août 2007 à 08:48:22 » |
|
chemin tournant
IL y a un terrible gris de poussière dans le temps Un vent du sud avec de fortes ailes Les échos sourds de l'eau dans le soir chavirant Et dans la nuit mouillée qui jaillit du tournant des voix rugueuses qui se plaignent Un goût de cendre sur la langue Un bruit d'orgue dans les sentiers Le navire du coeur qui tangue Tous les désastres du métier
Quand les feux du désert s'éteignent un à un Quand les yeux sont mouillés comme des brins d'herbe Quand la rosée descend les pieds nus sur les feuilles Le matin à peine levé Il y a quelqu'un qui cherche Une adresse perdue dans le chemin caché Les astres dérouillés et les fleurs dégringolent A travers les branches cassées Et le ruisseau obscur essuie ses lèvres molles à peine décollées
Quand le pas du marcheur sur le cadran qui compte
règle le mouvement et pousse l'horizon Tous les cris sont passés tous les temps se rencontrent
Et moi je marche au ciel les yeux dans les rayons Il y a du bruit pour rien et des noms dans ma tête Des visages vivants Tout ce qui s'est passé au monde Et cette fête Où j'ai perdu mon temps
Pierre Reverdy
Edition Poésie Gallimard
extrait de "sources du vent"
|
|
|
|
|
Journalisée
|
"Où il n'y a pas d'humour, il n'y a pas d'humanité." Ionesco.
|
|
|
Nitschewo
Membre
Hors ligne
Messages: 233
|
 |
« Répondre #67 le: 17 Décembre 2007 à 16:20:48 » |
|
|
|
|
|
|
Journalisée
|
"Où il n'y a pas d'humour, il n'y a pas d'humanité." Ionesco.
|
|
|
Nitschewo
Membre
Hors ligne
Messages: 233
|
 |
« Répondre #68 le: 22 Février 2008 à 15:39:10 » |
|
En traversant le pays des morts
En traversant le pays des morts
en route vers Aden les terres d’Arthur Rimbaud.
Je suce mes doigts à cause de la soif
de la malaria, du cancer des os.
Je songe à la Bretagne,
aux femmes aux hautes coiffes.
Je songe aux piroguiers du fleuve Zaïre.
Je songe aux oiseaux bariolés d’Amazonie.
Je songe au sexe chaud de l’indienne
à la tombée de la nuit.
Je songe à une espèce de poème
déclamé par un fou de génie
qui ferait taire les perroquets verts.
André Laude
|
|
|
|
|
Journalisée
|
"Où il n'y a pas d'humour, il n'y a pas d'humanité." Ionesco.
|
|
|
Nitschewo
Membre
Hors ligne
Messages: 233
|
 |
« Répondre #69 le: 28 Février 2008 à 17:33:10 » |
|
PAPA PIERRE
La cheminée de sa maison n'est pas solide. Elle va tomber un jour ou l'autre. Déjà elle penche comme quelqu'un qui lève une jambe et la fumée sort à côté.
Souvent on dit :
« Rarrangez votre cheminée, papa Pierre ; un malheur arrive vite : elle vous tuera. - Ne t'inquiète pas, mon enfant », répond papa Pierre.
Il ne craint rien pour lui. La cheminée le connaît.
Mais il reste toute la journée assis devant sa porte, sur le banc, et, quand passe une bête ou une personne, il l'écarte doucement, avec un bâton.
Jules Renard
|
|
|
|
|
Journalisée
|
"Où il n'y a pas d'humour, il n'y a pas d'humanité." Ionesco.
|
|
|
|
Libellule rouge
|
 |
« Répondre #70 le: 29 Février 2008 à 14:02:34 » |
|
Réflexion intéressante, j'aime bien.
|
|
|
|
|
Journalisée
|
...Quel bonheur d'être fou. Quel bonheur d'être entouré de fous... 
|
|
|
Nitschewo
Membre
Hors ligne
Messages: 233
|
 |
« Répondre #71 le: 03 Mars 2008 à 07:13:12 » |
|
|
|
|
|
|
Journalisée
|
"Où il n'y a pas d'humour, il n'y a pas d'humanité." Ionesco.
|
|
|
Nitschewo
Membre
Hors ligne
Messages: 233
|
 |
« Répondre #72 le: 19 Mars 2008 à 17:28:25 » |
|
Les Obscurcis
A l’étroit dans nos cages Nous écrivons sans bouger la main Les mots qui nous font défaut pris dans les livres désaffectés Meurs si tu veux disons-nous à celui qui a effacé ses contours Mais réveille-toi avec le coq qui clame le jour trois strates plus haut Les passants qui nous empruntent nous disent clos sur de grandes insatisfactions Ils sont ceux qui crient Nous sommes ceux qui écoutent Nos colères brèves comme feu de résineux nous survivent Nous échangeons nos impressions avec d’autres obscurcis consignés dans Nos cahiers Sans nous déplacer Jambes écartées telle maison construite sur un fleuve Comment nous suivre alors que nous progressons un pied dans l’eau Un pied sur la berge Nous glissons glissons avec la planète Nous maigrissons pour nourrir les cloisons faméliques de notre chair Personne n’a le bras assez long pour ouvrir à l’air souterrain qui frappe Aux murs Personne n’a l’énergie pour préparer la mue de trépas à vie Personne n’a localisé le passage prohibé Les nouveaux venus repeints à neuf nous interrogent sur ce qu’ils ont Laissé derrière eux Au lieu de nous dire ce que nous sommes devenus Nous dire si nous sommes mouillés ou secs Vagues ou précis Ils rient de nous voir si maigres alors qu’ils perdent du poids à Chaque inclinaison de la planète Quand le dessus devient dessous entraînant l’horizon et le linge sur des cordes Draps ou linceuls qu’importe Les nostalgiques cherchent leur forme dans leurs vêtements disloqués Ignorant que le chagrin ne retient pas le lin Et que des jardiniers vigilants plient dans le même sens chair et écorce Les rêveurs attendent la saison des lucioles pour copuler Le rien pénétrant le rien Nous nous emboîtons Feignons des coïts Et que les austères s’enterrent de leurs propres mains sachant qu’ils le sont déjà Et qu’il n’y a pas plus mort qu’eux Drap ou linceul qu’importe
Nous nous limons pour ne pas éveiller la méfiance de ceux qui nous prennent pour Des instruments émettant le même son osseux Pour des caisses de clameurs maniées par le vide Alors que nous pataugons dans nos étuis N’accusant personne de la restriction de nos mouvements Devenus plus casaniers que les chevaux Plus farouches qu’il surgit d’un caillou Frappant nos poitrines du poing lorsqu’une pierre dévale la pente Les bruits à trois dimensions nous sont interdits Seul le rectiligne et l’étale nous sont permis Drap ou linceul qu’importe Vénus Khoury-Ghata
|
|
|
|
|
Journalisée
|
"Où il n'y a pas d'humour, il n'y a pas d'humanité." Ionesco.
|
|
|
Nitschewo
Membre
Hors ligne
Messages: 233
|
 |
« Répondre #73 le: 26 Juillet 2008 à 16:50:51 » |
|
Notre avant-dernier mot
Notre avant-dernier mot serait un mot de misère, mais devant la conscience-mère le tout dernier sera beau.
Car il faudra qu'on résume tous les efforts d'un désir qu'aucun goût d'amertume ne saurait contenir.
Rainer Maria Rilke
|
|
|
|
« Dernière édition: 26 Juillet 2008 à 16:55:26 par Nitschewo »
|
Journalisée
|
"Où il n'y a pas d'humour, il n'y a pas d'humanité." Ionesco.
|
|
|
|